« Benefit Corporation »

C’est avec plaisir que j’ai appris que Patagonia était devenue la première « Benefit Corporation » de Californie. Le concept de Benefit Corporation m’intéresse beaucoup, dans la mesure où il est légalement contraignant.

Une Benefit Corporation s’engage en effet :

  1. Avoir pour mission de créer un impact positif, socialement et environnementalement.
  2. Ce que l’obligation fiduciaire inclue des intérêts extra-financiers, tels que les prestations sociales, les préoccupations des employés et fournisseurs, et l’impact environnemental.
  3. Rapporter publiquement sa performance sociale et environnementale globale. Ce rapport doit se faire selon un standard tiers.

C’est un vrai progrès que de voir une entreprise s’engager légalement à passer d’un modèle shareholders (basé sur le retour aux actionnaires) à un modèle stakeholders, prenant en compte d’autres parties prenantes.

Responsabilité sociale: peut-on tout communiquer?

Comme tout bon citoyen helvétique mâle, je reçois le biannuel armée.ch. Mon regard a été attiré par l’annonce d’un article sur la couverture, « Armée et protection de l’environnement ». J’ai lu cet article, car il faut dire que l’armée n’est pas réputée pour sa petite empreinte carbone, loin s’en faut…Et je dois bien avouer que l’article fait la part belle aux oxymorons. Morceau choisi:

Sur la place d’arme de Thoune, des chars effectuent des tirs. A quelques centaines de mètres de là seulement, les participants au cours sont initiés aux caractéristiques d’une prairie maigre.

Si je ne suis spécialiste ni en prairies maigres ni en chars, mon intuition me dit qu’un cours de sensibilisation ne peut que difficilement contrebalancer ne serait-ce qu’un seul exercice de tirs de ce genre.

Je ne vais pas m’attarder sur cette fière institution, qui nous protège encore et toujours de l’invasion des Wisigoths, mais tout de même…Ce petit article m’amène à deux questions, plus générales, quant à la RSE.

  1. Quelle est la valeur de toutes ces petites mesures que l’on prend pour aller dans le sens d’une responsabilité sociale au sein de l’entreprise? Que vaut un mémo envoyé à tous les collaborateurs pour leur expliquer comment configurer leurs impressions afin de faire systématiquement du recto-verso, alors que ces mêmes collaborateurs prennent en moyenne cinq fois par an l’avion pour des meetings à l’autre bout de la planète? Je crois que ce type de mesure a malgré tout de la valeur. Valeur monétaire, puisqu’il permet d’économiser de l’argent; mais aussi valeur de par la sensibilisation des employés. Ou encore valeur dans le sens où il s’agit là d’un pas allant dans la bonne direction. Timide certes, mais « pas » tout de même.
  2. Peut-on tout communiquer? Votre entreprise ne risque-t-elle pas de subir des accusations de greenwashing si elle met en avant des mesures qui paraissent insignifiantes? A mon sens, on peut tout communiquer, oui. Mais à condition de montrer que l’on a bien compris de quoi on parle. Si vous êtes en mesure de montrer que vous avez conscience que telle ou telle mesure ne rachète pas une image « responsable » à votre entreprise, mais qu’il s’agit plutôt d’un premier pas et que vous avez planifié la suite et mesuré vos impacts, etc., parlez-en.

En définitive, je pense qu’il vaut mieux des petites mesures que pas de mesures du tout. Il vaut mieux un rapport CSR non certifié GRI que pas de rapport CSR. Si vous avez conscience du chemin à parcourir, faites-le. Et montrez-le.

Repos.

Définir la RSE

Ma fiancée m’a raconté récemment que l’un de ses professeurs insistait pour que l’on parle de « responsabilité sociétale » et non pas de « responsabilité sociale » de l’entreprise. Le terme « sociale » faisant trop référence à la dimension du même nom, nous faisant oublier les dimensions environnementale et économique. « Sociétale » est donc plus englobant.

Ne devrait-on alors pas parler de « responsabilité sociale, économique et environnementale »?

Ne devrait-on pas non plus parler de « citoyenneté d’entreprise »? Car être citoyen, c’est se comporter de manière responsable.

Ne devrait-on pas aussi parler de « gouvernance », qui est un aspect à la frontière des trois dimensions?

Ne devrait-on pas arrêter de parler de responsabilité sociale, et plutôt en faire?

