Quelles limites au retour social sur investissement?

SocialAu cours de ces dernières semaines, j’ai été souvent confronté au concept de retour social sur investissement: en en discutant avec un lecteur de ce site, en lisant des articles, et même de manière indirecte via le livre que je lis dans le train/bus/tram.

Pour faire simple – je ferai moins simple dans un autre article – l’idée derrière ce concept est d’indiquer la valeur de l’impact social d’un projet en termes financiers. Pour ce faire, 4 notions s’avèrent clés (mes sources proviennent de cet article):

  1. Inputs: ce sont les ressource investies dans le projet, donc des coûts;
  2. Outputs: le produit, direct et tangible, du projet;
  3. Outcomes: les changements résultants du projet;
  4. Impacts: les outcomes, moins une estimation du statu quo qui résulterait de l’absence projet.

Le point sur les impacts mérite une explication. Imaginons un projet visant à former des chômeurs en fin de droits. Les outcomes de ce projets seraient le nombre de personnes ayant retrouvé un travail. Imaginons que 17 personnes ont retrouvé un emploi après avoir suivi la formation. Admettons que sans le projet, 2 personnes auraient retrouvé un emploi de toute façon. L’impact serait donc 17-2, soit 15 personnes ayant retrouvé un emploi. A partir de là, on calcule ce que l’on estime être la valeur – en termes financiers – d’une personne ayant un travail, on multiplie par 15, et on obtient ainsi le retour social sur investissement (des détails sur un tel calcul dans l’article pré-cité, p.6.2).

Tout cela me paraît très bien et fort louable, mais la question que j’aimerais poser est la suivante: pourquoi indiquer nécessairement la valeur de l’impact en termes financiers? Ne pourrait-on pas simplement dire que 15 personnes ont retrouvé un emploi, et que c’est très bien? Au lieu de ça, on doit estimer la valeur d’une personne ayant un emploi vs. son coût si elle était restée au chômage, on met tout ça en perspective avec le coût du projet, etc. et on obtient le retour social sur investissement, exprimé en francs suisses, en euros, en livres…

En quoi ce retour social sur investissement est-il encore « social »? En quoi diffère-t-il d’un simple retour sur investissement? Peut-on vraiment mesurer la valeur d’une personne, en fonction du fait qu’elle travaille ou non? Je veux dire, peut-on éthiquement le faire?

Je comprends bien la nécessité d’évaluer l’efficacité et/ou l’efficience d’un projet en mettant en lien ses coûts et ce qu’il rapporte, mais il y a tellement d’aspects éthiques et réellement intangibles dans un tel calcul (bien-être de la personne ayant retrouvé un emploi, image de soi, influence sur son entourage, etc.), que cela me paraît utopique et éthiquement questionnable de vouloir mettre un prix sur tout.

Et vous, qu’en pensez-vous?