Mesurer le Travail Décent

Je suis actuellement en train de travailler sur les indicateurs de Travail Décent de l’Organisation Internationale du Travail. Ces indicateurs ont été récemment créés, et je dois admettre qu’ils sont très intéressants! L’OIT propose des indicateurs statistiques (49 – dont 18 « main » et 31 « additional ») et légaux (21).

J’aimerais pouvoir appliquer ces indicateurs, qui s’adressent plutôt à des pays, à l’évaluation de la performance d’une entreprise dans le domaine, dans le cadre de problématiques d’investissement socialement responsable. Plusieurs questions se posent à moi, et vous pourrez peut-être m’aider:

  1. La première et la plus simple et complexe à la fois: est-ce vraiment pertinent? Si cela vise des pays, pourquoi s’entêter à appliquer ça à des entreprises?
  2. Dans le même ordre d’idée, comment appliquer des indicateurs légaux – qui visent donc à évaluer la réponse légale apportée aux questions de Travail Décent – à des entreprises qui n’ont aucune obligation légale d’appliquer certains d’entre eux. Devrais-je chercher des réponses du côté des codes de conduite, pour autant qu’il y en ait?
  3. Dois-je inclure un aspect « Comply or Explain »?
  4. Comment appréhender la question des fournisseurs? La plupart des entreprises appliquent ces critères de Travail Décent en leur sein, mais il est nettement moins sûr qu’elles fassent de même pour leurs fournisseurs.
  5. Comment gérer la multiplicité des cadres légaux entre les pays? Ce qui est obligatoire ici peut être facultatif là-bas, etc.

Bref, travail en cours, ou devrais-je dire « Decent Work in progress » (c’est les vacances, pardon). Je suis preneur pour toute suggestion!

Business case pour les normes de travail

Lors de l’achat de biens et services, vous n’achetez pas seulement des services, vous achetez dans une certaine mesure un élément de votre réputation – Darren Ford

Les questions de chaîne d’approvisionnement ont été mises sur l’ordre du jour de nombreuses entreprises, ONG et organisations internationales au cours des dernières années. De Nike dans les années 1990 à Zara au Brésil il y a quelques mois, il y a d’innombrables exemples de scandales. La plupart d’entre eux étaient liés à la non-conformité avec ce que l’Organisation Internationale du Travail a identifié comme les normes fondamentales du travail: la liberté d’association et le droit à la négociation collective, l’élimination de toutes les formes de travail forcé ou obligatoire, l’abolition effective du travail des enfants et, l’élimination de la discrimination en matière d’emploi et de profession. Beaucoup d’organisations et d’entreprises ont travaillé – parfois ensemble – sur les solutions pour la mise en œuvre de normes du travail dans la chaîne d’approvisionnement. Jusqu’à présent, des progrès ont été réalisés, mais il y a encore de la place pour des améliorations.

Une des questions principales reste de savoir s’il y a une incitation à résoudre ce problème, du moins du point de vue des entreprises, les acheteurs. Nous pouvons tous convenir que ces entreprises doivent prendre des mesures lorsque ce genre de problème se pose. Mais sont-elles incitées à gérer de façon proactive ces questions?

En d’autres termes, y a-t-il un business case pour les normes du travail? Lire la suite

RSE et football: SC Corinthians Paulista Sustainability Report

Quelques jours après la fin de l’Euro, j’ai pensé faire un article sur le football. J’ai décidé de m’intéresser au SC Corinthians Paulista, club de football brésilien et premier au monde à publier un rapport développement durable. Leur rapport 2009 est un rapport GRI C+, proposant les indicateurs EC1, EC4; EN3, EN8, EN11, EN28; LA1, HR6, SO5, SO8 et PR9.

J’ai donc parcouru leur « Sustainability Report 2009« , pour essayer de déterminer ce qui est « material », pertinent aux yeux d’un club de football en matière de responsabilité sociale. J’ai retenu 3 points principaux.

  1. Les jeunes. On apprend que le club se considère comme formateur. On aurait été surpris du contraire, mais on aurait surtout aimé en savoir davantage sur l’éducation extra-sportive des jeunes passant par le centre de formation. Que deviennent ceux qui ne percent pas dans le football? Est-ce que ceux qui passent professionnels ont tout de même suivi une formation professionnalisante, leur permettant de « retomber sur leurs pieds » en cas d’arrêt de la compétition? On apprend toutefois que le club se soucie de la question du travail des enfants. Il ne fait pas signer de contrat aux moins de 16 ans, même s’il reste possible de signer des contrats d’apprentissage à partir de 14 ans.
  2. La démocratie. Le club cherche à donner une voix à tous les membres du club. Le Président et les Vice-Présidents sont élus pour un mandat de trois ans, avec des votes ouverts à tous les membres du club.
  3. Les initiatives sociales et environnementales. Dons du sang, actions philanthropiques, il n’y a rien de spécial. Plus intéressant peut-être le partenariat « Playing for the Environment » mené avec la Banco Cruzeiro do Sul, qui vise à promouvoir la responsabilité socio-environnementale dans les deux institutions (même si l’on ne lit rien sur ce qui se passe du côté de la banque). On nous dit notamment que pour chaque but marqué par la 1ere équipe, 100 arbres sont plantés. Pourquoi pas? Vraiment intéressant, on apprend que le club cherche à mettre en place des moyens de rendre chacun de ses matchs « carbon-neutral ». Affaire à suivre!

En définitive, ce rapport n’apporte rien de très particulier. Il est toutefois intéressant à consulter, que l’on soit fan de football ou de responsabilité sociale, ou les deux. Il a également le mérite d’être le seul rapport de ce type publié par un club de football. Il serait intéressant d’en apprendre plus sur cette volonté de rendre les matchs carbon-neutral.

