Avis de recherche: ISO 26000

Où en est-on avec les lignes directrices ISO 26000, relative à la RSE? Une question que je me suis posée récemment et qui, du simple fait d’avoir été posée, en dit peut-être long…

Je m’étais rendu, en 2011, à une conférence présentant ce qui a l’époque était une nouveauté. Une question posée à ce moment, et qui m’avait interpelé, était de savoir en quoi ces lignes directrices étaient mieux qu’un très bon livre sur la RSE. Et la réponse – « aucun livre n’a été écrit par 450 personnes et voté par 99 pays » – ne m’avait pas convaincu.manuscript-1614234_1280

Je me demande donc aujourd’hui où l’on se situe par rapport à ces lignes directrices. Une norme non contraignante, qui ne donne donc pas lieu à une certification, faut-il le rappeler. J’ai le sentiment que ces lignes directrices n’ont pas percé.

Si l’on consulte la page consacrée à ces lignes directrices, il y a bien peu d’éléments à se mettre sous la dent. La dernière news remonte à janvier 2016.

Sur Google, ce n’est guère mieux. Je trouve beaucoup d’infos sur la façon d’acheter les lignes directrices. Et aussi des références à quelques agence de consulting, pour certaines créée uniquement pour cette nouvelle « norme », en espérant que celle-ci allait devenir certifiante rapidement et être ainsi positionnées comme des références.

Et je crois que c’est définitivement là que se trouve le problème: ISO 26000 n’est pas certifiante, pas contraignante. Ca n’a pas pris. Cela aurait pu être son unique selling point, mais faute de certification, ISO 26000 n’est qu’un ensemble de lignes directrices parmi tant d’autres. SA8000, AA1000, GRI, IIRF…pourquoi l’un et pas l’autre?

Mais peut-être que vous avez une expérience différente d’ISO 26000, la conviction que c’est là l’avenir de la RSE? Des exemples de projets ayant été mis sur pied grâce à ces lignes directrices?

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Comment identifier les tendances futures de la RSE?

J’ai récemment eu le plaisir d’échanger avec plusieurs professionnelles du développement durable. Les discussions ont notamment tourné autour des tendances actuelles de la responsabilité sociale, et ses probables évolutions au cours des prochaines années.

L’occasion pour moi de me rappeler que nombreux sont ceux – moi y compris – qui s’essaient au début de chaque année à l’exercice des prédictions des tendances futures en matière de RSE. Et force est de constater que le succès est rarement au rendez-vous.business-561388_1280

La raison à ces échecs est qu’en général ces prédictions ne se basent sur rien. Elles sont basées sur des sentiments plus que sur des chiffres. Et l’on retrouve chaque année les mêmes tendances. Le meilleur exemple restant celui du reporting intégré, serpent de mer revenant chaque 1er janvier!

Dès lors, comment faire de vraies prédictions, de solides prédictions sur ce que seront les tendances de la RSE? Je l’évoque plus haut, en se basant sur des chiffres, certes. Mais pas que. Je n’ai pas la réponse – et serais ravi d’avoir vos avis à ce sujet! – mais je vais essayer de faire ressortir quelques pistes.

Considérons qu’une tendance émerge lorsqu’un changement externe « débloque » de nouvelles façons de répondre à des besoins et désirs humains ayant toujours existé. Il faudrait dès lors identifier ces changements externes. En ce qui concerne la RSE, ils pourraient être:

  • Législatifs – une nouvelle loi imposant aux entreprises de produire un rapport annuel sur leur performance en développement durable, par exemple.
  • Politiques – des documents produits par un gouvernement, ou un ensemble de gouvernements (UE, OCDE) sur le sujet de la RSE.
  • Economiques – inutile de rappeler que la crise de 2008 a beaucoup changé la façon de faire des affaires de nombreuses entreprises.
  • Technologiques – une innovation technologique donnant par exemple un accès facilité à un produit jusqu’alors très cher.
  • Environnementaux et sociaux – cela peut découler des changements précédents, mais pas nécessairement.

Cette liste n’est assurément pas exhaustive, et est loin de réinventer la roue. Et quitte à enfoncer les portes ouvertes, classons les besoins et désirs humains tel que l’a fait Maslow: besoins physiologiques, besoins de sécurité, besoin d’appartenance et d’amour, besoin d’estime, et besoin d’accomplissement de soi.

