Les enjeux de la nouvelle stratégie GRI

street-sign-562573_640Au cours de ce mois de juin 2015, la Global Reporting Initiative a publié sa nouvelle stratégie 2015-2020. Celle-ci est intéressante, car elle représente un vrai tournant dans la façon dont la GRI se définit elle-même.

Cette stratégie est axée autour de 4 domaines:

  1. Enabling Smart Policy. Aider à la prise de décision et être une base à la création de nouvelles politiques.
  2. More Reporters and Better Reporting. Il s’agit de ce qui est le core business de la GRI jusqu’à présent: promouvoir le reporting pour faire en sorte que le plus grand nombre d’organisations le fasse, de la meilleure façon qui soit.
  3. Moving Beyond Reports. On cherche à transformer la perception d’un rapport: il ne s’agit plus seulement de l’output d’un processus, mais aussi et surtout de l’input d’un nouveau processus, celui de la prise de décision.
  4. Innovation & Collaboration. On nous dit que jusqu’à présent, la GRI a déjà servi de rampe de lancement, de tremplin à l’innovation. La nouvelle stratégie vise à renforcer l’effet de levier de la technologie et du Big Data pour permettre à d’autres organisations de réussir.

Voila, c’est dit, le rôle de la GRI n’est plus seulement de mettre à disposition des lignes directrices pour le reporting développement durable. Il s’agit maintenant d’également mettre la durabilité au centre du processus de décision de toute organisation.

Est-ce le rôle de la GRI? Est-ce le moment? Il y a encore tellement à faire au niveau du reporting en soi. Mais peut-être est-ce un « smart move » qui va faire prendre conscience à des organisations encore récalcitrantes de l’importance du reporting comme base à une réflexion plus stratégique sur la responsabilité sociale. Cette nouvelle stratégie renforcerait la mission « originelle » de la GRI de promotion du reporting.

Je crois que le changement principal est que l’on passe de « qui lit les rapports? » à « qu’est-ce qu’on fait des rapports? ». Peut-être que cela pouvait sembler une évidence pour celles et ceux qui ont déjà travaillé avec ce genre de lignes directrices. Mais c’est maintenant clairement explicité.

Je reste par contre plus dubitatif sur le dernier domaine, celui de l’innovation et de la collaboration.Je n’ai jamais vraiment eu le sentiment que la GRI était ce tremplin d’innovation qu’elle prétend être. Les rapports développement durable les plus innovants que j’aie lu n’étaient pas des rapports GRI. Mais peut-être s’étaient-ils inspirés de la GRI. Je crois en tout cas rejoindre Elaine Cohen lorsque je dis que GRI et innovation ne riment pas. Même si j’espère de tout coeur que ce sera le cas à l’avenir.

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Pourquoi écrire un rapport développement durable?

De mon expérience dans le domaine du reporting développement durable, j’ai pu remarquer que les motivations derrière un processus de reporting pouvaient être diverses, aussi bien du point de vue du client qui cherche à publier un tel rapport, que de celui du consultant qui va l’aider à le faire. Il m’a en effet semblé que ces motivations pouvaient être:

  • Technique et compliance. La motivation est ici d’être en ordre avec les exigences légales et/ou de ses stakeholders, mais aussi d’obtenir une certification (GRI, par exemple). On cherchera alors à renseigner des indicateurs et fournir les informations demandées par les lignes directrices choisies.
  • Stratégie. On cherche ici à utiliser le rapport à des fins stratégiques: sur la base de celui-ci, vous allez pouvoir définir des objectifs à court, moyen, et long terme, ainsi qu’identifier des faiblesses et opportunités. On va plutôt viser à établir des domaines clés et se concentrer sur ceux-ci.
  • Être lu. C’est tout de même le but d’un rapport… Cela vous permettra de donner de la visibilité au bon travail que vous réalisez.

La question que j’aimerais poser ici est la suivante: ces motivations doivent-elles être perçues comme des finalités ou comme des portes d’entrée?Multiple roads

Ce que je veux dire par là, c’est que si votre motivation est la compliance en vue d’obtenir une certification GRI et que vous la prenez comme une finalité, votre focus sera sur la compliance et rien d’autre. D’un autre côté, si vous utilisez la compliance comme l’initiatrice de votre démarche, vous laisserez la porte ouverte aux autres motivations qui pourront venir se greffer sur la première.

