Stakeholder Engagement – Impacts

Cet article est le deuxième d’une série sur le « stakeholder engagement », le dialogue avec les parties prenantes. Je me penche en ce moment sur la question, et ma première lecture est celle de The Triple Bottom Line, par Andrew Savitz. L’auteur y présente 4 étapes principales pour identifier les stakeholders d’une entreprises ainsi que leurs attentes. Voici la deuxième.

Une fois vos stakeholders identifiés, il est important de se demander quels sont les thématiques spécifiques qui affectent certains de vos stakeholders. On peut à cet effet créer un « tableau d’impacts », tel que celui présenté ci-dessus. On liste sur un axe tous les stakeholders identifiés lors de l’étape précédente; sur l’autre axe, on liste les thématiques, problèmes ou impacts pertinents pour votre entreprise. A noter que j’utilise ici des catégories très larges et générales, le votre devrait être plus précis et spécifique.

Pour chaque cellule du tableau, il convient de se demander si ce groupe de stakeholders a un intérêt pour et un impact sur les activités de l’entreprise liées à cette thématique spécifique. Le modèle qui résultera de cette démarche peut vous aider à répondre à des questions telles que:

  • Quel problème affecte le plus grand nombre de groupes de stakeholders? Il est probable que ce problème présente le plus gros challenge en matière de dialogue avec les parties prenantes.
  • Quels groupes de stakeholders ont un impact sur le plus grand nombre de problématiques? Ce sont ces groupes qui méritent le plus d’attention de la part de vos managers.
  • Comment nos impacts et les intérêts de nos stakeholders se rejoignent-ils? Cela vous aidera à identifier les potentielles zones de conflits, mais aussi les opportunités.

A lire dans le cadre de cette série: Stakeholder Engagement – Mapping

Stakeholder Engagement – Mapping

Cet article est le premier d’une série sur le « stakeholder engagement », le dialogue avec les parties prenantes. Je me penche en ce moment sur la question, et ma première lecture est celle de The Triple Bottom Line, par Andrew Savitz. L’auteur y présente 4 étapes principales pour identifier les stakeholders d’une entreprises ainsi que leurs attentes. Voici la première.

Selon lui, il faut tout d’abord « ranger » les stakeholders en fonction de trois catégories:

  1. Stakeholders internes: ce sont ceux qui sont « à l’intérieur » de votre compagnie. On y trouve les employés, les managers, les actionnaires, etc.
  2. Chaîne de valeur: il s’agit des stakeholders se trouvant « à l’extérieur » de l’entreprise, mais avec lesquels vous avez des relations d’affaires. On peut mentionner les clients bien sûr, mais aussi les fournisseurs, les banques, etc.
  3. Stakeholders externes: ce sont les stakeholders à l’extérieur de la compagnies, n’ayant pas de relations d’affaires directes. Ce peuvent être les agences gouvernementales, les médias, les ONG, les communautés, etc.

La plupart de vos stakeholders vont se trouver précisément dans l’une ou l’autre de ces catégories; mais il se peut aussi que certains appartiennent à plusieurs (p.ex. un actionnaire qui serait également membre de la communauté locale), ce qui peut leur donner plus d’impact sur votre entreprise.

Identifier et segmenter vos stakeholders vous permettra de mieux percevoir la façon dont vous devez interagir avec eux et la façon dont eux-mêmes vous perçoivent. Cela vous permettra de répondre avec plus de précision à des questions telles que « Comment communiquons-nous avec ce stakeholder? », « Quels sont ses intérêts? », « Quels sont les conflits entre ses besoins et ceux de notre compagnie? », « Qui est – au sein de la compagnie – responsable des relations avec ce stakeholder? »

Je tiens à préciser ici que selon moi il n’existe pas de liste toute faite des stakeholders d’une entreprise. Nombreux sont les agences de conseil en RSE qui fournissent sur leur site la liste des X stakeholders qu’a une entreprise. Ces listes sont trop générales – on n’a pas comme stakeholders « les ONG », mais certaines ONG en fonction des activités de l’entreprise. Une entreprise a certains stakeholders, à un moment donné, et cette liste peut et doit évoluer en tout temps.