Là où, en cherchant à prédire des tendances, l’on peut être innovant, c’est dans l’articulation des changements externes, des besoins, et des considérations de la RSE. Comment tel changement économique va susciter de nouvelles façons de répondre à tel besoin de sécurité, le tout de manière pertinente du point de vue de la responsabilité sociale? Comment une entreprise peut-elle répondre de manière responsable aux besoins de sécurité liés au changement climatique? Comment une entreprise peut-elle répondre à la (re)émergence de l’économie du partage et ce que celle-ci suscite en matière de besoin d’appartenance?

J’avoue soulever beaucoup de questions, sans nécessairement apporter autant de réponse. Mais je suis persuadé que c’est dans cette direction qu’il faut chercher. Et vous, qu’en pensez-vous?

Quelles limites au retour social sur investissement?

SocialAu cours de ces dernières semaines, j’ai été souvent confronté au concept de retour social sur investissement: en en discutant avec un lecteur de ce site, en lisant des articles, et même de manière indirecte via le livre que je lis dans le train/bus/tram.

Pour faire simple – je ferai moins simple dans un autre article – l’idée derrière ce concept est d’indiquer la valeur de l’impact social d’un projet en termes financiers. Pour ce faire, 4 notions s’avèrent clés (mes sources proviennent de cet article):

  1. Inputs: ce sont les ressource investies dans le projet, donc des coûts;
  2. Outputs: le produit, direct et tangible, du projet;
  3. Outcomes: les changements résultants du projet;
  4. Impacts: les outcomes, moins une estimation du statu quo qui résulterait de l’absence projet.

Le point sur les impacts mérite une explication. Imaginons un projet visant à former des chômeurs en fin de droits. Les outcomes de ce projets seraient le nombre de personnes ayant retrouvé un travail. Imaginons que 17 personnes ont retrouvé un emploi après avoir suivi la formation. Admettons que sans le projet, 2 personnes auraient retrouvé un emploi de toute façon. L’impact serait donc 17-2, soit 15 personnes ayant retrouvé un emploi. A partir de là, on calcule ce que l’on estime être la valeur – en termes financiers – d’une personne ayant un travail, on multiplie par 15, et on obtient ainsi le retour social sur investissement (des détails sur un tel calcul dans l’article pré-cité, p.6.2).

Tout cela me paraît très bien et fort louable, mais la question que j’aimerais poser est la suivante: pourquoi indiquer nécessairement la valeur de l’impact en termes financiers? Ne pourrait-on pas simplement dire que 15 personnes ont retrouvé un emploi, et que c’est très bien? Au lieu de ça, on doit estimer la valeur d’une personne ayant un emploi vs. son coût si elle était restée au chômage, on met tout ça en perspective avec le coût du projet, etc. et on obtient le retour social sur investissement, exprimé en francs suisses, en euros, en livres…

En quoi ce retour social sur investissement est-il encore « social »? En quoi diffère-t-il d’un simple retour sur investissement? Peut-on vraiment mesurer la valeur d’une personne, en fonction du fait qu’elle travaille ou non? Je veux dire, peut-on éthiquement le faire?

Je comprends bien la nécessité d’évaluer l’efficacité et/ou l’efficience d’un projet en mettant en lien ses coûts et ce qu’il rapporte, mais il y a tellement d’aspects éthiques et réellement intangibles dans un tel calcul (bien-être de la personne ayant retrouvé un emploi, image de soi, influence sur son entourage, etc.), que cela me paraît utopique et éthiquement questionnable de vouloir mettre un prix sur tout.

Et vous, qu’en pensez-vous?

Comment gérer le risque réputationnel?

RéputationLa gestion des risques liés à la réputation de l’entreprise est une thématique forte dans le domaine de la RSE. Un problème lié à l’environnement, aux conditions de travail, à l’éthique, etc. peut s’avérer dramatique pour la réputation d’une entreprise.

Récemment, Tobias Webb, auteur de l’excellent « The Smarter Business Blog (in theory) », a proposé quelques « astuces » pour gérer au mieux les risques réputationnels. Je me permets ici de reprendre celles qui me semblent les plus pertinentes.

