Transparence pour les agences de notation ESG

J’ai lu ce matin un article très intéressant sur la question du rating et du ranking ESG. On y explique notamment comment le rating/ranking pousse les entreprises à s’améliorer en les comparant. On nous dit toutefois que devant la profusion d’indices ESG (DJSI, FTSE4Good, etc.), il n’est pas toujours aisé de s’y retrouver et de savoir si l’on peut faire confiance à telle ou telle agence.

Un passage de l’article a retenu plus particulièrement mon attention. Les auteurs nous disent en effet que les agences de notation ESG doivent être transparentes, afin que l’on puisse évaluer au mieux leurs méthodologies, et ainsi savoir si l’on peut s’y fier ou non.

Being able to evaluate the raters is essential, and transparency from the rating organization is the only way to tell if its methodology credibly addresses material issues.

Cela pose un problème très clair, et qui peut d’ailleurs s’étendre à toutes initiative, mesure, programme lié à la RSE. Le fond de commerce d’un agence de notation est précisément sa méthodologie. Méthodologie pour laquelle l’agence aura sans doute utilisé énormément de ressources afin de la développer. Si elle est totalement transparente à ce sujet, elle révèle ce qui la démarque des autres. Rien n’empêchera dès lors de copier cette méthodologie et de la réutiliser. Ou peut-être de la modifier légèrement et de la vendre comme un « DJSI amélioré ».

Cette demande de transparence me paraît légitime en soi, et je comprends bien l’argument qu’il y a derrière. Mais d’un point de vue « business », peut-on vraiment espérer obtenir une transparence complète?

Materialité: oui, mais pour qui?

Comme évoqué dans un précédent article, les nouvelles lignes directrices pour le reporting développement durable de la Global Reporting Initiative (G4) mettent l’accent sur le principe de matérialité. Nouveauté qui n’en est pas une, car nous retrouvions déjà ce principe dans les versions précédentes.

Toutefois, cela n’empêche pas de se pencher sur ce principe de contenu. On nous dit que de ce principe doit découler une liste des aspects importants, sur lesquels le rapport doit porter. Important, soit, mais pour qui? C’est là la première question à se poser, et peut-être la plus importante.

Les lignes directrices sont relativement claires à ce sujet. Ces aspects importants sont ceux qui réfléchissent les impacts environnementaux, sociaux et économique significatifs de l’organisation; OU ceux qui influencent de manière substantielle la prise de décision des stakeholders. Materiality

Je dis bien « relativement claires » car ce « ou » pose un léger problème. J’aurais plutôt imaginé un « et » car ce qui m’intéresse en tant que lecteur d’un rapport DD est de connaître ce qui est considéré comme primordial par l’organisation, mais aussi par ses stakeholders. Pas l’un ou l’autre; un rapport qui ne présenterait que les aspects importants par rapport aux impacts de l’organisation ne m’intéresserait pas. Il peut aussi être pertinent pour l’organisation de chercher à comprendre les écarts de perception. Et d’y travailler!

Ce qui est important pour tel groupe de stakeholders ne l’est peut-être pas pour cet autre groupe, ou pour l’organisation elle-même. Qui sont nos stakeholders, quels sont leurs intérêts et, comment dialoguons-nous avec eux? Voila trois questions primordiales, et la réponse à la question du dialogue va être en grande partie conditionnée par la bonne compréhension de ce qui est important ou non aux yeux des stakeholders et des éventuels écarts de perception entre l’organisation et ses parties prenantes.

Faire plus avec moins: une forme de greenwashing?

Un concept à la mode dans le domaine de la RSE est celui de la simplicité, ou du minimalisme. On associe souvent ce concept avec l’idée de faire plus avec moins, « less is more » peut-on aussi lire. Je suis moi-même partisan de la simplicité, et j’aime l’idée que l’on peut faire plus ou mieux avec moins. J’ai d’ailleurs lu avec plaisir plusieurs ouvrages sur le sujet, dont De la simplicité ou The Power of Less, que je recommande.

Au cours d’un récent voyage, j’ai été confronté à cette idée, mais pas de manière aussi agréable que je l’aurais espéré. Il est en effet de plus en plus courant de voir dans les hôtels des petits panneaux expliquant la politique environnementale de l’établissement. On y apprend en général que le personnel ne changera pas les serviettes qui ne sont pas déposées sur le sol, ou que l’on trouve désormais un gros conteneur de savon, plutôt que des échantillons. Je suis tout à fait favorable à ce genre de démarche.OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Le problème était que cette philosophie était poussée un peu trop à l’extrême à mon goût. On ne trouvait pas les habituels sets de couture, bonnets de douches, etc. Ce qui était très bien, car nous pouvions simplement les demander à la réception. Mais nous n’avions par exemple pas de réceptacle pour déposer nos brosses à dents, ce qui était un peu ennuyeux.

Ce constat m’a amené à me demander la chose suivante: ce concept de minimalisme, mal utilisé, peut mener à faire moins avec moins. Et surtout, présenté comme une mesure favorable pour l’environnement, il n’est qu’une excuse pour tout simplement proposer un moins bon service, un moins bon produit.

N’y a-t-il pas là une forme de greenwashing – à rajouter à celle déjà identifiées ici? On propose un service ou un produit de moindre qualité, que l’on enrobe d’arguments environnementaux pour faire passer la pilule. Le client n’osera pas se plaindre, par peur d’être perçu comme hostile à une mesure « eco-friendly ».

Quel est le seuil minimaliste à ne pas dépasser? A-t-on le droit de se plaindre lorsque l’on est confronté à une telle situation? Ou devons-nous simplement accepter une baisse de la qualité, pour protéger un peu plus l’environnement?

