Privilège – Fatigue – Leadership

Nous arrivons à la fin de l’année, le moment des habituels bilans, de la prise de distance par rapport à ce que l’on a vécu au cours des 12 derniers mois. Je ne déroge pas à la règle, même si je vais plutôt me concentrer sur les 6 dernières semaines. Mon souvenir de cette période qui a commencé aux alentours du 15-20 novembre n’est pas agréable, loin s’en faut. J’ai terminé l’année sur les genoux, professionnellement parlant.

J’en ai eu marre. Je n’en pouvais plus. Je faisais des erreurs, j’oubliais des choses, et je n’avais plus d’énergie en fin de journée. J’ai compté les jours, les heures avant la « libération » à la fin de la journée du 23 décembre. Et ultime effort, travaillant à la maison, il m’est revenu de décider à quel moment je m’arrêtais. Ca s’est fait progressivement: d’abord quitter la table de travail, regarder mon ordinateurs 1, 2, 3 fois puis se décider à l’éteindre, arrêter d’y penser. Ca a été un soulagement, bien plus que d’habitude. Une forme de STOP à une situation qui était difficilement supportable, alors qu’en temps normal, être en vacances représente pour moi rien de plus qu’une légère évolution sur un continuum.

Je dois l’admettre, cette année 2020 a été épuisante, exigeante. Elle m’a pris une énergie folle. Et surtout, tout au long de l’année, j’ai été pris en tenaille entre cette fatigue émotionnelle et physique que j’ai ressentie, et la conviction que je n’étais pas en position de me plaindre.

Que faire alors, en tant que leader responsable? Je n’ai pas de solution toute faite, bien sûr, mais quelques observations.

Pour soi, je ne peux que conseiller de tout d’abord accepter cette situation. J’ai vu beaucoup de gens autour de moi – et je dois m’inclure moi-même dans cette catégorie – parler avant tout de la situation privilégiée dans laquelle nous sommes: nous avons gardé nos jobs avec peu ou pas de réduction de taux d’activité ou de salaire; nous avons pu continuer à sortir, nous promener; nous habitons des appartements ou maisons dans lesquelles l’on ne se sent pas les uns sur les autres et où il est facile de travailler, etc. Nous sommes privilégiés, certes, mais cela ne doit pas nous empêcher de reconnaître que nous avons vécu une année difficile et qu’elle a eu un impact sur nous. Reconnaissons-le, cela nous aide à accepter les moments de moins bien, les moments où l’on commet des erreurs, les moments où l’on est moins productifs.

Comment cela se traduit dans notre relation aux autres? Comment agir, en tant que leader responsable? Je crois que simplement en abordant avec honnêteté et transparence cette situation, on avance déjà beaucoup. On aide, même, nos collègues à accepter la situation. A chaque fois que j’ai fait le premier pas de dire que la situation n’était malgré tout pas si facile que ça pour moi, j’ai vu mes collègues s’ouvrir, ressentir une sorte de soulagement, et partager avec moi, à leur tour, leurs difficultés. Avoir montré ma vulnérabilité leur a permis d’accepter la leur, et de reconnaître avec plus de clarté la situation dans laquelle ils se trouvent. Et cette reconnaissance, cette acceptation est souvent la voie pour trouver des solutions.

Aider les autres m’a aussi redonné de l’énergie. On a beaucoup entendu « prenez soin de vous », au cours de cette année 2020. Pour ma part, j’ai appris que je ne me sentais jamais aussi bien que lorsque je prenais soin des autres. Et que même en étant privilégié, on peut se sentir en difficulté.

Bonne année à toutes et à tous. Soyez indulgent, prenez soin de vous, et des autres.

Vision – Incertitude – Stratégie

Tous les 3 mois, je prends du temps pour faire un bilan des 90 derniers jours, et planifier les 90 prochains. C’est un exercice très important pour moi, qui m’amène à développer une vision, certes à court terme, de là où je veux me trouver.