  1. Protéger la réputation signifie identifier des défis avant qu’ils ne deviennent des catastrophes et se reposer sur les valeurs de l’entreprise pour vous guider à travers la crise.
  2. Le risque réputationnel est avant tout un problème opérationnel, et non pas un problème de relations publiques.
  3. La communication bilatérale est vitale pour évoluer d’une gestion du risque réactive vers une gestion du risque proactive.
  4. La gestion du risque doit se positionner comme « facilitateur » plutôt que comme « bloqueur » dans le processus de décision.
  5. La collaboration transdisciplinaire sur la prise en compte de la perspectives des parties prenantes (gestion du risque, réputation, recherche et développement, design) est un facteur majeur dans l’optique de protéger la valeur et d’améliorer la gestion du risque.
  6. La clé est de comprendre la capacité globale de l’entreprise à absorber les risques de réputation.
  7. 80% du challenge est la formation interne, et comprendre comment faire en sorte que le risque réputationnel compte pour chaque employé, chaque jour.

Quelles leçons tirez-vous de ces conseils de Tobias Webb? Vous paraissent-ils utiles ou est-ce le « bullshit » habituel en matière de risque de réputation?

Responsabilité sociale: 5 tendances à surveiller en 2014

Pour commencer cette nouvelle année, j’aimerais – comme beaucoup de mes confrères – m’intéresser aux tendances qui vont influer la responsabilité sociale au cours de 2014. Nombreux sont celles et ceux qui font de véritables prédictions! Pour ma part, ayant oublié de demander une boule de cristal pour Noël, j’aimerais plutôt proposer des tendances, ou des sujets à surveiller.

  1. Le reporting intégré. Cela fait bientôt 5 ans que l’on entend parler du reporting intégré – un reporting portant aussi bien sur le financier que l’extra-financier – comme étant le next big step de la responsabilité sociale. En sport, on parle souvent d’éternel espoir pour désigner un joueur qui était très prometteur, mais qui n’a toujours pas réussi à passer un dernier palier pour devenir un vrai champion. En sera-t-il de même pour le reporting intégré? J’ai le sentiment que cette année 2014, avec la mise en place effective de la GRI G4 va être une année charnière. Plus d’infos sur le site de l’International Integrated Reporting Council.
  2. Bleu, la nouvelle couleur du développement durable? De vert à bleu, la couleur du développement durable pourrai bien évoluer cette année. En effet, le focus se porte de plus en plus sur l’eau. La privatisation de l’eau est un enjeu majeur, mais aussi son utilisation dans les processus de fabrication de toutes sortes de produits. La Water Footprint va-t-elle détrôner la Carbon Footprint?
  3. Un nouveau modèle économique? J’ai bon espoir pour que 2014 soit l’année au cours de laquelle l’on aura repensé la façon de faire des affaires, de produire, ou encore de consommer; ou du moins réalisé des avancées significatives. Patagonia s’est lancé dans une telle réflexion via sa campagne Responsible Economy. Je ne veux pas parler de décroissance, un concept à mon avis voué à l’échec, mais plutôt de prendre une autre direction; ou peut-être de ralentissement. Nous avions aussi évoqué ici les apports potentiels d’une responsabilité sociale zen, grâce à laquelle le monde des affaires serait plus calme, moins focalisé sur le résultat à tout prix.
  4. Responsabilité sociale des PME. On en parle encore trop peu, mais il n’y a pas que les grandes et méchantes entreprises qui doivent progresser dans leur responsabilité sociale. Les petites également. Et même les petites ET gentilles! S’il y a un business case pour la RSE, pourquoi devrait-il toujours concerner Nestlé ou Apple? Les plus petites entreprises doivent faire quelque chose à ce niveau, et elles ont bien sûr tout à y gagner.
  5. Sport et responsabilité sociale. Conditions déplorables, accidents de travail, travail forcé voire même esclavagisme, tels sont les mots trop souvent utilisés pour parler de la préparation des Jeux Olympiques de Sochi cet hiver, de la Coupe du Monde de Football au Brésil en été, ou encore de celle à venir au Qatar, en 2022. Cette année sera-t-elle celle où les problèmes de responsabilité sociale dans le sport seront enfin abordés sérieusement?

Et vous, que voyez-vous comme sujets marquant pour l’année 2014?

Les 3 piliers de l’achat responsable

Achats responsablesL’une des façons très concrètes de mettre en œuvre sa responsabilité sociale est de l’intégrer à sa politique d’achats. Ou, si l’on préfère, à ses relations avec ses fournisseurs. On parle alors d’achats responsables (ethical trade, ethical sourcing, etc.). On touche alors souvent aux aspects du travail dont s’occupe l’Organisation International du Travail, tels que: la liberté syndicale, l’abolition du travail forcé et du travail des enfants ou encore l’élimination de la discrimination.

