Responsabilité sociale chez PricewaterhouseCoopers

J’ai eu le plaisir de rencontrer aujourd’hui un manager « Sustainability and Climate Change » de PricewaterhouseCoopers. J’ai pu discuter avec lui de ce que fait son cabinet en matière de responsabilité sociale. C’est-à-dire ce qu’ils proposent comme service, et non ce qu’ils font pour leur propre responsabilité sociale. J’ai pensé qu’il serait intéressant de retracer les grandes lignes de cet entretien.

PWC propose deux types de service. Il y a tout d’abord la vérification. On peut en trouver l’exemple dans les rapports GRI de nombreuses entreprises ici en Suisse. PWC fait la « vérification par tierce partie » de ces rapports. Le meilleur moyen de vraiment bien connaître l’entreprise, selon mon interlocuteur.

L’autre type de service proposé est le conseil. Nous avons parlé de 4 domaines dans lesquels PWC est actif.

  • L’évaluation des risques environnementaux lors de fusion-acquisition.
  • Gestion de divers types de risques liés au développement durable.
  • Etablissement de programme de développement durable, et notamment du benchmarking par rapport aux autres entreprises du secteur.
  • Collaboration avec le Carbon Disclosure Project.

On peut bien sûr en apprendre davantage sur la page internet correspondant à ce domaine de « Sustainability and Climate Change ».

La question que je (me) pose est la suivante: cette offre de services correspond-elle aux challenges proposés par les problématiques actuelles de responsabilité sociale?

Responsabilité sociale en Suisse: une dichotomie

Il y a quelques mois, j’avais été interviewé par Chris Milton, pour lui donner mon avis sur le développement de la responsabilité sociale en Suisse. L’article a été publié ici.

Je n’avais rien révélé d’incroyable, il faut bien le dire. Mais j’avais tout de même soulevé un point: celui de l’ambivalente attitude de la Suisse par rapport à ces questions de RSE. En effet, selon moi, la Suisse est à la fois très concernée et sensible aux problématiques environnementales. Il est vrai que la nature a une grande place dans notre patrimoine! Et dans notre économie également: le tourisme est un secteur fondamental dans notre pays.

D’un autre côté, il me semble qu’il existe une tradition du secret – qu’il soit bancaire ou autre – qui empêche notre pays d’atteindre le niveau de transparence que l’on est en droit d’attendre lorsque l’on parle de responsabilité sociale. Le reporting RSE est par exemple méconnu et mal perçu.

Je voulais en parler ici, et connaître l’avis des lecteurs. Percevez-vous aussi cette dualité? Ou me serais-je trompé dans cette courte analyse?

« Conscious collection » chez H&M: merchandising durable

Ma fiancée et moi sommes allés faire du shopping hier après-midi. Elle m’a emmené dans un magasin que je ne fréquente habituellement pas: H&M.

A peine entré dans le magasin, je me suis trouvé en face d’un étalage où plusieurs produits en coton et lin étaient présentés. Je me suis approché, mon œil ayant été attiré aussi bien par le lin que par la petite étiquette verte qui dépassait de certains de ces habits! J’ai découvert qu’il s’agissait d’habits issus de la « Conscious Collection », collection de vêtement pour femmes, hommes et enfants issue de la mode durable.

J’avoue ne pas avoir pu savoir précisément sur le moment en quoi cette collection était plus consciente qu’une autre, si ce n’est que j’ai pu comprendre qu’il s’agissait par exemple de coton bio. On peut en apprendre plus ici, par exemple.

Ce qui m’a vraiment frappé, c’est plutôt la façon dont tout cela était présenté. J’avoue avoir été admiratif devant le soin qui avait été apporté à la visibilité de cette collection:

  • Etiquettes vertes très visibles sur les vêtements.
  • Etalage complet présentant les produits.
  • De nombreux vêtements issus de cette collection sont présents en vitrine.

Du coup, on pouvait très facilement identifier cette collection. Inutile de vous dire que mes achats se sont concentrés autour de cet étalage!

