Pas à Pas, entreprise bienveillante

Le lundi 12 octobre, j’ai été invité par RMC, à Paris, pour assister à la cérémonie de remise des Trophées PME Bougeons-nous. Je n’étais malheureusement pas disponible, mais j’ai eu la chance de pouvoir compter sur Mathieu Calles, de Whaou Effect, pour me faire un compte-rendu de ce qui s’y est passé et pour discuter avec le lauréat du prix « PME Bienveillante ».
Selon le site des trophées, une PME Bienveillante « a pour ambition de faciliter la vie de ses salariés et intègre des préoccupations sociales et environnementales au service d’une dimension plus humaine de l’entreprise ».
PAS à PAS a été créée en 2007 et est active dans le support client SAP en France. Le capital de l’entreprise est détenu à 43% par ses collaborateurs : chaque année, 23% des bénéfices leur sont reversés. Chez Pas à Pas, un tiers des employés fait du télétravail et le turnover est proche de zéro.
Pour Jeroen Bent, co-fondateur de l’entreprise, cette idée de bienveillance renvoie à deux valeurs: le respect et le partage. Le partage se manifeste principalement sous la forme du partage de connaissance. Cela permet de créer un état d’esprit où chacun peut poser des questions à tous, à tout moment, nous dit Jeroen Bent. Cela motive les employés et instaure un sentiment d’appartenance.JeroenBent
Le respect est bien sûr le respect des clients, mais aussi de l’équipe elle-même – peu importe la fonction au sein de l’entreprise, le respect est dû à chacun et chacune. Le respect, à l’interne, se traduit dans le fait de donner aux employés les moyens de faire leur travail. Le télétravail en est un exemple et est un choix qui donne beaucoup de satisfaction, nous dit Jeroen, même si cela a demandé de vrais efforts pour être mis en place.
Ces valeurs sont donc de vrais leviers d’efficacité et de productivité. Lorsque l’on parle à Jeroen Bent, on est frappé de voir à quel point ces valeurs sont à la base de tout un modèle d’affaire. En mettant en avant le respect et le partage, les employés se sentent bien dans l’entreprise; le turnover est ainsi proche de zéro, ce qui permet des économies de temps – et donc d’argent – car il n’est pas nécessaire de former sans cesse de nouvelles personnes. Les clients de Pas à Pas – à 80% des PME – ressentent cela et apprécient de ne pas avoir à faire sans cesse à de nouvelles personnes; c’est ainsi qu’une vraie relation est tissée entre l’entreprise et ses clients.
On peut enfin se demander s’il y a quelque chose derrière ces valeurs, si l’on devrait percevoir quelque chose de plus froid ou calculateur. Jeroen Bent nous assure que non. La bienveillance est en première ligne. Il est important pour lui de pouvoir vivre sa vie professionnelle en adéquation avec ses valeurs, tout simplement. Il termine en insistant sur l’importance de la transmission à ses employés, de faire émerger une nouvelle génération de managers. « Ils sont tous meilleurs que moi », nous dit-il. C’est tout le mal qu’on lui souhaite!

Amazon se lance dans le fait main

handmade_landing_A_header_v3.pngLa semaine passée, Amazon a surpris beaucoup de personnes en annonçant le lancement de Handmade. Il s’agit d’un « magasin » sur Amazon permettant de mettre en avant des produits faits main. Comme le souligne TriplePundit, armé d’un système de livraison très performant, une base de données de 285 millions de clients, et $75 milliards de ventes, Amazon frappe un grand coup dans le domaine du fait main.

Si ce n’est pas vraiment une bonne nouvelle pour un site comme Etsy, il ne fait aucun doute que les (de plus en plus) nombreuses personnes fabricant des objets, des habits, etc. depuis chez eux ou un petit atelier, se voient offrir de formidables débouchés, un potentiel de clients monstrueux. Si de plus on insiste sur le fait que ces nombreuses personnes sont pour la plupart des femmes, tirant la majeure si ce n’est la totalité de leur revenu de ce genre d’activité, c’est plutôt une bonne nouvelle. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, Leibniz, Candide et Jeff Bezos sont ravis.

Sauf que.

Sauf que Amazon. Une entreprise qui est régulièrement mise sur le banc des accusés, notamment en raison des conditions de travail de ses propres employés. Une entreprise qui pousse à la consommation excessive, un phénomène responsable de bien des problèmes de notre époques.

Alors oui, j’avoue être un peu « surpris » par cette annonce. Il y a une forme de dissonance cognitive entre Amazon et la consommation « douce », respectueuse liée au fait main.

