Transparence: fausse bonne pratique?

Je voulais revenir ici sur un article publié en début d’année par McKinsey&Company, intitulé The dark side of transparency. Un titre qui, évidemment, interpelle. A une époque où la transparence est mise en avant comme la solution à de nombreux, si ce n’est tous les problèmes, avancer qu’elle a des désavantages pourrait paraître surprenant, contre-productif…ou rafraîchissant!

Executives need to get smarter about when to open up and when to withhold information so they can enjoy the benefits of organizational transparency while mitigating its unintended consequences.

Les principaux arguments de l’article sont les suivants:

  • Un partage excessif de l’information peut créer une surcharge d’information et légitimer des débats sans fin ainsi que du « second-guessing » à propos des décisions des dirigeants.
  • Un haut degré de visibilité peut réduire la créativité car les employés auront peur du regard de leurs supérieurs.
  • Le partage d’informations sur la performance individuelle et le niveau de rémunération peut avoir des effets négatifs en retour, alors que l’objectif initial était de favoriser la confiance et la responsabilité collective.

L’article identifie trois domaines où trop de transparence peut créer des problèmes: le day-to-day business, la rémunération des employés, le travail créatif.glass-ball-2181472_1280

Je vous laisse le soin de consulter l’article pour plus de détails! Pour ma part, je concède partager dans les grandes lignes les conclusions de cet article. Je ne crois pas que, contrairement à ce qui se dit ici et là, la transparence soit la solution à tout. Je suis également d’accord pour dire que de la transparence mal utilisée peut être néfaste.

Faut-il maîtriser la transparence? Ne l’appliquer qu’à certains domaines? Pourquoi pas. Mais peut-on dès lors l’appeler transparence, si elle devient sélective? Pourra-t-on dire d’une entreprise qu’elle est « transparente » si elle diffuse des informations sur sa supply chain, mais pas sur la rémunération de ses dirigeants?

A mon sens, c’est peut-être « transparence » qui est non seulement le mauvais mot, mais aussi la mauvaise idée, le mauvais concept, le mauvais objectif. Pourquoi vouloir être transparente? A un moment donné, une entreprise aura forcément des choses à cacher: sa méthodologie, les activités de son département R&D, la recette de son produit phare, etc.

Je crois qu’il est plus important pour une entreprise de chercher à être honnête, à chercher à faire le bien, à avoir un impact positif sur l’environnement et la société. Honnêteté, ou intégrité, me semble des valeurs bien plus utiles que celle de la transparence. Et qui, sur le moyen et long terme, auront des conséquences plus profitables.

Responsabilité sociale et philanthropie d’entreprise: présentation au CSR Meetup Geneva

CSR Pyramid

Source: CARROLL A., The Pyramid of Corporate Social Responsibility: Toward the Moral Management of Organizational Stakeholders, Business Horizons, July-August 1991.

J’ai eu le plaisir d’être invité, mardi 16 mai 2017, par le CSR Meetup Geneva, à donner une présentation sur la différence entre RSE et philanthropie d’entreprise. La présentation a eu lieu dans les locaux de l’Impact Hub Geneva. Mon objectif était de faire une brève présentation théorique, et de susciter la discussion autour de cas plus concrets. Avec 20 minutes de présentation et 50 minutes de discussion, j’ai été ravi du déroulement de cette soirée!

Mes présentations sont en général rarement « self-explaining », dans la mesure où je m’efforce d’apporter quelque chose de plus que simplement lire mes slides. Je n’ai donc pas pour habitude de partager mes présentations.

Celle-ci faisant quelque peu exception à la règle, je l’attache à cet article, en espérant qu’elle pourra vous intéresser. Je suis bien sûr à disposition via les commentaires pour répondre à toute question quant à cette présentation.

Julien Goy – Corporate philanthropy is not the same as CSR

Responsabilité sociale, reporting, et efficience

typewriter-801921_1280Le vendredi 7 avril, j’ai eu le plaisir d’être invité par mes collègues responsables du CAS Développement durable post-2015, pour un brown bag lunch. Il s’agissait d’une présentation d’Esther Bares qui est en charge, entre autres, du reporting RSE chez Novartis.