Creating Shared Value chez Nespresso

J’ai eu le plaisir d’assister aujourd’hui à une conférence sur la création de valeur partagée, par Pascal Hottinger, CEO de Nespresso Suisse.

Une conférence intéressante à vrai dire. Je ne vais pas faire ici un résumé du concept de CSV, que les lecteurs connaissent sans doute. On pourra se référer par exemple à cet article écrit par Porter et Kramer, qui sont à l’origine de ce concept. J’aimerais plutôt insister sur deux points intéressants qui sont ressortis au cours de cette conférence.

  • Même si cela n’a rien de nouveau, j’ai trouvé intéressant le fait que M. Hottinger insiste sur la nécessité d’éduquer et de former les agriculteurs avec lesquels ils travaillent. Pour leur apprendre des pratiques d’agriculture durable certes, mais aussi pour leur inculquer quelques notions de comptabilité, voire simplement leur apprendre à compter. Cela peut paraître une évidence en 2011, mais il est important de souligner la nécessité d’avoir une vision globale des problèmes auxquels on se confronte dans le domaine de la responsabilité sociale. Egalement d’une importance centrale, le besoin de travailler en collaboration avec d’autres organismes, notamment la Rain Forest Alliance. Ces organisations ont le réseau et le know-how que bien des entreprises n’ont pas, et ce type de partenariat s’impose comme inévitable. Pascal Hottinger a d’ailleurs insisté sur le fait que le plus gros challenge auquel il doit faire face est celui de trouver toujours plus de partenaires. Et pour cela il a besoin de l’aide des ONG et des gouvernements.
  • Ne nous faisons toutefois pas d’illusions, il est clair que pour Pascal Hottinger ce n’est pas le label AAA ou quelque aspect lié au développement durable qui attire les clients. Mais bien plutôt la qualité du café. Et j’ai envie de dire que c’est tant mieux, car le core business de Nespresso est de vendre du café – du bon café si possible – et pas de sauver le monde. Il paraît donc normal que la qualité du café proposé soit l’argument principal. Toutefois, on nous a assuré que Nespresso allait de plus en plus mettre en avant l’aspect social et environnemental de son café.
  • J’avais dit « deux points intéressants », mais je me permets d’inclure un petit bonus, pour rappeler que tout le monde ne perçoit pas le café Nespresso comme durable ou responsable. A lire notamment les liens proposés sur cet article de Rue89, y compris ceux liés à la gestion « hasardeuse » de ce cas dans les médias sociaux…

Une conférence intéressante donc, même si comme je l’ai dit, elle n’apportait rien de très nouveau. Tout comme le concept de Shared Value, qui commence même à vieillir. Je vous recommande l’excellent article du non moins excellent Marc Gunther à ce propos.

Consommation durable: créer la demande

Il y a quelques semaines, Forum for the Future a publié un rapport intitulé « Consumer Futures 2020 ». On l’aura compris, ce rapport porte sur la consommation de produit dits « durables », et sur la consommation durable en elle-même. Parmi les divers arguments de ce rapport, les auteurs avancent notamment qu’il ne faut pas seulement se concentrer sur la réponse à la demande de produits durables, mais plutôt sur la création d’une telle demande:

Retail businesses are used to responding to consumer demand, or ‘pull’ – it is their principal business driver – but this will not deliver the radical changes we need to create a prosperous, resource-efficient world. Most consumers don’t have enough information, opportunity or motivation to make sustainable choices about how they buy and use products, so ‘green’ or ‘sustainable’ consumption is still niche and companies make only incremental improvements. Leading brands need to take the initiative and work together to stimulate consumer pull on sustainability and make ‘sustainable consumption’ mainstream.

Il est intéressant de noter les 3 points soulevés pour justifier le fait que les consommateurs ne (se) soient pas encore orientés dans cette direction:

  1. Manque d’information. Les consommateurs ne savent pas vraiment ce qui est durable.
  2. Manque d’opportunité. Les consommateurs n’ont pas la possibilité de « consommer durable ».
  3. Manque de motivation. Les consommateurs ne sont pas suffisamment incités.

Autant de questions que devrait se poser toute entreprise au moment de lancer un produit durable sur le marché: mes clients connaissent-ils mon produit? ont-ils la possibilité de le trouver facilement? ont-ils intérêt à acheter mon produit plutôt qu’un autre, non-durable?

Si la réponse est « oui » aux trois questions, alors il y a fort à parier que le produit rencontrera un vrai succès.