Quelles sont les implications stratégiques de tout cela? Peut-être bien le rachat d’Etsy, à terme. Mais aussi le rachat d’une conscience. C’est un processus lent que celui de (re)devenir légitime aux yeux du public, et peut-être que c’est ce qu’Amazon cherche à faire, en s’orientant vers des activités mieux perçues. Amazon ne sera plus que cet immense magasin en ligne, fournissant des produits à bas prix grâce au travail de milliers de petites mains dans des conditions déplorables. Amazon sera aussi cette plateforme permettant à des milliers d’entrepreneurEs d’être autonomes, de faire ce qu’ils ou elles veulent vraiment, d’ouvrir leur propre magasin en ligne. C’est un premier pas, mais ce ne sera sans doute pas suffisant.

Le scandale de Volkswagen touche la RSE de plein fouet

VWNous l’avons appris ce lundi 21 septembre, Volkswagen (VW) a « triché » à des tests d’émission de gaz nocifs pour l’environnement aux Etats-Unis. Une ou plusieurs personnes – cela reste à déterminer, mais je vois mal comment cela pourrait être une initiative individuelle ou un événement isolé – a fait installer un programme, se mettant en marche lors des tests, pour réduire la pollution, mais s’éteignant lors de l’usage normal des véhicules, afin de maximiser la performance du moteur. Bottom line, certains véhicules mis en circulation n’auraient pas dû l’être, et la faute en revient à VW qui a dissimulé cette information. On peut trouver de plus amples explications techniques ici, en anglais.

Ce qui me gêne le plus? C’est ça. A peine une semaine avant ce scandale, VW était identifié comme le fabriquant d’automobiles le plus durable. Distinction accordée par les Zurichois de RobecoSAM, qui ne sont en principe pas les premiers venus. Alors oui, on n’est jamais à l’abri d’un tel événement, ni VW, ni RobecoSAM, mais cela remet en cause beaucoup de choses. Pourra-t-on vraiment croire VW lors de leur prochaine campagne? Sur leur site Think Blue, il n’est fait aucune mention de cet événement, il n’y a aucune explication. C’est un vrai problème.VW

J’en parlais il n’y a pas si longtemps, la RSE a besoin d’un scandale. Sans doute faudra-t-il quelque chose de plus fort, de plus scandaleux, mais cette affaire nous met déjà sur la voie. En tout cas, le cours de l’action VW doit se dire que cette affaire est déjà bien suffisamment scandaleuse…

Axa et Nestlé parlent du changement climatique. Et n’auraient peut-être pas dû.

A la fin du mois de juillet, un article est paru dans Le Temps, intitulé « Le réchauffement climatique réconcilie impératif moral et impératif économique ». Celui-ci a été rédigé conjointement par Peter Brabeck-Letmathe et Henri de Castries, respectivement président du conseil d’administration de Nestlé SA, et PDG du groupe AXA.nature-845849_640

Le chapeau est déjà très intéressant car il nous dit que « Nous, Axa et Nestlé, assumons nos responsabilités sur les problématiques liées au changement climatique ». Voila qui promet beaucoup! Je me suis d’autant plus réjoui de la lecture de cet article que ce n’est pas tous les jours que l’on voit un tel article dans un grand quotidien suisse. Comme l’article est court, je n’ai pas pris trop de temps pour déchanter…

L’impératif moral est introduit via l’encyclique du pape François. Les deux auteurs nous disent que cet impératif moral est l’une des raisons pour lesquelles ils assument leurs responsabilités. L’exemple donné par Axa est plus qu’intéressant puisque l’on nous dit qu' »Axa est ainsi le premier assureur mondial à se désengager du charbon, énergie fossile la plus polluante, en diminuant ses investissements dans les activités liées à ce secteur ». Je ne vais pas chipoter en disant que réduire ses investissements ne signifie pas que l’on se désengage. Ce qui me pose vraiment problème, c’est cette affirmation « nue » sur cette diminution: pas de chiffres à l’appui, pas d’objectifs, rien. On diminue, voila. L’affirmation de Nestlé sur l’utilisation de l’eau subit le même constat: on ne sait pas combien, comment, quand.

L’autre point qui me pose problème est celui du lien entre Axa et Nestlé. Aucune indication n’est donnée quant à ce qui justifie la rédaction de cette article à deux mains. A la lecture de celui-ci, on a vraiment l’impression que l’article a été fait comme ça, sans vraiment de stratégie, sans que l’on permette au lecteur de comprendre ce qui relie ces deux entreprises, si ce n’est l’épiphanie selon laquelle le réchauffement climatique réconcilie deux impératifs jusque là apparemment opposés. Pourquoi Axa et Nestlé, et pas Axa et PwC, ou Nestlé et Unilever? Il y aurait eu des liens à faire entre les activités des deux entreprises – par exemple sur l’eau – et cela aurait été passionnant.