La présentation visait à introduire la Global Reporting Initiative aux participants du CAS, et leur expliquer comment s’y prendre pour rédiger un rapport, tout en mettant l’accent sur certains challenges pouvant être rencontrés au cours du processus. Une présentation très intéressante!

Sans revenir sur toute la présentation, j’aimerais soulever et réagir à quelques points abordés au cours de ce brown bag lunch.

Esther Bares a semblé apprécier qu’au fil des versions, les lignes directrices de la GRI sont devenues de plus en plus complètes, avec de plus en plus d’informations à fournir. Selon elle, c’est signe que les attentes des parties prenantes sont de plus en plus prises en compte. Elle nous a aussi montré les nombreux cadres de reporting existant en sus de la GRI (CDP, UNGC, IIRC, etc.), et expliqué en quoi un rapport GRI bien construit permet de répondre plus facilement aux exigences de ces autres cadres. Enfin, répondant à la question d’un participant, elle nous a expliqué que la préparation du rapport occupait plusieurs personnes à plein temps pendant 3 à 4 mois. Tout cela m’amène sur un thème récurrent, celui de la « questionnaire fatigue ».

Certes, c’est une bonne chose que les rapports soient de plus en plus complets. Mais peut-on seulement imaginer la quantité d’information demandée par toutes ces parties prenantes que sont la GRI, le Global Compact, etc.? Les entreprises semblent se plier à toutes ces demandes. De peur d’être mises au pilori en cas de refus? Les entreprises ne devraient-elles pas pouvoir dire « non »?

Et que dire de la quantité de personnes mobilisées pour la seule rédaction du rapport? De 3 à 5 personnes à temps plein sur ce projet, pendant un trimestre, sans compter les heures passées par les collaborateurs d’autres départements (finance, RH…) dont l’aide est requise ponctuellement pour la collecte d’informations. Quand on sait la taille restreinte des départements CSR – quand ils existent – au sein des entreprises, cela semble monstrueux. Ce sont assurément des personnes talentueuses, qui pourraient être utilisées à d’autres projets stratégiques, plutôt qu’à la collecte d’information.

Je crois que la responsabilités sociale en est vraiment arrivée à un point où l’on doit parler non seulement de consolidation, mais aussi de simplification et d’efficience.

Le second point que je voulais soulever concerne une réponse apportée par Esther Bares à une question qui lui a été posée. Un participant voulait savoir comment « piéger » une entreprise sur la base de son rapport, comment trouver des informations qui pourraient servir de critiques. Notre conférencière a suggéré de chercher dans les notes de bas de page, dans les petits caractères. The devil is in the details, nous a-t-elle dit. We can agree to disagree, répondrais-je. S’il n’est pas injustifié de procéder de la sorte, j’ai plutôt tendance à penser que ce sont dans les non-dits, dans les informations manquantes, dans les blind spots, qu’il faut chercher.

Dans le cadre précis d’un rapport GRI, il s’agit de se référer aux principes de matérialité – les thématiques abordées sont pertinentes pour l’entreprise et pour ses stakeholders – et d’équilibre – des informations « négatives » figurent également dans le rapport. Il est vrai que cela demande plus de travail, plus de recherches. Peut-être même de mener une analyse de matérialité parallèle. Bref, mon avis est que pour pouvoir critiquer un rapport GRI, c’est principalement sur ce qui n’y figure pas qu’il faut s’appuyer.

En définitive, une présentation très intéressante et ayant suscité de nombreuses réactions et réflexions. Merci à Esther Bares et aux organisateurs du CAS Développement durable post-2015!

Blog Responsabilité sociale: 6 ans

gift-1420830_1280C’est aujourd’hui, samedi 11 mars 2017 que ce blog fête ses 6 ans. Une belle aventure, comme j’aime à le rappeler.

Ce blog s’est depuis peu agrémenté d’une newsletter, son nom de domaine a changé. Bref, il a bien évolué au cours de derniers mois.

Mais d’un autre côté, cet article – qui n’en est pas vraiment un – est le premier depuis Noël 2016. Près de 3 mois, une éternité alors qu’il fut un temps où je publiais presque toutes les semaines!