Enfin, j’aimerais préciser deux choses. La première est que la volonté de publier un rapport de ce type vient de la nécessité identifiée par l’administration d’avoir un moyen responsable et transparent de présenter la performance managériale et économique. C’est donc une motivation économique qui est à la base de cette démarche, ce qui n’est pas nécessairement une mauvaise chose.

L’autre précision que j’aimerais apporter est que ce n’est à mon avis pas un hasard que ce soient les Corinthians qui soient les premiers à publier un tel rapport. Il s’agit d’un club très particulier dans l’histoire du football mondial. L’avènement de ce que l’on appelle la « démocratie corinthiane » – un phénomène qui a largement dépassé le football – dans les années 1980 a sans doute laissé des traces encore aujourd’hui. Le SC Corinthians Paulista est un club avec de fortes valeurs démocratiques, et je crois qu’il est peu surprenant qu’il prenne cette position de pionnier dans ce domaine également.

RSE: les 13 comptes Twitter à suivre

Lorsque l’on travaille dans la responsabilité sociale, il est primordial de se tenir au courant de l’actualité dans ce domaine. Parmi les différentes façons de le faire, j’ai pour ma part opté pour Twitter. Je trouve que c’est un moyen pratique d’avoir de l’information rapidement, et en plus cela permet d’intéragir avec de nombreuses personnes. Si vous ne vous y êtes pas encore mis, je vous conseille de le faire très vite! Et je propose ici une liste de 13 personnes à suivre sur Twitter pour quiconque s’intéresse à la RSE.

  1. Nadine B. Hack. Nadine est une référence internationale dans le domaine. Huffington Post, Forbes: vous pouvez lire ses articles sur la stratégie et sur le dialogue avec les stakeholders là où ça compte. Elle travaille en outre à l’IMD, Lausanne.
  2. Joel Makower. Il est l’auteur de Strategies for the Green Economy, ce qui en dit long sur la qualité de sa réflexion autour de la RSE. Ses tweets sont toujours pertinents et plein d’humour.
  3. Wizness. Le compte de Wizness tweete sur la RSE en anglais et en français (ce qui est rare). Il est géré par Marion Dupont, commentatrice de ce blog.
  4. Bushra Azhar. Bushra est fondatrice de Good Business Sense, un cabinet de conseil basé au Moyen-Orient. Elle tweete – entre autres – sur les articles qu’elle publie sur son site, qui sont excellents!
  5. Juan Villamayor. Juan est consultant en RSE. Je dois avouer être systématiquement impressionné par sa capacité à poser les bonnes questions. Vous pouvez en trouver de bons exemples sur son blog.
  6. company2keep. Le compte de company2keep.com fourni constamment des informations et des liens de qualité sur tout ce qui touche à la RSE.
  7. britesprite. Chris Milton est journaliste et écrivain dans le domaine de la « sustainability ». On peut notamment apprécier la qualité de sa série « CSR around the world » présentant la RSE dans plusieurs pays (j’ai eu le plaisir d’être interviewé pour la Suisse).
  8. David Connor. LA référence en matière de RSE sur Twitter. David est spécialisé dans les PME, mais s’intéresse aussi aux liens entre RSE et football.
  9. Fabian Pattberg. Fabian est toujours cité parmi les personnes à suivre absolument sur Twitter. Il faut dire qu’il est très actif, et que son blog propose toujours des articles de grande qualité.
  10. Elaine Cohen. Elaine est experte en reporting. Ou plutôt devrais-je dire THE experte. Son blog regorge d’articles tous plus brillants les uns que les autres, toujours plein d’humour.
  11. Aman Singh. Aman travaille – entre autres – pour CSR Wire, et ça en dit déjà beaucoup sur la qualité de sa réflexion autour des enjeux de la RSE. Elle tweete sur des sujets très divers, toujours avec à-propos.
  12. Susan McPherson. Elle est Madame #CSRChat; si vous ne suivez pas ces discussions, il faut très vite remédier à cela!
  13. Marion Chivot. Marion nous fait souvent le plaisir de visiter le blog! Sur Twitter, elle nous fait profiter du fait qu’elle travaille pour SustainAbility, le fameux cabinet de conseil en « sustainability », en nous fournissant ce qui se fait de mieux dans le domaine!

Voila qui devrait vous permettre de débuter un excellent « following » en matière de RSE. Et si cela ne vous suffit pas, jetez un œil à ma liste « CSR 99« !

Rapport financier biennal

De nombreuses entreprises publient un rapport financier trimestriel. Soit un rapport tous les trois mois. Pourquoi? Pour démontrer – aux actionnaires et à d’autres parties intéressées – que l’on a bel et bien fait du bénéfice sur cette période.

Sur cette très courte période.

Et comment fait-on du bénéfice sur une si courte période? En menant des projets sur le court terme. Et donc en laissant de côté les projets sur le long terme.

Les projets liés à la durabilité et à la responsabilité sociale s’inscrivent quant à eux plutôt sur le long terme. Et parfois, ils impliquent de perdre de l’argent au cours des premiers mois: il faut peut-être engager un spécialiste, mener un audit, trouver de nouveaux fournisseurs, etc.

Il est vrai que si l’on doit montrer que l’on gagne de l’argent tous les trois mois, ça devient compliqué.

Pourquoi ne laisserait-on pas tomber cette pratique de fournir des résultats trimestriels? On pourrait s’en tenir à un rapport annuel, non? Et tant qu’on y est, pourquoi ne pas publier un rapport tous les trois ans, ou cinq ans, en plus du rapport annuel. Il montrerait comment, sur une plus longue période, l’entreprise a réussi à créer de la valeur. De la valeur durable.