Enfin, je reviens sur le chapeau de l’article dans lequel les deux auteurs expliquent assumer leurs responsabilités. Arrivé à la fin de l’article, on ne sait pas quelles sont ces responsabilités. L’impératif moral dont on nous parle dit qu’il incombe à chacun d’agir. Mais on ne nous parle pas de responsabilité parce que l’une ou l’autre de ces entreprises aurait contribué à ce réchauffement climatique. En somme la responsabilité qu’assument les deux entreprises n’est pas différente de celle de tout individu: il faut agir parce qu’il faut agir. Et pas parce que l’on peut avoir un vrai impact sur la situation, dans le bon ou le mauvais sens.

Ce qui me déçoit profondément, c’est qu’un tel article soit paru dans la presse « classique ». Bien écrit, il aurait pu toucher une partie de la population qui n’a pas l’habitude de ce genre de mise en perspective, ou peut-être même qui ne sait pas que les entreprises se soucient du changement climatique. Là, il donne juste du grain à moudre à ceux qui ont la gâchette greenwashing facile.

Edit: le jour de la parution de cet article, j’ai été contacté, via Twitter, par Emmanuel Touzeau, Directeur de la communication du groupe AXA. Celui-ci m’a envoyé trois tweets pour préciser certains aspects évoqués dans cet article. Je pense que c’est une démarche que l’on ne peut qu’encourager, et suis ravi de voir qu’Axa est ouvert au dialogue.

  1. Merci de votre analyse, on ne peut tt dire dans un article, vs trouverez ici + de détails sur nos actions.
  2. Il s’agit pour AXA d’un désinvestissement de 500m€ dans les entreprises de charbon. Dégagement total, une 1ère dans l’assurance.
  3. Nestlé & AXA sont 2 grandes marques mondiales, partagent une même vision sur bcp de sujets, sur le climat ou l’emploi des jeunes.

L’Oréal – Sharing Beauty With All

Le jeudi 16 avril, j’ai été invité par L’Oréal, à Paris, pour en apprendre plus sur les initiatives de RSE de l’entreprise. Je n’étais malheureusement pas disponible, mais j’ai eu la chance de pouvoir compter sur Mathieu Calles, de Whaou Effect, pour me faire un compte-rendu de ce qui s’y est dit! L’Oréal a offert un petit-déjeuner, le reste des frais étant à la charge des participants.4p

L’objectif principal de cette rencontre était de présenter le programme « Sharing Beauty With All« , et de parler des avancées de L’Oréal en matière de développement durable. Ce programme s’appuie sur 4 piliers:

  • Innover durablement (design & sourcing);
  • Produire durablement (plus avec moins);
  • Consommer durablement (partager l’information);
  • Partager notre connaissance (équipes et partenaires).

Premier point que j’aimerais soulever: le groupe utilise 25 indicateurs. Ce qui est peu – la GRI en propose par exemple près de 80. C’est peu, mais pas forcément mauvais. L’idée est de se concentrer sur ce qui compte vraiment. C’est peut-être aussi plus « transparent » que de noyer le public et les actionnaires sous les chiffres.

Comme Unilever l’avait soulevé il y a quelques mois, L’Oréal voit 60% de l’impact environnemental de ses produit provenir de l’usage de ceux-ci. On se trouve donc du côté du client, et le gros défi est d’éduquer celui-ci. La question que je me pose toutefois est de savoir s’il ne s’agit pas d’une « excuse »: en disant qu’il s’agit d’éduquer le client, on se dédouane en quelque sorte de cet impact. Il faut aussi éduquer le client, oui, mais le produit lui-même doit être conçu pour avoir le moins d’impact possible.Trio1

Je voulais aussi mentionner qu’en 2020, L’Oréal sera prêt à fournir au consommateur une fiche complète sur l’impact. Ils structurent actuellement une base de données interne appelée CSR INDEX, sorte de fiche sur chaque produit. Cette information sera partagée avec les parties prenantes et sans réserve. Je crois que l’Oréal vise juste. Ou même « plein centre » tant je crois qu’une information claire, précise et honnête fournie aux consommateurs est vraiment « the next big thing ». Restera à rendre cette information intelligible pour les consommateurs, et ne pas les submerger avec des informations incompréhensibles.

Un dernier point qui est ressorti est le fait que le discours était très axé sur les résultats. Alors oui, ce genre d’événement est du ressort de la communication, mais c’est une communication sur les faits, le travail accompli et la vision du groupe. Je pense qu’on peut reconnaître et apprécier cette volonté affichée par L’Oréal de partager ses résultats en s’appuyant sur du concret, et en prenant le risque de la critique.