Les + et les – du nouveau programme RSE de The Body Shop

The Body Shop – qui appartient depuis quelques années à l’Oréal – a récemment publié son nouvel engagement: enrichir sans exploiter. Il s’agit d’une série d’objectifs d’ici 2020, qui s’organisent selon trois axes:Commitment-Infographie

  • Enrichir les hommes;
  • Enrichir nos produits;
  • Enrichir notre planète.

Ces axes permettent de décliner 14 objectifs: 4 pour les hommes, 4 pour les produits, et 6 pour la planète. Bien sûr ranger les objectifs ainsi est quelque peu trivial, puisque nombreux sont ceux qui touchent 2 voire 3 axes.

J’ai eu envie de réagir par rapport à ces objectifs, insister sur quelques points positifs, quelques points négatifs, et surtout poser quelques questions.

Je trouve l’ensemble de ces objectifs très clair et cohérent. Les thématiques importantes pour ce secteur sont abordées (packaging, traçabilité des ingrédients – la question des tests sur les animaux n’en étant pas une pour The Body Shop). Je les trouve accessibles pour le grand public. Certains paraissent ambitieux.

D’un autre côté, je trouve dommage que – comme c’est trop souvent le cas – l’on ne sache pas pourquoi ces objectifs ont été fixés tels qu’ils l’ont été. Pourquoi a-t-on décidé de réduire de 10% l’utilisation d’énergie dans les boutiques, et pas 15%, 50%, ou 8%? Est-ce que cet objectif a été calculé sur la base des projections de ce que The Body Shop pense aujourd’hui être un objectif raisonnable pour 2020? Ou cet objectif a-t-il été calculé ainsi en fonction, par exemple, des Objectifs de développement durable et de ce qui a été estimé comme étant la part raisonnable de The Body Shop dans l’effort global nécessaire pour atteindre les ODD?

On ne sait pas ce que représentent la plupart de ces objectifs par rapport au contexte de développement durable actuel, et je trouve que c’est un problème généralisé chez les entreprises. Et puisque je parle de contexte, comment ces objectifs s’inscrivent-ils dans la stratégie de la maison-mère, L’Oréal? Quand The Body Shop vise à préserver 10’000 hectares de forêts et d’habitats naturels, comment cela se compare par exemple à l’objectif « Zero Deforestation » de L’Oréal USA?

En définitive, je dirais que ces objectifs sont très bien en soi, mais que tout cela manque de contexte. Contexte par rapport à la maison-mère, par rapport au secteur, par rapport au développement durable. On me reprochera de pousser le bouchon un peu loin, mais on pourrait même imaginer pouvoir comparer l’objectif de The Body Shop d’encourager 8 millions de personnes à soutenir la mission « Enrichir sans exploiter », avec l’objectif, aussi d’ici 2020, d’Unilever de toucher 400 millions de consommateurs avec des produits qui vont les aider à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre lorsqu’ils lavent et se douchent. Sans contexte, cette comparaison paraît impossible, mais je suis sûr que si d’un côté comme de l’autre on nous donnait plus d’informations sur la façon dont se justifient ces objectifs nous, consommateurs, serions plus à même d’en évaluer la réelle portée. Et ainsi de décider où dépenser notre argent.

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Interview – Alexandra Palt, Directrice Responsabilité sociétale et environnementale chez L’Oréal

Portrait d'Alexandra Palt, Directrice Responsabilité Sociétale et Environnementale chez L'Oréal, en 2014.

Portrait d’Alexandra Palt, Directrice Responsabilité Sociétale et Environnementale chez L’Oréal, en 2014.

Aujourd’hui, j’ai le plaisir d’interviewer Alexandra Palt, Directrice Responsabilité sociétale et environnementale chez L’Oréal. J’avais déjà pu parler des activités RSE de L’Oréal il y a quelques semaines. Mme Palt a accepté de répondre à quelques questions, et nous donne des éléments de réflexion sur son travail et la façon dont elle perçoit le domaine de la RSE.

Quelle sont les raisons qui vous ont motivée à travailler dans la responsabilité sociale?

J’ai toujours été passionnée par les questions d’intérêt général. Juriste de formation, je me suis consacrée tour à tour avant de rejoindre L’OREAL aux questions de défense des droits de l’homme d’abord,  puis de prévention des discriminations et d’ engagement sociétal au sein de l’IMS-Entreprendre pour la Cité, puis à la HALDE  (Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Egalité) j’ai été en charge des questions de  promotion de l’égalité avant de diriger une agence destinée à accompagner les grandes entreprises dans la mise en place de leur politique de RSE. Toutes ces questions m’intéressent. Aujourd’hui, conduire le changement vers un modèle toujours plus durable et responsable au sein d’un des plus grands acteurs de la grande consommation est une chance car je suis convaincue que les entreprises ont un rôle clef à jouer pour faire face aux grands challenges que le monde connaît comme la lutte contre la précarité, le changement climatique ou encore la raréfaction des ressources.

Quel est le plus grand challenge auquel vous ayez eu à faire face au cours de votre carrière dans la RSE, et comment l’avez-vous relevé?

Quand on travaille sur ces sujets les challenges sont nombreux car la prise de conscience collective de l’urgence à faire bouger les lignes, changer de comportement, de paradigme est loin d’être acquise pour tous. Le plus grand challenge est celui du change management. Changer les mentalités, les perspectives, les organisations. Chez L’OREAL, le développement durable est intégré à l’ensemble de nos métiers et de notre chaîne de valeur, avec un leadership extraordinaire de Jean- Paul AGON notre CEO, des engagements et un plan d’action très clair, et une mobilisation extraordinaire des équipes en interne, car le sujet résonne beaucoup avec les valeurs de l’entreprise. Pour nous aujourd’hui, le challenge principal est de trouver les clefs qui vont nous permettre d’engager les consommateurs vers une consommation plus responsable , c’est au cœur de notre vision et de ce que nous pensons être notre responsabilité. Quels messages leur délivrer ? Quels leviers activer ? Comment rendre le développement durable désirable pour tous ? C’est le grand challenge auquel L’OREAL a décidé de s’atteler au travers de notre programme Sharing Beauty with All.

