Faire plus avec moins: une forme de greenwashing?

Un concept à la mode dans le domaine de la RSE est celui de la simplicité, ou du minimalisme. On associe souvent ce concept avec l’idée de faire plus avec moins, « less is more » peut-on aussi lire. Je suis moi-même partisan de la simplicité, et j’aime l’idée que l’on peut faire plus ou mieux avec moins. J’ai d’ailleurs lu avec plaisir plusieurs ouvrages sur le sujet, dont De la simplicité ou The Power of Less, que je recommande.

Au cours d’un récent voyage, j’ai été confronté à cette idée, mais pas de manière aussi agréable que je l’aurais espéré. Il est en effet de plus en plus courant de voir dans les hôtels des petits panneaux expliquant la politique environnementale de l’établissement. On y apprend en général que le personnel ne changera pas les serviettes qui ne sont pas déposées sur le sol, ou que l’on trouve désormais un gros conteneur de savon, plutôt que des échantillons. Je suis tout à fait favorable à ce genre de démarche.OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Le problème était que cette philosophie était poussée un peu trop à l’extrême à mon goût. On ne trouvait pas les habituels sets de couture, bonnets de douches, etc. Ce qui était très bien, car nous pouvions simplement les demander à la réception. Mais nous n’avions par exemple pas de réceptacle pour déposer nos brosses à dents, ce qui était un peu ennuyeux.

Ce constat m’a amené à me demander la chose suivante: ce concept de minimalisme, mal utilisé, peut mener à faire moins avec moins. Et surtout, présenté comme une mesure favorable pour l’environnement, il n’est qu’une excuse pour tout simplement proposer un moins bon service, un moins bon produit.

N’y a-t-il pas là une forme de greenwashing – à rajouter à celle déjà identifiées ici? On propose un service ou un produit de moindre qualité, que l’on enrobe d’arguments environnementaux pour faire passer la pilule. Le client n’osera pas se plaindre, par peur d’être perçu comme hostile à une mesure « eco-friendly ».

Quel est le seuil minimaliste à ne pas dépasser? A-t-on le droit de se plaindre lorsque l’on est confronté à une telle situation? Ou devons-nous simplement accepter une baisse de la qualité, pour protéger un peu plus l’environnement?

Greenwashing à La Poste Suisse

La lettre suisseAttendant mon train, j’ai pu admirer la nouvelle publicité de La Poste Suisse. Celle-ci vante les mérites de la lettre suisse. Elle serait à 100% sans impact sur le climat. On peut lire dans la description que « le traitement et le transport des lettres adressées en Suisse sont désormais garantis sans impact sur le climat. Elle y parvient en réduisant et en compensant les émissions de CO2. ». D’autres infos ici.

« Sans impact sur le climat », vraiment? La Poste a donc réduit et/ou compensé la totalité de l’impact sur le climat du processus de traitement et de transport?

Mais cela inclut-il la fabrication de la lettre elle-même? A priori non, puisque l’on nous parle de traitement et de transport. Il en va sans doute de même pour la fin de vie de cette même lettre. Et je suppose que l’on n’a pas demandé aux employés de La Poste de respirer moins souvent afin de réduire leur production de CO2…

J’exagère forcément le trait, mais c’est pour souligner le fait que « sans impact sur le climat » est une information inexacte, pour ne pas dire pire…et ça, c’est du greenwashing.

Cela pose aussi la question de la compensation carbone. Peut-on vraiment dire qu’une activité X ou Y, toute compensée soit-elle, est vraiment sans impact sur le climat? Non, il y a un impact; compensé ailleurs, certes, mais cet impact existe bel et bien.

Les intentions de La Poste sont louables, et on ne peut que les féliciter d’avoir entrepris la démarche de réduire son impact sur l’environnement. Mais c’est bien de cela qu’il aurait fallu parler: réduire son impact, et non pas le supprimer.