Patagonia et le coton bio

Parmi les nombreux exemples concrets de mise en application de la RSE au sein d’un projet d’entreprise, on peut citer celui du passage de Patagonia au coton bio, dans les années 1990.

Patagonia est une entreprises de vêtements de sports de montagne et de surf, fondée en 1972 par Yvon Chouinard. Dès sa création, Patagonia s’est démarquée comme une entreprise responsable. Il est donc peu surprenant d’apprendre que ses dirigeants font figure de pionniers lorsqu’ils décident de recourir au coton bio durant les années 1990. Lorsque cette décision est prise, il faut savoir que si la culture du coton ne représentait que moins de 3% des terres agricoles mondiales, 25% de l’utilisation mondiale d’insecticides et 10% de celle des pesticides lui étaient consacrée. Ne pas passer au coton bio, selon Yvon Chouinard, aurait été contre leur principe de faire des produits de la meilleure qualité possible avec le moins de dommages environnementaux possible.

Ce changement ne pouvait toutefois pas se faire facilement. A l’époque, il existe très peu de producteurs de coton certifié bio dans le monde. De plus, sa production nécessite une haute intensité de main-d’œuvre. On arrive donc à des coûts plus élevés de 50% à 100%, par rapport à du coton classique. Il faut encore préciser que le sportswear en coton représente alors près de 20% du chiffre d’affaire de Patagonia. De plus, Patagonia a fait mener une étude qui a conclu que pour ses clients, le critère d’achat le plus important était la qualité du vêtement. Le critère auquel il a été donné le moins d’importance étant celui du respect de l’environnement. Les dirigeants de l’entreprise doivent donc prendre une décision pouvant les mener à une perte de revenus et de profits très probable et d’ampleur inconnue. Il n’en reste pas moins qu’en 1994, il est voté l’objectif de ne plus avoir recours à du coton classique d’ici à 1996. Objectif qui sera atteint.

Cette décision a eu diverses implications. Etant donné le peu de disponibilité du coton bio à l’époque, Patagonia a dû abandonner certains partenaires, et certains produits, passant ainsi de 91 produits en coton à 66. En outre, il a fallu remonter jusqu’au début de la chaîne de valeur: trouver des fournisseurs, trouver des personnes sachant travailler avec le coton bio, etc. Devant le peu de disponibilité du coton bio, Patagonia a choisi d’utiliser également du coton transitionnel – identique à du coton bio, mais non certifié – ainsi que de vendre des « habits fait avec du coton bio » plutôt que des « habits bio » afin de ne pas tromper le consommateur. En effet, pour des raisons techniques et de qualité, les teintures et fils utilisés ne pouvaient pas être bio.

Malgré les nombreux obstacles, ce changement s’est avéré être un succès. Les designers et producteurs ont dû véritablement apprendre « comment faire un habit » de A à Z, en suivant le processus tout au long de la chaîne de valeur. Il en a résulté des produits pensés avec une grande attention, d’excellente qualité, et qui se sont donc très bien vendus. En s’éduquant, en se penchant de près sur leur chaîne de valeur, les employés de Patagonia ont réussi à créer des produits de qualité supérieure à ceux qu’ils proposaient jusqu’alors. Surtout, cette amélioration s’est faite sur la base d’une décision visant à réduire l’impact environnemental de l’entreprise.

Dans son livre, Let my people go surfing, Yvon Chouinard écrit à propos de ce changement que « chaque fois que nous avons choisi de faire ce qui est bon, cela s’est avéré être plus rentable. » Il ajoute également que « notre programme d’évaluation environnementale nous éduque, et avec l’éducation, nous avons des choix. Lorsque nous agissons positivement sur la résolution de problèmes, au lieu d’essayer de trouver un moyen de les contourner, nous avançons plus loin sur la voie de la durabilité. »

Etre responsable, mais pour qui?


