Greenwashing à La Poste Suisse

La lettre suisseAttendant mon train, j’ai pu admirer la nouvelle publicité de La Poste Suisse. Celle-ci vante les mérites de la lettre suisse. Elle serait à 100% sans impact sur le climat. On peut lire dans la description que « le traitement et le transport des lettres adressées en Suisse sont désormais garantis sans impact sur le climat. Elle y parvient en réduisant et en compensant les émissions de CO2. ». D’autres infos ici.

« Sans impact sur le climat », vraiment? La Poste a donc réduit et/ou compensé la totalité de l’impact sur le climat du processus de traitement et de transport?

Mais cela inclut-il la fabrication de la lettre elle-même? A priori non, puisque l’on nous parle de traitement et de transport. Il en va sans doute de même pour la fin de vie de cette même lettre. Et je suppose que l’on n’a pas demandé aux employés de La Poste de respirer moins souvent afin de réduire leur production de CO2…

J’exagère forcément le trait, mais c’est pour souligner le fait que « sans impact sur le climat » est une information inexacte, pour ne pas dire pire…et ça, c’est du greenwashing.

Cela pose aussi la question de la compensation carbone. Peut-on vraiment dire qu’une activité X ou Y, toute compensée soit-elle, est vraiment sans impact sur le climat? Non, il y a un impact; compensé ailleurs, certes, mais cet impact existe bel et bien.

Les intentions de La Poste sont louables, et on ne peut que les féliciter d’avoir entrepris la démarche de réduire son impact sur l’environnement. Mais c’est bien de cela qu’il aurait fallu parler: réduire son impact, et non pas le supprimer.

Petit Guide du Greenwashing

Il y a quelques années, j’avais écrit un guide du greenwashing (basé lui-même sur deux rapports, ici et ). Je republie ici les 10 points importants, à éviter absolument.

  1. Un langage approximatif. Les mots utilisés n’ont pas une signification très claire. Vous savez, vous, ce que signifie concrètement “éco-responsable”?
  2. Des produits verts produits par une compagnie “sale”. Comme par exemple des ampoules à faible consommation produites dans une usine qui polluent des rivières.
  3. Des images suggestives. Des fleurs qui sortent d’un pot d’échappement, vous trouvez ça normal?!
  4. Des revendications hors de propos. Mettre l’accent sur un petit aspect “vert” alors que tout le reste ne l’est pas.
  5. Le meilleur de la classe? Dire que l’on est un peu plus vert que les autres, même si les autres sont catastrophiques.
  6. Juste pas crédible. Qui veut une voiture qui respecte l’environnement?
  7. Du Gloubiboulga! On fournit des informations sous forme de jargon, que seul un scientifique pourrait vérifier.
  8. L’ami imaginaire. Labels ou une attestation semblant venir d’une tierce partie, mais ce n’est pas le cas.
  9. Pas de preuves. Ca pourrait être vrai, mais où sont les preuves?
  10. Des mensonges. Affirmations ou données totalement fabriquées.

Voila une grille au travers de laquelle chaque entreprise devrait faire passer ses projets « développement durables », afin de s’assurer de ne pas tomber dans le greenwashing.

Des chiffres, donnez des chiffres!

En formation cette semaine, j’ai eu l’occasion de manger à la cafétéria. J’ai pu constater que l’entreprise exploitant cette cafétéria avait laissé un message à l’attention de ses clients.

La photo est floue, mais si l’on regarde bien on peut lire sur le dernier paragraphe:

Ces dernières années, la mise en place de cette mesure nous a permis de réduire massivement le nombre d’heures de fonctionnement quotidien de nos équipements!

Je trouve cette initiative tout à fait louable, et d’autant plus louable qu’elle est communiquée aux clients.

Mais.

Qu’entend-on exactement par « réduire massivement »? S’agit-il d’une réduction de 20%? 50%? Plus? Est-ce une manière de pratiquer le greenwashing, pour masquer une réduction minime?

Pourquoi ne nous donne-t-on pas les chiffres? Il suffirait de donner un pourcentage de réduction pour crédibiliser cette information. On pourrait même imaginer un objectif. Et là, on serait loin des suspicions de greenwashing.