Ca a été le cas ce 15 octobre. J’ai fait le bilan et me suis projeté dans les 90 prochains jours. Voici les premières lignes que j’ai rédigées:

A l’heure d’écrire ces lignes, nous entrons dans ce qui ressemble à une 2e vague. L’incertitude reste de mise, mais en regardant les plans de 2020, je vois que j’ai quand même pu avancer selon ce que j’avais prévu. Il faut en rester convaincu.

En les écrivant, je me suis rappelé les premières réflexions que je m’étais faites lorsque nous sommes passés en semi-confinement. Va-t-on pouvoir planifier quoi que ce soit, avec toute cette incertitude autour de la situation? Je me suis rapidement convaincu que oui, nous le pouvions et c’était nécessaire. Mais tout aussi rapidement, je me suis rendu compte que ce point de vue n’était pas partagé par de nombreux collègues ou partenaires. Je me suis donc demandé si j’allais pouvoir avancer malgré les réticences de parties prenantes importantes à se projeter.

C’est en faisant le bilan il y a quelques jours que je me suis rendu compte que oui, j’ai pu avancer. Par exemple, deux de mes grands objectifs pour cette année étaient de rejoindre un (advisory) board, et de me former.

Depuis juin, je suis officiellement membre de l’advisory board de Climate & Sustainability. J’en dirai plus dans un prochain article, mais allez jeter un œil à leur site web: le travail réalisé est fantastique!

A la fin du mois de septembre, j’ai commencé une formation avec l’IMD, « Strategy Execution » – là aussi, j’en dirai plus dans un prochain article, mais c’est vraiment passionnant!

En définitive, je suis persuadé que l’on peut avancer, que l’on peut faire des plans, quel que soit le degré d’incertitude auquel on est confronté, y compris chez les autres. Deux facteurs inévitables selon moi:

  • En être convaincu! Il faut de la volonté, se donner les moyens, et maintenir le cap. Ce même si, comme je l’évoquais, les personnes qui vous entourent ne partagent pas votre point de vue.
  • Se montrer « agile ». Si l’on a au préalable établi une vision, on trouvera toujours les moyens pour y arriver. Avec un point de départ et une destination, chacun saura adapter sa feuille de route, peu importe les circonstances.

Si l’on sait « pourquoi », on peut faire avec n’importe quel « comment », nous rappelle Viktor Frankl.

Et vous, quelles sont vos objectifs atteints en 2020 – contre vents et marées ou non?!

Valeurs – Vision – Simplicité

Photo de Supushpitha Atapattu sur Pexels.com

J’ai récemment retravaillé sur mes valeurs personnelles. Oui, comme les valeurs qu’une entreprise affiche sur son site web, avec plus ou moins de conviction, mais juste pour moi. Il s’agit des valeurs qui me guident, celles selon lesquelles je m’efforce d’agir et de penser. J’ai la conviction qu’il est important de les mettre sur papier – ou sur Evernote en ce qui me concerne – et de se les rappeler aussi souvent que possible.

Surtout, ces valeurs permettent de créer une vision en accord avec celles-ci, et donnent ainsi un cadre cohérent à un futur envisagé.

Ce processus de « révision » ne devrait pas avoir lieu souvent. A priori, nos valeurs sont les nôtres et ne devraient pas évoluer en fonction des circonstances, tout comme pour une entreprise. Je crois toutefois important de se poser la question de temps à autre, quitte à simplement reformuler.

Je vous les livre ci-dessous, telles qu’elles apparaissent aujourd’hui dans ma note:

  • Responsabilité – Envers moi et envers les autres. Je me comporte de manière exemplaire. Je n’ai pas peur de regarder la vérité en face et dire ce qui est.
  • Famille – Elle est au centre de mes considérations.
  • Simplicité – Dans la façon d’être, de vivre, de se comporter.
  • Zen – Le calme guide mes actions, inspiré de Shambahla, Thich Nhat Hahn, Shunryu Suzuki, Kakuzo Okakura.

Et vous, quelles sont vos valeurs personnelles?

Apprendre-Travailler-Recommencer

Récemment, je suis tombé sur un article de la MIT Sloan Management Review, datant de 2017, que j’ai trouvé très intéressant. Celui-ci met en avant le décalage entre le fait que les individus savent que leur vies et carrières doivent être restructurées, étant donnée la situation/société dans laquelle nous vivons, et le fait que les entreprises continuent de se comporter comme si le schéma classique – études-travail-retraite – continuait de s’appliquer.