L’impact environnemental des produits de L’Oréal provient à 60% de l’usage de ceux-ci. Quelles sont les pistes que vous comptez explorer pour vous attaquer à ce problème ?

En effet la majeure partie de notre impact est chez le consommateur, raison pour laquelle le sujet de la consommation durable est un défi majeur. Nous avons défini un plan d’action clair. En premier lieu, améliorer 100 % de nos produits à horizon 2020. Fin 2014, 67% des nouveaux produits analysés avaient un profil environnemental ou social amélioré donc nous sommes en marche. Nous voulons innover pour proposer des produits meilleurs en termes d’usage notamment, par exemple Jean – Paul AGON a demandé aux laboratoires de formuler un shampoing qui puisse se rincer avec 1 litre d’eau versus 7 aujourd’hui, ce qui en termes d’usage bien sûr, diminuera de beaucoup son empreinte.
En second lieu, nous nous sommes engagés à donner aux consommateurs les informations environnementales et sociétales liées à nos produits pour qu’ils puissent faire des choix de consommation éclairés. Nous travaillons à un outil, qui est en phase pilote en interne, qui permettra d’évaluer tous nos lancements produits. Enfin nous avons pris l’engagement que  l’ensemble de nos 30 marques internationales évaluent leur impact, et nouent avec le consommateur la conversation sur les sujets de développement durable pour les inciter à des styles de vie plus responsables.

Comment pensez-vous que la responsabilité sociale va se développer au sein de votre entreprise au cours des 5 prochaines années ?

La responsabilité sociétale et environnementale est l’un des trois piliers stratégiques du nouveau L’OREAL que Jean – Paul AGON souhaite construire pour les années à venir. Les engagements que nous avons pris sont un véritable changement de paradigme pour L’OREAL, donc bien sûr la transformation sera conduite. J’espère que dans 5 ans, on ne parlera plus du développement durable en tant que tel car ce sera devenu juste la nouvelle manière de faire.

Si vous aviez l’assurance de son succès et aucune contrainte (budget, temps, etc.), quel projet lanceriez-vous aujourd’hui?

Personnellement, je lancerais un lieu de vie et de développement pour les seniors. Nous vivons longtemps et en bonne santé, donc développer un lieu et un projet de société permettant de donner des perspectives aux personnes âgées serait un défi que j’aimerais relever. Pour L’Oréal, j’ai la conviction que nous avons lancé les projets et expérimentations nécessaires pour atteindre nos objectifs, avec le budget et temps nécessaires, mais surtout avec la conviction et le leadership indispensables.

Un grand merci à Mme Palt et à ses collègues!

L’Oréal – Sharing Beauty With All

Le jeudi 16 avril, j’ai été invité par L’Oréal, à Paris, pour en apprendre plus sur les initiatives de RSE de l’entreprise. Je n’étais malheureusement pas disponible, mais j’ai eu la chance de pouvoir compter sur Mathieu Calles, de Whaou Effect, pour me faire un compte-rendu de ce qui s’y est dit! L’Oréal a offert un petit-déjeuner, le reste des frais étant à la charge des participants.4p

L’objectif principal de cette rencontre était de présenter le programme « Sharing Beauty With All« , et de parler des avancées de L’Oréal en matière de développement durable. Ce programme s’appuie sur 4 piliers:

  • Innover durablement (design & sourcing);
  • Produire durablement (plus avec moins);
  • Consommer durablement (partager l’information);
  • Partager notre connaissance (équipes et partenaires).

Premier point que j’aimerais soulever: le groupe utilise 25 indicateurs. Ce qui est peu – la GRI en propose par exemple près de 80. C’est peu, mais pas forcément mauvais. L’idée est de se concentrer sur ce qui compte vraiment. C’est peut-être aussi plus « transparent » que de noyer le public et les actionnaires sous les chiffres.

Comme Unilever l’avait soulevé il y a quelques mois, L’Oréal voit 60% de l’impact environnemental de ses produit provenir de l’usage de ceux-ci. On se trouve donc du côté du client, et le gros défi est d’éduquer celui-ci. La question que je me pose toutefois est de savoir s’il ne s’agit pas d’une « excuse »: en disant qu’il s’agit d’éduquer le client, on se dédouane en quelque sorte de cet impact. Il faut aussi éduquer le client, oui, mais le produit lui-même doit être conçu pour avoir le moins d’impact possible.Trio1

Je voulais aussi mentionner qu’en 2020, L’Oréal sera prêt à fournir au consommateur une fiche complète sur l’impact. Ils structurent actuellement une base de données interne appelée CSR INDEX, sorte de fiche sur chaque produit. Cette information sera partagée avec les parties prenantes et sans réserve. Je crois que l’Oréal vise juste. Ou même « plein centre » tant je crois qu’une information claire, précise et honnête fournie aux consommateurs est vraiment « the next big thing ». Restera à rendre cette information intelligible pour les consommateurs, et ne pas les submerger avec des informations incompréhensibles.

Un dernier point qui est ressorti est le fait que le discours était très axé sur les résultats. Alors oui, ce genre d’événement est du ressort de la communication, mais c’est une communication sur les faits, le travail accompli et la vision du groupe. Je pense qu’on peut reconnaître et apprécier cette volonté affichée par L’Oréal de partager ses résultats en s’appuyant sur du concret, et en prenant le risque de la critique.