Ces dernières années, la mise en place de cette mesure nous a permis de réduire de 35% le nombre d’heures de fonctionnement quotidien de nos équipements. Notre entreprise s’est fixée comme objectif de porter cette réduction à 55% d’ici à 2015.

Responsabilité sociale: peut-on tout communiquer?

Comme tout bon citoyen helvétique mâle, je reçois le biannuel armée.ch. Mon regard a été attiré par l’annonce d’un article sur la couverture, « Armée et protection de l’environnement ». J’ai lu cet article, car il faut dire que l’armée n’est pas réputée pour sa petite empreinte carbone, loin s’en faut…Et je dois bien avouer que l’article fait la part belle aux oxymorons. Morceau choisi:

Sur la place d’arme de Thoune, des chars effectuent des tirs. A quelques centaines de mètres de là seulement, les participants au cours sont initiés aux caractéristiques d’une prairie maigre.

Si je ne suis spécialiste ni en prairies maigres ni en chars, mon intuition me dit qu’un cours de sensibilisation ne peut que difficilement contrebalancer ne serait-ce qu’un seul exercice de tirs de ce genre.

Je ne vais pas m’attarder sur cette fière institution, qui nous protège encore et toujours de l’invasion des Wisigoths, mais tout de même…Ce petit article m’amène à deux questions, plus générales, quant à la RSE.

  1. Quelle est la valeur de toutes ces petites mesures que l’on prend pour aller dans le sens d’une responsabilité sociale au sein de l’entreprise? Que vaut un mémo envoyé à tous les collaborateurs pour leur expliquer comment configurer leurs impressions afin de faire systématiquement du recto-verso, alors que ces mêmes collaborateurs prennent en moyenne cinq fois par an l’avion pour des meetings à l’autre bout de la planète? Je crois que ce type de mesure a malgré tout de la valeur. Valeur monétaire, puisqu’il permet d’économiser de l’argent; mais aussi valeur de par la sensibilisation des employés. Ou encore valeur dans le sens où il s’agit là d’un pas allant dans la bonne direction. Timide certes, mais « pas » tout de même.
  2. Peut-on tout communiquer? Votre entreprise ne risque-t-elle pas de subir des accusations de greenwashing si elle met en avant des mesures qui paraissent insignifiantes? A mon sens, on peut tout communiquer, oui. Mais à condition de montrer que l’on a bien compris de quoi on parle. Si vous êtes en mesure de montrer que vous avez conscience que telle ou telle mesure ne rachète pas une image « responsable » à votre entreprise, mais qu’il s’agit plutôt d’un premier pas et que vous avez planifié la suite et mesuré vos impacts, etc., parlez-en.

En définitive, je pense qu’il vaut mieux des petites mesures que pas de mesures du tout. Il vaut mieux un rapport CSR non certifié GRI que pas de rapport CSR. Si vous avez conscience du chemin à parcourir, faites-le. Et montrez-le.

Repos.

Les compagnies vertes polluent

La mission de l’entreprise Patagonia est un modèle du genre. La voici en version originale telle qu’on la trouve sur le site de l’entreprise:

« Build the best product, cause no unnecessary harm, use business to inspire and implement solutions to the environmental crisis. »

C’est la partie du milieu que je trouve la plus intéressante, que l’on peut traduire très librement par « ne pas faire de mal non-nécessaire ».

99% des entreprises auraient déclaré « ne pas faire de mal », 99% des entreprises auraient fixé comme objectif de ne faire aucun dommage à l’environnement, 99% des entreprises se diraient « carbone-neutre »…

Tout ce que vous faites pollue, d’une façon ou d’une autre. Vous pouvez être aussi propre, aussi « vert » que vous voulez, vous allez polluer.

Patagonia a l’intelligence de reconnaître cet état de fait. Partant de cela, ils cherchent à ne pas faire de mal inutile, à éviter toute pollution évitable. Ils sont transparents et honnêtes. Et ça, les consommateurs le savent et l’apprécient.