Les explications à cela sont nombreuses. Moins de temps, évidemment. Mais j’ai pour habitude de dire que « ne pas avoir le temps », ça n’existe pas. On a toujours le temps. Mais on choisit de le prendre ou non.

J’ai concentré mes efforts ces derniers mois sur la consolidation d’acquis professionnels. Avec un certain succès jusque là, admets-je en toute humilité, mais cela demande beaucoup.

Je n’en demeure pas moins désireux de continuer mes activités sur ce blog! Mais j’aimerais peut-être les ouvrir un peu plus. « Râtisser » plus large? Accueillir des auteurs invités? Je ne sais pas encore.

Peut-être aurez-vous des suggestions?

Merci pour votre fidélité!

Belles fêtes de fin d’année 2016!

chocolate-santa-claus-490825_1280Nous voici arrivés à la fin de l’année, une de plus pour ce site. Je n’ai pas pu publier autant d’articles que j’aurais aimé, souvent par manque de temps. L’année a été chargée, sur un plan professionnel tout autant que personnel, toujours pour de bonnes raisons! Les projets ont été très variés! J’ai encore récemment eu le plaisir de donner un cours à des étudiants en Master à l’Université de Genève, sur la responsabilité sociale bien sûr.

Une petite note pour cette fin d’année. J’ai été interviewé par mon ami Gus, à propos de la responsabilité sociale dans le milieu des jeux de société. Un sujet intéressant – à mon avis – qui m’a fait réfléchir, notamment en termes de business model.

Je vous laisse donc, pour 3 semaines car je pars au Cameroun jusqu’à la mi-janvier!

Je vous souhaite à toutes et à tous de très belles fêtes de fin d’année!

Interview – Yvan Maillard Ardenti, sur l’initiative pour des multinationales responsables

Aujourd’hui, nous rencontrons Yvan Maillard Ardenti, qui travaille comme Chargé de programme Entreprise et droits humains chez Pain pour le prochain. Yvan est également consultant en gestion durable chez evolutio.conseil et chargé de cours dans plusieurs hautes écoles de gestion et universités. Auparavant, il a travaillé comme analyste d’entreprise et conseiller en investissement durable pour Inrate SA, une agence d’évaluation de la durabilité. Il est membre des comités de Transparency International Suisse, de Label STEP pour des tapis équitables et des Artisans de la Transition. Yvan détient un master en sciences environnementales de l’Ecole polytechnique fédérale de Zürich (EPFZ).yma

Yvan, peux-tu nous dire quelques mots sur toi et ton rôle par rapport à l’initiative pour des multinationales responsables?

Je travaille comme Chargé de programme “Entreprises et droits humains” chez Pain pour le prochain. Mon rôle pour l’initiative consiste entre autres à expliquer l’opportunité que présente l’initiative à des entrepreneurs et des chefs d’entreprises afin d’obtenir leur soutien. Nous souhaitons avoir le maximum de voix d’entrepreneurs qui soutiennent l’idée que les droits humains doivent faire partie de tout bon modèle d’affaires.

Le texte de l’initiative prévoit l’introduction dans la loi d’un devoir de diligence des entreprises. Elles devront donc garantir que leurs activités ne violent pas les droits humains et ne portent pas atteinte à l’environnement. Ce devoir de diligence vise-t-il davantage à rendre les entreprises proactives, ou au contraire, vont-elles plutôt devoir corriger des problèmes en leur sein et chez leurs fournisseurs?

Notre initiative a clairement une forte dimension préventive. L’obligation de devoir de diligence servira d’encouragement pour les entreprises à faire une analyse sérieuse de leurs risques en matière de droits humains et à prendre des mesures correctives si nécessaire pour réduire leurs impacts négatifs. De plus, l’initiative exige que les entreprises publient des informations sur les mesures prises.

J’ai pu lire – sur le site de Public Eye – que l’initiative peut être mise en oeuvre sans bureaucratie. J’avoue que cela fait partie des rares doutes que j’ai quant à celle-ci! Peux-tu nous expliquer comment cela serait possible?