Ainsi, si votre objectif premier était de faire un reporting en accord avec les lignes directrices de la GRI, vous pourriez réaliser que les indicateurs que vous avez renseignés constituent une bonne base pour établir une stratégie de RSE. De même, vous pourriez être rapidement tenté de donner un aspect plus « sexy » à votre rapport afin qu’il soit lu par le plus grand nombre de vos stakeholders.

Materialité: oui, mais pour qui?

Comme évoqué dans un précédent article, les nouvelles lignes directrices pour le reporting développement durable de la Global Reporting Initiative (G4) mettent l’accent sur le principe de matérialité. Nouveauté qui n’en est pas une, car nous retrouvions déjà ce principe dans les versions précédentes.

Toutefois, cela n’empêche pas de se pencher sur ce principe de contenu. On nous dit que de ce principe doit découler une liste des aspects importants, sur lesquels le rapport doit porter. Important, soit, mais pour qui? C’est là la première question à se poser, et peut-être la plus importante.

Les lignes directrices sont relativement claires à ce sujet. Ces aspects importants sont ceux qui réfléchissent les impacts environnementaux, sociaux et économique significatifs de l’organisation; OU ceux qui influencent de manière substantielle la prise de décision des stakeholders. Materiality

Je dis bien « relativement claires » car ce « ou » pose un léger problème. J’aurais plutôt imaginé un « et » car ce qui m’intéresse en tant que lecteur d’un rapport DD est de connaître ce qui est considéré comme primordial par l’organisation, mais aussi par ses stakeholders. Pas l’un ou l’autre; un rapport qui ne présenterait que les aspects importants par rapport aux impacts de l’organisation ne m’intéresserait pas. Il peut aussi être pertinent pour l’organisation de chercher à comprendre les écarts de perception. Et d’y travailler!

Ce qui est important pour tel groupe de stakeholders ne l’est peut-être pas pour cet autre groupe, ou pour l’organisation elle-même. Qui sont nos stakeholders, quels sont leurs intérêts et, comment dialoguons-nous avec eux? Voila trois questions primordiales, et la réponse à la question du dialogue va être en grande partie conditionnée par la bonne compréhension de ce qui est important ou non aux yeux des stakeholders et des éventuels écarts de perception entre l’organisation et ses parties prenantes.

Global Reporting Initiative: premières impressions sur la G4

Il y a peu, sont sorties les nouvelles lignes directrices de la Global Reporting Initiative: G4. Très attendues par les professionnels du domaine, ces nouvelles lignes directrices proposent passablement de nouvelles choses. Pour un premier article sur le sujet, j’aimerais m’attarder sur deux points:

GRIPremièrement, l’importance (encore) accrue du concept de « materiality ». Ce concept est difficilement traduisible en français: matérialité, pertinence…je ne sais quel équivalent lui trouver en français, mais on comprendra le sens général. Il s’agit d’identifier ce qui compte vraiment pour l’entreprise ou l’organisation publiant son rapport. Il n’est donc pas question qu’une entreprise parle de tout ce qui se trouve dans la GRI, mais uniquement de ce qu’elle considère comme pertinent pour évaluer sa performance en matière de développement durable. De ce principe de materiality, doit découler une liste des « aspects » jugés importants. Ces aspects sont relativement proches de ceux qui existaient déjà auparavant, même si la liste en a été quelque peu modifiée. Pour la catégorie « environnemental », on trouve, par exemple, les aspects suivants: énergie, eau, biodiversité, conformité, transport, etc. Une entreprise désireuse de publier un rapport G4 devra donc choisir lesquels de ces aspects sont « material » par rapport à sa performance en matière de développement durable.