En « repérage » dans un magasin de mobilité électrique, je me suis arrêté devant un présentoir pour accessoires. Comme on peut le voir sur la photographie ci-dessus, on y trouve des cadenas pour vélos. On constatera que l’emballage de gauche a été fait de manière à démontrer la volonté de réduire l’impact de celui-ci. C’est très frappant lorsque l’on compare cet emballage à celui de droite (qui est également minimaliste, mais pas ostensiblement « eco-friendly »).

Mon premier réflexe a été de penser que c’est une bonne chose, mais cela permet-il vraiment à l’entreprise de vendre davantage de cadenas? De nombreuses études ont montré que les consommateurs sont encore peu sensibles à ce genre d’arguments, et que des critères tels que le prix ou la qualité ont un poids sensiblement plus important dans la décisions d’achat.

Mais comme chacun le sait « les consommateurs », ça n’existe pas. Il y a plusieurs types de consommateurs. Et c’est d’autant plus vrai en matière d’environnement. J’avais présenté l’intéressante typologie de Makower dans un article précédent. Qui sont les clients d’un magasin de vélos électriques? Des personnes qui cherchent à minimiser leur impacts sur l’environnement, ça ne fait aucun doute. Pour reprendre la typologie, je pense qu’on peut les classer dans cette catégorie:

Postmodern Idealists: pour eux, la protection environnementale consiste à vivre de manière « verte » et créer des villes sans voitures et consommant peu d’énergies.

Si l’on revient à nos cadenas, l’argument de l’emballage recyclé, ayant peu d’impact, fait sens. On peut imaginer qu’étant donné la catégorie de personnes fréquentant un magasin de vélos, cet argument peut avoir une influence importante dans la décision d’achat.

C’est un aspect à prendre en compte lorsque vous établissez une stratégie RSE: qui sont nos clients? et quels arguments « responsables » vont les toucher? Etre responsable est une chose, mais il faut que cela compte pour ceux qui vont acheter vos produits.

Nestlé ouvre une usine en République Démocratique du Congo

C’est la semaine passée que l’on peut lire – ici ou par exemple – que Nestlé a ouvert une usine de finition pour les produits Maggi, en République Démocratique du Congo (RDC). Le but annoncé de cette usine est de proposer une offre mieux adaptée aux goûts locaux et d’utiliser davantage de matières premières produites localement. En outre, le site de Kinshasa a créé une soixantaine d’emplois directs; sans compter les opportunités indirectement créées.

J’avoue être emballé (sans jeu de mot) par cette idée. Bien sûr, on peut se poser la question des avantages fiscaux proposés à Nestlé pour s’installer dans ce pays pour le moins instable; et où faire des affaires n’est à-priori pas évident (comme en atteste ce récent rapport de Doing Business). Certaines craintes concernant l’appropriation de terres arables ont également été émises. Mais je trouve bien de voir que l’usine soit installée dans le pays pour lequel elle fonctionne, et que l’on cherche à utiliser les ressources – matérielles et humaines – locales. Nestlé a quelque chose à y gagner financièrement, assurément, et créé des emplois dans un pays en développement par la même occasion.

De plus, il est intéressant de voir que la spécificité des goûts congolais semble être prise en compte. Une fois de plus, une entreprise s’attaque à ce marché dit « du bas de la pyramide »: le marché des populations défavorisées. Ces populations qui ne vont certes pas acheter des produits à forte valeur ajoutée, mais qui vont acheter les produits de l’entreprise qui sont les plus abordables, en petite quantité. C’est un pari sur l’avenir que de créer des produits s’adressant à ces populations et à leurs besoins.

Pour l’anecdote, j’avais rencontré un employé de Nestlé travaillant dans ce domaine il y a quelques années et il m’avait confié que très souvent ces mêmes populations, lorsqu’elles se retrouvent immigrées en France, en Suisse ou ailleurs, cherchent à retrouver ces mêmes produits, car elles y ont été habituées et les apprécient. Est-ce à dire que l’usine de Kinshasa va bientôt fournir les commerces d’Europe?

Une affaire à suivre pour les résultats positifs sur lesquels tout cela peut déboucher, mais à surveiller aussi, au cas où les craintes exprimées plus haut s’avéreraient fondées.

Ces articles ont été portés à ma connaissance par le compte Twitter de Covalence EthicalQuote.