Je voulais réagir sur la représentation graphique ci-dessous, qui met en avant cette restructuration.

Je trouve très intéressant cette façon de représenter la vie adulte telle qu’elle est vécue aujourd’hui. Si cela reste un modèle, avec ses simplifications, je trouve judicieux de montrer non seulement la multiplicité des phases, mais aussi leurs chevauchements. De même, il est pertinent d’y inclure des phases telles qu’exploration ou transition, et qui permettent de comprendre l’état d’esprit que l’on peut avoir à différents moments de la vie.

Le fait que la partie retraite se chevauche avec la partie « mix de travail rémunéré et bénévole » me paraît également judicieux, en cela qu’un écho est donné de cette façon au développement de la silver economy.

Quel impact a sur nos carrières et nos vies une telle perception du déroulement de celles-ci? Comment se prépare-t-on à la phase suivante, si les limites sont plus poreuses que l’on aurait pu le penser?

Et, pour revenir sur l’un des constats de l’article, comment une entreprise responsable peut-elle répondre à cette situation? Doit-elle aider ses employés à réaliser ces différentes transitions? Peut-elle faciliter le fait de mener deux aspects d’une carrière en parallèle? Comment permettre à une jeune professionnelle de faire ses premiers pas dans le monde du travail, tout en finissant ses études et avec la conscience qu’elle est en pleine phase d’exploration?

Responsabilité – Networking – Karma

Photo de Jopwell sur Pexels.com

J’ai pour habitude de mener des actions de networking sur une base régulière. J’essaie de rencontrer des gens, aux profils similaires ou complètement opposés au mien. Depuis quelques temps, j’ai été amené à constater que ces actions ne me profitent pas directement – ce qui n’est pas un problème. Laissez-moi vous parler des dernières 6 semaines. Au cours de celles-ci, j’ai pu contribuer à:

  • L’engagement bénévole d’un de nos étudiants au sein d’une association;
  • L’engagement bénévole de l’un de nos doctorants en tant que « Youth Ambassador » au sein d’une organisation active dans son domaine de prédilection;
  • L’obtention par l’une de mes mentees d’une place de stage rémunéré.
  • L’engagement en tant que consultante d’une amie, dans un secteur qui lui tient à cœur.

Toutes ces bonnes nouvelles, au fur et à mesure de leur arrivée dans ma boîte mail/mon inbox LinkedIn/ma messagerie instantanée, m’ont apporté beaucoup de satisfactions.

On pourrait me reprocher que je me vante. Je dois admettre que c’est un peu vrai, ou tout du moins que je suis fier d’avoir apporté un petit quelque chose à ces réalisations! Mes contributions n’ont toutefois pas été particulièrement déterminantes. Il s’est souvent agit d’un simple message envoyé à 1, 2, 3 personnes qui avaient la possibilité, à ce moment, de collaborer. Je visualise plutôt un bon alignement des planètes! Je crois surtout que si j’ai un mérite, c’est d’avoir vu des potentiels, d’avoir cru en des gens. Toutes les compétences, les qualités qui se sont avérées cruciales pour ces recrutements, ces personnes que j’ai aidées les avaient déjà en elle. Tout ce que j’ai fait, c’est de les voir et de les faire voir, par elles-mêmes et par d’autres.

Our personal identity, which we think is based upon our beliefs and opinions, is actually more of a function of our ability to pay attention to the world around us. – David Whyte

Je crois que c’est un trait que tout leader responsable se doit de cultiver. Chercher à voir ce qu’il y a de bien chez les autres, les amener à y réfléchir, les mettre en liens avec d’autres personnes qui pourraient les aider à affirmer leur potentiels. Tout cela crée un état d’esprit qui me semble de plus en plus adapté aux situations que nous vivons chaque jour. Cela relève aussi de la création de réseaux, de systèmes qui s’alimentent d’eux-mêmes, dans lesquels je peux puiser pour essayer d’aider mes contacts.

Et vous, auprès de qui puis-je vous introduire?!