L’obligation de diligence s’appliquera de manière indirecte, sans bureaucratie supplémentaire. Car avec l’initiative, les entreprises, qui n’ont pas rempli leur devoir de diligence, risquent de devoir payer des dédommagements si l’une de leurs filiales viole les droits humains et cause un dommage à des riverains, par ex. en polluant leur nappe phréatique. Ce mécanisme devrait inciter fortement les sociétés à prendre les mesures nécessaires pour éviter de payer des dédommagements.

Peut-on considérer que le « Swiss made », réputé pour être gage de qualité, doit désormais comprendre la protection de l’environnement et des droits humains?

Oui, la qualité suisse est en effet synonyme d’exigences élevées, de travail soigné et de relations d’affaires loyales. Cette qualité suisse doit désormais comprendre également la protection de l’environnement et des droits humains à l’étranger.

Comment estimes-tu l’impact d’une telle initiative sur l’économie suisse, mais aussi sur celle de nos pays voisins?

En garantissant le respect des droits humains et de l’environnement, l’initiative renforcera notre place économique et la qualité de nos produits et des processus de production. Samuel Schweizer, de l‘entreprise Ernst Schweizer SA (construction métallique, 500 employés) le dit très bien: «Toutes les entreprises seront protégées, si personne ne peut faire du profit à court terme sur le dos des êtres humains et de l’environnement».

Comment une affaire telle que celle du benzène dans les téléphones portables aurait-elle été « traitée » par les opérateurs de téléphonie si l’initiative était déjà été mise en œuvre?

L’initiative aurait pour effet d’obliger les revendeurs de téléphones portables à conduire une analyse plus poussée de leur chaîne d’approvisionnement. Le benzène est utilisé dans la production de téléphone bien qu’il soit toxique et qu’il provoque des milliers de cancers chez les travailleurs. Les revendeurs exerceraient une plus grande pression sur les fabricants de téléphones portables afin que ceux-ci bannissent le benzène de la production. Des alternatives au benzène existent et coûtent moins d’un franc de plus par téléphone.

Un grand merci à Yvan Maillard Ardenti pour son temps et ses réponses passionnantes!

 

Avis de recherche: ISO 26000

Où en est-on avec les lignes directrices ISO 26000, relative à la RSE? Une question que je me suis posée récemment et qui, du simple fait d’avoir été posée, en dit peut-être long…

Je m’étais rendu, en 2011, à une conférence présentant ce qui a l’époque était une nouveauté. Une question posée à ce moment, et qui m’avait interpelé, était de savoir en quoi ces lignes directrices étaient mieux qu’un très bon livre sur la RSE. Et la réponse – « aucun livre n’a été écrit par 450 personnes et voté par 99 pays » – ne m’avait pas convaincu.manuscript-1614234_1280

Je me demande donc aujourd’hui où l’on se situe par rapport à ces lignes directrices. Une norme non contraignante, qui ne donne donc pas lieu à une certification, faut-il le rappeler. J’ai le sentiment que ces lignes directrices n’ont pas percé.

Si l’on consulte la page consacrée à ces lignes directrices, il y a bien peu d’éléments à se mettre sous la dent. La dernière news remonte à janvier 2016.

Sur Google, ce n’est guère mieux. Je trouve beaucoup d’infos sur la façon d’acheter les lignes directrices. Et aussi des références à quelques agence de consulting, pour certaines créée uniquement pour cette nouvelle « norme », en espérant que celle-ci allait devenir certifiante rapidement et être ainsi positionnées comme des références.

Et je crois que c’est définitivement là que se trouve le problème: ISO 26000 n’est pas certifiante, pas contraignante. Ca n’a pas pris. Cela aurait pu être son unique selling point, mais faute de certification, ISO 26000 n’est qu’un ensemble de lignes directrices parmi tant d’autres. SA8000, AA1000, GRI, IIRF…pourquoi l’un et pas l’autre?

Mais peut-être que vous avez une expérience différente d’ISO 26000, la conviction que c’est là l’avenir de la RSE? Des exemples de projets ayant été mis sur pied grâce à ces lignes directrices?