Les fermes fictionnelles de Tesco: le prochain niveau de greenwashing?

On l’apprenait à la fin du mois de mars, Tesco – le groupe de distribution international – fait face à un vent d’indignation, fort justifié à mon avis. Le groupe a en effet lancé, dans ses supermarchés britanniques, une série de marques liées à des produits frais: « Willow Farms » pour la viande de boeuf, « Boswell Farms » pour la viande, etc. En tout, 7 nouvelles marques.

La particularité de ces marques est qu’elles font penser que les produits proviennent d’une ferme locale, de la campagne anglaise. Or, lorsque l’on regarde attentivement le paquet – et même pas si attentivement que ça – on s’aperçoit que ce n’est pas le cas. Par exemple, l’image utilisée pour illustrer cet article de la BBC sur le sujet montre que les fraises « Rosedene Farms » viennent du Maroc.

Rien d’illégal dans le processus, certes. Et Tesco ne fait rien pour cacher la provenance de ces produits. Mais on est tout de même en droit de se demander ce que Tesco essaie de communiquer en faisant cela. A l’heure actuelle, nombreux sont les magasins qui mettent fièrement en avant la provenance locale de leurs produits (comme par exemple la Migros en Suisse). Sachant cela, on peut légitimement penser qu’inventer des noms de marques aux consonances locales vise à faire croire au client qu’il achète local alors que ce n’est pas le cas.

Tesco s’appuierait donc sur des pratiques responsables et le « réflexe » qu’elles ont fait prendre aux consommateurs – « ça a un nom local, donc ça doit donc être une de ces initiatives pour promouvoir les producteurs locaux, donc c’est bien si j’en achète » – pour vendre davantage de ces produits qui n’ont rien de responsable, en tout cas pas leur provenance.

Et vous, qu’en pensez-vous? Rien d’illégal n’ayant été commis, il n’y a pas lieu de faire le procès de Tesco? Ou au contraire, s’agit-il d’une pratique qu’il faut réprimander?

Le scandale de Volkswagen touche la RSE de plein fouet

VWNous l’avons appris ce lundi 21 septembre, Volkswagen (VW) a « triché » à des tests d’émission de gaz nocifs pour l’environnement aux Etats-Unis. Une ou plusieurs personnes – cela reste à déterminer, mais je vois mal comment cela pourrait être une initiative individuelle ou un événement isolé – a fait installer un programme, se mettant en marche lors des tests, pour réduire la pollution, mais s’éteignant lors de l’usage normal des véhicules, afin de maximiser la performance du moteur. Bottom line, certains véhicules mis en circulation n’auraient pas dû l’être, et la faute en revient à VW qui a dissimulé cette information. On peut trouver de plus amples explications techniques ici, en anglais.

Ce qui me gêne le plus? C’est ça. A peine une semaine avant ce scandale, VW était identifié comme le fabriquant d’automobiles le plus durable. Distinction accordée par les Zurichois de RobecoSAM, qui ne sont en principe pas les premiers venus. Alors oui, on n’est jamais à l’abri d’un tel événement, ni VW, ni RobecoSAM, mais cela remet en cause beaucoup de choses. Pourra-t-on vraiment croire VW lors de leur prochaine campagne? Sur leur site Think Blue, il n’est fait aucune mention de cet événement, il n’y a aucune explication. C’est un vrai problème.VW

J’en parlais il n’y a pas si longtemps, la RSE a besoin d’un scandale. Sans doute faudra-t-il quelque chose de plus fort, de plus scandaleux, mais cette affaire nous met déjà sur la voie. En tout cas, le cours de l’action VW doit se dire que cette affaire est déjà bien suffisamment scandaleuse…

Pourquoi la responsabilité sociale a besoin d’un scandale

tabloid-1315448Un vrai, gros scandale. Voila ce dont la responsabilité sociale d’entreprise a besoin. Pourquoi? A l’heure actuelle, les professionnels de la RSE se complaisent dans la situation qui est celle qui existe. Il y a une forme d’autosatisfaction généralisée. Attention, je ne parle pas de l’innovation, de la recherche de nouvelles idées, de nouveau programmes ou initiatives. Je pense que les personnes travaillant dans la RSE sont des personnes très portées sur l’innovation.

Je pense plutôt à notre perception de notre rôle, de ce que sont nos droits et devoirs. Pour l’instant, les professionnels de la RSE considèrent qu’ils sont du côté des gentils, et qu’il n’y a donc pas lieu de se poser plus de questions sur leurs façons de faire, sur leur propre éthique.

Alors oui, une part de moi espère qu’un gros scandale va bientôt ébranler le monde de la RSE. Cela permettrait de remettre en cause un certain nombre de choses: ce que l’on prend pour acquis, voire même les principes fondamentaux.

Mon « pronostic »? Ce scandale pourrait bien avoir lieu dans le domaine de l’audit, de la certification. La concurrence devient en effet de plus en plus rude à ce niveau, et je ne serais pas surpris d’apprendre que tel ou tel cabinet a accepté d’être moins regardant en échange d’un contrat avec une grosse entreprise.