Si la liste des sujets à aborder lorsque l’on parle d’achats responsables peut être très longue – je n’ai pas ici parlé de l’environnement, du packaging, du transport, etc. – on peut se mettre d’accord sur un ensemble de premiers pas à entreprendre pour toute compagnie souhaitant s’engager dans ce domaine. Me basant sur le travail de l’Ethical Trade Initiative, j’ai identifié 3 piliers.

  1. Engagement. Il s’agit vraiment de montrer que l’on considère sérieusement la chose. Combien d’argent dépense-t-on? Existe-t-il un département spécialement dédié aux achats responsables ou tout du moins une vraie collaboration entre le département des achats et celui du développement durable? Quelle est la taille du staff impliqué sur ces questions? Aussi, il s’agit d’intégrer les questions d’achat responsable dans le core business de l’entreprise. Le prix que vous payez aux fournisseurs ou les délais qu’on leur donne sont autant de facteurs qui influeront le recours ou non aux heures supplémentaires effectuées par les travailleurs, ainsi que la probabilité qu’ils touchent un salaire décent.
  2. Actions. Il ne sert à rien d’établir de beaux principes depuis son bureau, si l’on ne va pas vérifier sur place la bonne mise en œuvre de ces principes! Votre entreprise doit mettre sur pied un système d’évaluation des conditions de travail chez vos fournisseurs. Lorsque les problèmes auront été identifiés, vous devrez y remédier, et trouver un accord avec vos fournisseurs sur la meilleure façon de le faire. Vous devrez entre autres envisager de former aussi bien votre propre staff que vos fournisseurs sur ces questions d’achat responsable.
  3. Stakeholders. La communication et la collaboration sont primordiales. La communication doit se faire à l’interne – pour persuader votre staff et vos dirigeants du bien-fondé de la démarche – aussi bien qu’à l’externe – parler de ce que vous faites, et soyez honnêtes à propos des problèmes rencontrés. Enfin, pour que votre impact soit maximum, n’hésitez pas à travailler avec d’autres compagnies, mais aussi avec des ONG ou organisations internationales qui ont le « know-how », l’expérience pratique de ces questions.

En suivant ces quelques recommandations, vous pourrez mettre en place une politique d’achats responsables efficaces, ou améliorer celle qui existe déjà au sein de votre entreprise.

Materialité: oui, mais pour qui?

Comme évoqué dans un précédent article, les nouvelles lignes directrices pour le reporting développement durable de la Global Reporting Initiative (G4) mettent l’accent sur le principe de matérialité. Nouveauté qui n’en est pas une, car nous retrouvions déjà ce principe dans les versions précédentes.

Toutefois, cela n’empêche pas de se pencher sur ce principe de contenu. On nous dit que de ce principe doit découler une liste des aspects importants, sur lesquels le rapport doit porter. Important, soit, mais pour qui? C’est là la première question à se poser, et peut-être la plus importante.

Les lignes directrices sont relativement claires à ce sujet. Ces aspects importants sont ceux qui réfléchissent les impacts environnementaux, sociaux et économique significatifs de l’organisation; OU ceux qui influencent de manière substantielle la prise de décision des stakeholders. Materiality

Je dis bien « relativement claires » car ce « ou » pose un léger problème. J’aurais plutôt imaginé un « et » car ce qui m’intéresse en tant que lecteur d’un rapport DD est de connaître ce qui est considéré comme primordial par l’organisation, mais aussi par ses stakeholders. Pas l’un ou l’autre; un rapport qui ne présenterait que les aspects importants par rapport aux impacts de l’organisation ne m’intéresserait pas. Il peut aussi être pertinent pour l’organisation de chercher à comprendre les écarts de perception. Et d’y travailler!

Ce qui est important pour tel groupe de stakeholders ne l’est peut-être pas pour cet autre groupe, ou pour l’organisation elle-même. Qui sont nos stakeholders, quels sont leurs intérêts et, comment dialoguons-nous avec eux? Voila trois questions primordiales, et la réponse à la question du dialogue va être en grande partie conditionnée par la bonne compréhension de ce qui est important ou non aux yeux des stakeholders et des éventuels écarts de perception entre l’organisation et ses parties prenantes.