Quel avenir pour le dialogue avec les stakeholders?

LostintranslationLe Brunswick Group a récemment publié un rapport: The Future of Stakeholder Engagement. 130 professionnels seniors de la communication, en Europe, ont été interrogés, en ligne, sur leurs pratiques. Parmi les nombreuses conclusions tirées de ce rapport, deux ont particulièrement attiré mon attention:

  1. Dans la plupart des organisations étudiées, le dialogue avec les stakeholders a tendance à être ad hoc (79%) plutôt que stratégique. Et seulement 29% utilisent des indicateurs de performance spécifiques pour mesurer le succès de leur engagement.
  2. A l’heure actuelle, les « communicateurs » ont plus tendance à engager le dialogue avec des stakeholders « classiques » (employés, fournisseurs, clients, etc.), qu’avec des stakeholders moins traditionnels (ONG, groupes de consommateurs, etc.)

Des conclusions qui, je dois l’admettre, me surprennent un peu. Je ne pensais pas que le pourcentage de communications stratégiques avec les stakeholders serait si bas. Ni d’ailleurs que les ONG soient toujours classées dans les interlocuteurs « non-traditionnels ».

Il reste du chemin à parcourir, ça ne fait aucun doute. Une stratégie de communication avec ses stakeholders, traditionnels ou non, est pourtant simple à établir. Il s’agit maintenant de véritablement généraliser cette conception selon laquelle les questions de RSE doivent avoir un aspect stratégique, et ne pas fonctionner sur un mode de simple réaction à un problème.

Un rapport à consulter, donc, pour quiconque est intéressé par le sujet et souhaite dépasser l’approche actuelle.

Coca-Cola lutte contre l’obésité, vraiment?

fat manUn excellent article, écrit par le non moins excellent Jo Confino, pose la question de savoir si les récentes déclarations de Coca-Cola quant à son désir de s’engager contre l’obésité ont beaucoup…de poids.

Comme le dit très bien l’article, il est difficile de faire partie de la solution, si l’on fait clairement partie du problème. Certains diront que c’est toujours mieux que rien. D’autres estiment que c’est peine perdue.

J’avoue ne pas savoir où me positionner. Que pourrait vraiment faire Coca-Cola pour lutter contre l’obésité, sachant que son business principal est de vendre des boissons trop sucrées?

Est-ce qu’une solution consistant à proposer des alternatives est valable ou serait-elle une façon de se libérer du problème? Coca-Cola pourrait avancer que les gens ont le choix entre boire leur eau et boire leur boisson sucrée, et qu’à partir de là, il s’agit d’une question de responsabilité individuelle, chacun étant libre de faire ce qu’il veut.

Est-ce qu’au contraire, Coca-Cola devrait s’orienter progressivement vers la vente de boissons saines, sans (trop de) sucre? A la manière d’une entreprise se tournant progressivement vers des fournisseurs « fair-trade » ou des produits bios.

#thankyousiralex VS. #decentwork

Ce matin, Sir Alex Ferguson, entraîneur légendaire de Manchester United, a annoncé qu’il se retirerait à la fin de la saison, après 26 saisons remplies de succès – il pourrait d’ailleurs nous donner quelques conseils avisés en matière de stratégie RSE. C’est donc à 71 ans que l’Écossais prend sa retraite.

Sir Alex Ferguson retires. #thankyousiralex

— ManUtd_PressOffice (@ManUtd_PO) May 8, 2013

Dans bien des cas, nombreux sont ceux qui se seraient offusqué du fait qu’un homme ne prenne sa retraite qu’à 71 ans. On pourrait parler de travail forcé, de précarité. On peut d’ailleurs voir régulièrement des reportages à la télévision montrant comment des retraités « officiels » doivent malgré tout continuer à travailler pour compléter leur maigre retraite. En l’occurrence, il est bien évident que l’on ne peut comparer Sir Alex Ferguson avec un ancien employé d’une usine. Ne serait-ce que parce que le premier a fait le choix de prolonger sa carrière car c’est sa passion, et qu’il a assurément quelques économies…

Ce qui est intéressant ici, c’est de se rappeler qu’en responsabilité sociale, il convient toujours de questionner les normes, morales ou autres, qui sont établies. Pourquoi personne n’est choqué de voir un homme de 71 ans travailler encore et toujours, qui plus est dans un environnement particulièrement stressant et exigeant? Pourquoi le travail des enfants est-il toléré dans ce pays, et pas dans celui-ci? Pourquoi cette entreprise considère que le respect de l’environnement doit être au centre de ses préoccupations, et pourquoi cette autre non?

Si un homme veut continuer à travailler jusqu’à 71 ans, pourquoi l’en empêcher? Mais d’un autre côté, ne devrait-il pas laisser la place à un jeune à la recherche d’un emploi? Comment doit se positionner mon entreprise par rapport à de telles questions?

C’est en adoptant une telle approche consistant à remettre en question des choses qui paraissent établies que l’on arrive à trouver des solutions innovantes, répondant au défis qui sont les nôtres!

Investissement socialement responsable, travail décent et fonds de pension

ISR travail décentIl y a quelques semaines, est paru le document de travail Socially responsible investment, decent work and pension funds. Concepts and international experiences.

Ce document de 30 pages a été réalisé par mes soins – avec mon superviseur – l’année passée, dans le cadre de mon travail avec le Bureau International du Travail. Ce devait être au départ un ensemble de concepts permettant de soutenir des discussions autour de la question. Le papier ayant été apprécié, il a été décidé qu’il serait publié.

Vous pouvez trouver la version anglaise ici. Si vous désirez une version papier, vous pouvez sans autres contacter le BIT, ou alors passer par moi. Je m’apprête à travailler sur la version française, dont je ne manquerai pas de parler lorsqu’elle sera disponible.

Si vous le lisez – ne serait-ce que l’introduction et la conclusion – je serais heureux d’avoir vos commentaires!

Vous savez que vous travaillez dans la responsabilité sociale quand…

… 80% des gens que vous rencontrez ne savent pas ce que cela signifie.

… les 20% restant font semblant de comprendre et cherchent à dévier rapidement la conversation vers un autre sujet.

… au boulot, personne ne vous voit comme une menace.

… sur les sites de recrutement, la case que vous cochez pour « formation », « expériences », et « poste recherché » est toujours la même: « autres ».

… à force, vous êtes allé voir ce qu’est un « Customer Service Representative ».

… du coup, vous vous êtes aussi renseigné sur les « Réseaux Sociaux d’Entreprise ».

… alors que vous étiez étudiant, tout le monde croyait que vous vouliez devenir assistant social.

… les plages horaires consacrées au networking lors de conférences ne servent à rien: vous vous connaissez déjà tous.responsibility

… vous savez que vos plus belles opportunités de carrière sont dans des entreprises pour lesquelles, par principe, vous ne travaillerez jamais.

… vous vous êtes demandé au moins une fois en quoi consisterait votre job si vous travailliez dans l’industrie pornographique; et que vous avez eu pas mal de bonnes idées, en fait.

… vous savez qu’un des grands mystères irrésolu de votre vie sera: la GRI ou le GRI?

… pour vos lettres de motivation, vous passez 20 minutes à chercher une alternative à « responsable de la responsabilité… ».

… pour chaque poste qui s’ouvre, vous n’êtes jamais moins de 150 candidats.

… la moitié des concepts fondamentaux de votre job n’a pas de traduction satisfaisante en français.

… vos amis qui changent de carrière parce qu’ils veulent avoir un travail « qui a du sens » vous font bien rigoler.