Au-delà de savoir si H&M a réussi à créer une collection responsable et durable, j’ai trouvé vraiment intéressant de voir comment ces produits étaient mis en avant. Ce n’est plus une collection parmi d’autres, histoire de dire que « nous aussi, on fait dans le responsable », mais c’est vraiment LA collection: on ne peut pas la rater.

H&M a su mettre en avant ces produits, et ainsi montrer de manière très claire son engagement en la matière à ses clients. Voila un exemple que devraient suivre d’autres magasins!

Le screening négatif dans l’investissement socialement responsable

Ayant eu le plaisir d’être mandaté par une banque suisse pour créer une méthodologie d’évaluation de la performance extra-financière d’entreprises en vue de la création d’un fonds d’investissement socialement responsable (ISR), j’ai pu me spécialiser sur la question des ISR.

Un aspect central des ISR est celui du screening. Le screening est comme un filtre que l’on applique pour le choix des entreprises pouvant faire partie du fonds d’investissement. Je parle ici de screening négatif car il a pour but d’établir des critères d’exclusion.

Les critères d’exclusion peuvent eux-mêmes être de différentes natures. Il peut y avoir des critères liés au secteur. On décidera alors d’exclure les entreprises issues du secteur du tabac, de l’alcool, de la pornographie, du nucléaire, ou encore de l’armement. Les critères peuvent aussi être liés à des pratiques spécifiques, comme le travail des enfants, les tests sur les animaux ou encore le fait de faire affaire avec un gouvernement autoritaire.

A noter que certaines banques et agences notation n’imposent pas leur screening: elles laissent le client choisir selon quels critères les entreprises sont filtrées.

A partir de là, reste la question de savoir comment l’on va évaluer les entreprises: quelles dimensions va-t-on prendre en compte, quel poids donner à chacune d’elles, quels indicateurs utiliser, etc. ? Mais ça, c’est une autre histoire…

Et vous, quels seraient vos critères de screening? Que penser d’une entreprise produisant de l’alcool mais performant extrêmement bien d’un point de vue environnemental, social et économique?

Les 5 étapes de la responsabilité sociale

S’il est un élément théorique lié à la RSE que je me dois de présenter ici, c’est bien les 5 étapes de la responsabilité sociale de Simon Zadek. Selon lui, lorsque les entreprises développent leur « rapport » à la responsabilité sociale, elles traversent 5 étapes.

  1. Étape défensive. L’entreprise nie les liens entre ses pratiques et les dégâts subis par l’environnement ou la société, voire l’existence même de ces dégâts.
  2. Étape de la conformité. La compagnie met en place des politiques qui la rendent conforme à la loi. A ce niveau, c’est la réputation de l’entreprise que l’on tente de préserver.
  3. Étape managériale. On donne des responsabilités aux managers pour gérer tout ce qui a trait à la RSE. On commence également à mesurer les impacts de l’entreprise sur l’environnement et ses stakeholders, et vice-versa.
  4. Étape stratégique. La RSE est intégrée à la stratégie de l’entreprise. Celle-ci aligne son business model avec les attentes sociales, et intègre les aspects sociaux et environnementaux à son core business et à sa prise de décision.
  5. Étape civile. La compagnie encourage ses concurrents et les stakeholders de son secteur à élever leurs standards en matière de RSE.

Il est à noter bien sûr qu’une entreprise peut se trouver à différents niveaux au même moment: au niveau de ses relations avec les fournisseurs, elle se trouve peut-être à l’étape de la conformité, alors qu’en ce qui concerne le marketing, elle est à l’étape managériale, par exemple.

Je trouve particulièrement intéressant le passage de la 4e à la 5e étape. En effet, si une entreprise est pionnière en matière de RSE, elle peut bénéficier de nombreux avantages (réputation, réduction de certains coûts, etc.), mais elle est aussi exposée à des coûts supplémentaires: si elle s’assure de traiter avec des fournisseurs ayant de hauts standards en matière de respect des Droits de l’Homme, il est probable qu’elle ait à les payer plus. Le passage à l’étape civile fait que l’entreprise va devenir militante afin d’élever les standards en matière de RSE dans son secteur, mais aussi afin de ne plus être la seule à supporter ces coûts supplémentaires.