Ethique du professionnel de la RSE

If potential clients walk into Jack’s office thinking they had a small problem, he’d make sure they’d walked out thinking they had a huge one – and that Jack was the only person who could fix it for them. – Michael Soussan, Backstabbing for Beginners

Je me demande souvent à quels critères d’éthiques nous sommes soumis, nous les professionnels de la RSE. Sommes-nous « évalués » plus sévèrement que d’autres? Devons-nous être plus exemplaires que nos collègues comptables, marketeurs, financiers?

Faites comme je dis, surtout pas comme je fais: nombreuses ont été les occasions que j’ai eues de constater que les cordonniers sont les plus mal chaussés. Et que les professionnels de la responsabilité, de l’éthique, ne sont pas toujours très responsables eux-mêmes. Je pense notamment aux consultants en RSE. Ils sont certes confrontés à un environnement très compétitif, où il vaut mieux ne pas avoir froid aux yeux pour obtenir des mandats. Est-ce une raison pour laisser de côté ses convictions? A-t-on le droit de vendre une prestation à un client, un projet à ses dirigeants, à n’importe quel prix, en leur faisant croire n’importe quoi?

Je crois qu’un professionnel de la RSE se doit d’avoir des valeurs fortes. Et doit s’y tenir. Il doit être un leader par l’exemple. Je crois qu’il en va de sa crédibilité. Lorsque l’on m’a parlé d’un job dans une compagnie issue du secteur du tabac, je n’ai pas postulé, car ça ne reflète pas mes convictions. Mais j’avoue ne pas être très sûr du bien-fondé d’une telle décision. Doit-on vraiment être plus exigeants que d’autres? Est-ce que nos manquements à l’éthique, s’ils sont plus flagrants pour nous que pour d’autres, ne sont-ils pas finalement naturels?

Je suis membre de nombreux groupes et nombreuses communautés sur la RSE (Twitter, groupe Facebook, groupes LinkedIn, Justmeans, Wizness, etc.), mais je n’ai pas souvent vu la question de l’éthique ressortir dans les nombreuses conversations que j’ai pu suivre sur les métiers de la responsabilité sociale.

Auriez-vous des idées sur le sujet? Vous êtes-vous déjà dit « En tant que pro de la RSE, je ne peux pas faire ça »?

Global Reporting Initiative: premières impressions sur la G4

Il y a peu, sont sorties les nouvelles lignes directrices de la Global Reporting Initiative: G4. Très attendues par les professionnels du domaine, ces nouvelles lignes directrices proposent passablement de nouvelles choses. Pour un premier article sur le sujet, j’aimerais m’attarder sur deux points:

GRIPremièrement, l’importance (encore) accrue du concept de « materiality ». Ce concept est difficilement traduisible en français: matérialité, pertinence…je ne sais quel équivalent lui trouver en français, mais on comprendra le sens général. Il s’agit d’identifier ce qui compte vraiment pour l’entreprise ou l’organisation publiant son rapport. Il n’est donc pas question qu’une entreprise parle de tout ce qui se trouve dans la GRI, mais uniquement de ce qu’elle considère comme pertinent pour évaluer sa performance en matière de développement durable. De ce principe de materiality, doit découler une liste des « aspects » jugés importants. Ces aspects sont relativement proches de ceux qui existaient déjà auparavant, même si la liste en a été quelque peu modifiée. Pour la catégorie « environnemental », on trouve, par exemple, les aspects suivants: énergie, eau, biodiversité, conformité, transport, etc. Une entreprise désireuse de publier un rapport G4 devra donc choisir lesquels de ces aspects sont « material » par rapport à sa performance en matière de développement durable.

L’autre point sur lequel je souhaiterais m’attarder est le fait que l’entreprise a désormais le choix entre deux options. Terminés les niveaux A, B, C, + ou non. Il s’agit maintenant de choisir entre l’option « Core » et l’option « Comprehensive ». L’option Core contient les éléments essentiels d’un rapport RSE. L’option Comprehensive demandera plus d’information. Je reviendrai dans un autre article sur les différences spécifiques, mais ce qui a attiré mon attention en premier lieu est la façon de traiter les indicateurs. Dans les deux cas, les indicateurs à traiter ne sont que ceux portant sur les aspects identifiés comme « material ». Ensuite, si vous vous en tenez à l’option Core, vous n’aurez qu’à renseigner un indicateur par aspect. Alors que pour l’option Comprehensive, vous devrez renseigner tous les indicateurs de l’aspect.

La plupart de mes confrères s’étant exprimés sur le sujet sont partagés. Et je dois dire que je partage ce point de vue. On nous vend le principe de materiality comme s’il s’agissait d’une nouveauté. Mais dans les fait, cette exigence de fournir des informations pertinentes a toujours été présente, et n’a jamais empêché qui que ce soit de nous servir le « bullshit » habituel. De plus, la distinction entre Core et Comprehensive, si elle est un mieux par rapport aux anciens niveaux, laissera penser les « profanes » qu’un rapport « Comprehensive » est mieux qu’un « Core », et qu’il est toujours mieux de renseigner un maximum d’indicateurs même si 75% d’entre eux n’ont aucun sens.

D’un autre côté, je trouve que le fait de réellement pouvoir choisir les aspects sur lesquels l’on veut communiquer nous envoie dans la bonne direction. Le problème des rapports RSE est encore et toujours d’être lus. Cette plus grande liberté laissée aux entreprises sur ce qu’elles considèrent comme pertinent rendra peut-être les rapports plus accessibles, plus intéressants.

Je crois qu’il faut laisser à ces nouvelles lignes directrices la présomption d’innocence. Nous pourrons vraiment l’évaluer lorsque sortiront les premiers rapports. A suivre!