Ce sont des scandales qui ont mené des entreprises à s’interroger sur leurs responsabilités; ce seront des scandales qui permettront à la responsabilité sociale de franchir un cap supplémentaire.

Pourquoi trichons-nous?

Aujourd’hui, petite histoire. C’est l’histoire de Léa, 6 ans, qui rentre de l’école. Elle rentre de l’école avec appréhension car elle ramène un mot de sa maîtresse, stipulant qu’elle veut rencontrer ses parents car Léa a volé le crayon d’une de ses camarades. Quand son père lit le mot, il se fâche et commence à la gronder.

« Tu sais très bien que tu ne dois pas voler! Est-ce que c’est comme ça que nous t’avons éduqué? Tu ne dois pas prendre ce qui n’est pas à toi. On ne peut pas s’approprier le bien d’autrui comme ça! »

La discussion continue ainsi pendant quelques minutes encore, le père essayant de faire comprendre à Léa qu’elle ne peut pas se servir dans les affaires des autres impunément. Au moment d’envoyer sa fille dans sa chambre, le père ajoute encore.

« Et tu sais bien que si tu veux un nouveau crayon, tu n’as qu’à me le demander, je t’en aurais ramené un du bureau! »

PinocchioLa question que je me pose, vous l’aurez compris, est pourquoi certaines personnes – une majorité je crois – ont plus facilement tendance à accepter le mensonge, le vol, ou la tricherie, dans le cadre professionnel. Le père de Léa ne supporte pas l’idée que sa fille ait pu prendre le crayon d’une de ses camarades, mais il ne voit aucun problème à se servir dans la réserve de son entreprise. Je parle ici de « voler » un crayon, mais je me permettrais d’élargir le constat à des délits bien plus graves.

Y a-t-il vraiment quelque chose dans le contexte professionnel qui favorise ce type de comportement? Est-ce la peur, le stress, l’envie, l’appât du gain qui modifient nos valeurs et nous amènent à faire des choses si répréhensibles? Ou est-ce simplement dans la nature humaine et comme il se trouve que c’est au travail que nous passons la majeure partie de notre temps, c’est là que se manifeste le plus souvent cette nature?

Est-ce que c’est en commençant par voler un crayon que l’on est amené à « greenwasher » la performance de son entreprise ou à négliger la sécurité de ses employés pour économiser quelques milliers de dollars?

Autant de questions que j’aimerais explorer au cours des prochaines semaines, et auxquelles je vais bien sûr chercher des réponses. J’ai quelques pistes, mais je suis preneur pour toute nouvelle source d’information!

Faire plus avec moins: une forme de greenwashing?

Un concept à la mode dans le domaine de la RSE est celui de la simplicité, ou du minimalisme. On associe souvent ce concept avec l’idée de faire plus avec moins, « less is more » peut-on aussi lire. Je suis moi-même partisan de la simplicité, et j’aime l’idée que l’on peut faire plus ou mieux avec moins. J’ai d’ailleurs lu avec plaisir plusieurs ouvrages sur le sujet, dont De la simplicité ou The Power of Less, que je recommande.

Au cours d’un récent voyage, j’ai été confronté à cette idée, mais pas de manière aussi agréable que je l’aurais espéré. Il est en effet de plus en plus courant de voir dans les hôtels des petits panneaux expliquant la politique environnementale de l’établissement. On y apprend en général que le personnel ne changera pas les serviettes qui ne sont pas déposées sur le sol, ou que l’on trouve désormais un gros conteneur de savon, plutôt que des échantillons. Je suis tout à fait favorable à ce genre de démarche.OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Le problème était que cette philosophie était poussée un peu trop à l’extrême à mon goût. On ne trouvait pas les habituels sets de couture, bonnets de douches, etc. Ce qui était très bien, car nous pouvions simplement les demander à la réception. Mais nous n’avions par exemple pas de réceptacle pour déposer nos brosses à dents, ce qui était un peu ennuyeux.

Ce constat m’a amené à me demander la chose suivante: ce concept de minimalisme, mal utilisé, peut mener à faire moins avec moins. Et surtout, présenté comme une mesure favorable pour l’environnement, il n’est qu’une excuse pour tout simplement proposer un moins bon service, un moins bon produit.

N’y a-t-il pas là une forme de greenwashing – à rajouter à celle déjà identifiées ici? On propose un service ou un produit de moindre qualité, que l’on enrobe d’arguments environnementaux pour faire passer la pilule. Le client n’osera pas se plaindre, par peur d’être perçu comme hostile à une mesure « eco-friendly ».

Quel est le seuil minimaliste à ne pas dépasser? A-t-on le droit de se plaindre lorsque l’on est confronté à une telle situation? Ou devons-nous simplement accepter une baisse de la qualité, pour protéger un peu plus l’environnement?