L’autre point sur lequel je souhaiterais m’attarder est le fait que l’entreprise a désormais le choix entre deux options. Terminés les niveaux A, B, C, + ou non. Il s’agit maintenant de choisir entre l’option « Core » et l’option « Comprehensive ». L’option Core contient les éléments essentiels d’un rapport RSE. L’option Comprehensive demandera plus d’information. Je reviendrai dans un autre article sur les différences spécifiques, mais ce qui a attiré mon attention en premier lieu est la façon de traiter les indicateurs. Dans les deux cas, les indicateurs à traiter ne sont que ceux portant sur les aspects identifiés comme « material ». Ensuite, si vous vous en tenez à l’option Core, vous n’aurez qu’à renseigner un indicateur par aspect. Alors que pour l’option Comprehensive, vous devrez renseigner tous les indicateurs de l’aspect.

La plupart de mes confrères s’étant exprimés sur le sujet sont partagés. Et je dois dire que je partage ce point de vue. On nous vend le principe de materiality comme s’il s’agissait d’une nouveauté. Mais dans les fait, cette exigence de fournir des informations pertinentes a toujours été présente, et n’a jamais empêché qui que ce soit de nous servir le « bullshit » habituel. De plus, la distinction entre Core et Comprehensive, si elle est un mieux par rapport aux anciens niveaux, laissera penser les « profanes » qu’un rapport « Comprehensive » est mieux qu’un « Core », et qu’il est toujours mieux de renseigner un maximum d’indicateurs même si 75% d’entre eux n’ont aucun sens.

D’un autre côté, je trouve que le fait de réellement pouvoir choisir les aspects sur lesquels l’on veut communiquer nous envoie dans la bonne direction. Le problème des rapports RSE est encore et toujours d’être lus. Cette plus grande liberté laissée aux entreprises sur ce qu’elles considèrent comme pertinent rendra peut-être les rapports plus accessibles, plus intéressants.

Je crois qu’il faut laisser à ces nouvelles lignes directrices la présomption d’innocence. Nous pourrons vraiment l’évaluer lorsque sortiront les premiers rapports. A suivre!

Gouvernance: le parent pauvre de la RSE?

Board meetingAyant récemment publié deux articles liés à des questions de gouvernance – sur l’initiative Minder – j’ai pu constater que ceux-ci n’avaient pas eu beaucoup de succès. Ni en termes de commentaires, ni en termes de visites! Articles mal écrits, sujet trop technique ou trop spécifique, trop helvétique, les raisons ne manquent pas!

Cela étant, ce constat m’a amené à me poser une question plus générale: quelle est la place de la gouvernance au sein de la responsabilité sociale? On parle souvent des trois piliers du développement durable que sont l’économie, l’environnement et le social. On y ajoute parfois un peu d’éthique. Mais quid de la gouvernance en tant que telle?

J’ai cherché un élément de réponse dans les lignes directrices de la Global Reporting Initiative. Il est intéressant de constater que l’on trouve les questions de gouvernance dans la 4e partie de la section « Stratégie et profil ». Pas dans l’approche managériale et encore moins dans les indicateurs de performance, où l’on retrouve par contre les dimensions économique, environnementale et sociale. Dans cette partie consacrée à la gouvernance, les organisations doivent renseigner des points portant sur les rémunérations, les qualifications et expertises du conseil d’administration, ou encore les éventuels problèmes liés à des « double casquettes » ou des conflits d’intérêts.

Tout cela n’est pas très sexy…Il s’agit de sujets techniques, procéduriers; ça n’est pas très vendeur pour une entreprise de mettre en avant sa bonne gouvernance. Si cette même entreprise parle des aspects environnementaux ou sociaux, elle pourra montrer comment elle sauve la planète et sort les enfants des usines, belles photos à l’appui. Alors que montrer que des processus ont été mis en place par le conseil d’administration (ou assimilé) pour éviter les conflits d’intérêt, photos de messieurs trop riches et trop vieux à l’appui…

Je demandais, dans le titre de cet article, si la gouvernance était le parent pauvre de la RSE. Parent pauvre, je ne crois pas. La cousine pas très jolie qui reste dans son coin aux réunions de famille, oui. Je n’en reste pas moins persuadé que l’on peut rendre la gouvernance plus intéressante, et qu’elle peut jouer un rôle bien plus important au sein de la RSE. Des idées à ce propos?