Amazon se lance dans le fait main

handmade_landing_A_header_v3.pngLa semaine passée, Amazon a surpris beaucoup de personnes en annonçant le lancement de Handmade. Il s’agit d’un « magasin » sur Amazon permettant de mettre en avant des produits faits main. Comme le souligne TriplePundit, armé d’un système de livraison très performant, une base de données de 285 millions de clients, et $75 milliards de ventes, Amazon frappe un grand coup dans le domaine du fait main.

Si ce n’est pas vraiment une bonne nouvelle pour un site comme Etsy, il ne fait aucun doute que les (de plus en plus) nombreuses personnes fabricant des objets, des habits, etc. depuis chez eux ou un petit atelier, se voient offrir de formidables débouchés, un potentiel de clients monstrueux. Si de plus on insiste sur le fait que ces nombreuses personnes sont pour la plupart des femmes, tirant la majeure si ce n’est la totalité de leur revenu de ce genre d’activité, c’est plutôt une bonne nouvelle. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, Leibniz, Candide et Jeff Bezos sont ravis.

Sauf que.

Sauf que Amazon. Une entreprise qui est régulièrement mise sur le banc des accusés, notamment en raison des conditions de travail de ses propres employés. Une entreprise qui pousse à la consommation excessive, un phénomène responsable de bien des problèmes de notre époques.

Alors oui, j’avoue être un peu « surpris » par cette annonce. Il y a une forme de dissonance cognitive entre Amazon et la consommation « douce », respectueuse liée au fait main.

Quelles sont les implications stratégiques de tout cela? Peut-être bien le rachat d’Etsy, à terme. Mais aussi le rachat d’une conscience. C’est un processus lent que celui de (re)devenir légitime aux yeux du public, et peut-être que c’est ce qu’Amazon cherche à faire, en s’orientant vers des activités mieux perçues. Amazon ne sera plus que cet immense magasin en ligne, fournissant des produits à bas prix grâce au travail de milliers de petites mains dans des conditions déplorables. Amazon sera aussi cette plateforme permettant à des milliers d’entrepreneurEs d’être autonomes, de faire ce qu’ils ou elles veulent vraiment, d’ouvrir leur propre magasin en ligne. C’est un premier pas, mais ce ne sera sans doute pas suffisant.

Responsabilité sociale – mise en avant et interviews

office-336368_1280Si l’été s’est avéré calme au niveau de la publication d’articles, il n’en reste pas moins que ce site a été actif « en coulisses »! J’ai toujours le grand plaisir de pouvoir compter sur Christina Andreou pour traduire mes articles que je peux ensuite publier sur LinkedIn.

Aussi, j’ai été interviewé par l’excellente équipe de Brands Up. L’interview peut être lu ici, et porte surtout sur mes activités de « blogging », ce qui m’a donné l’opportunité de réfléchir à ce que je fais sur ce site. Les suggestions d’améliorations sont d’ailleurs toujours les bienvenues!

Enfin, le site est également présenté sur celui de Geneva UnderCover, dont j’ai rencontré la fondatrice – Celina Kosinski, une vraie aventurière – dans le cadre de mes activités à l’Université de Genève. Geneva UnderCover se veut une plateforme mettant des ressources à disposition des étudiants, et promouvant des projets de recherche.

Allez leur rendre une petite visite, ils font tous des choses très intéressantes!

Le scandale de Volkswagen touche la RSE de plein fouet

VWNous l’avons appris ce lundi 21 septembre, Volkswagen (VW) a « triché » à des tests d’émission de gaz nocifs pour l’environnement aux Etats-Unis. Une ou plusieurs personnes – cela reste à déterminer, mais je vois mal comment cela pourrait être une initiative individuelle ou un événement isolé – a fait installer un programme, se mettant en marche lors des tests, pour réduire la pollution, mais s’éteignant lors de l’usage normal des véhicules, afin de maximiser la performance du moteur. Bottom line, certains véhicules mis en circulation n’auraient pas dû l’être, et la faute en revient à VW qui a dissimulé cette information. On peut trouver de plus amples explications techniques ici, en anglais.

Ce qui me gêne le plus? C’est ça. A peine une semaine avant ce scandale, VW était identifié comme le fabriquant d’automobiles le plus durable. Distinction accordée par les Zurichois de RobecoSAM, qui ne sont en principe pas les premiers venus. Alors oui, on n’est jamais à l’abri d’un tel événement, ni VW, ni RobecoSAM, mais cela remet en cause beaucoup de choses. Pourra-t-on vraiment croire VW lors de leur prochaine campagne? Sur leur site Think Blue, il n’est fait aucune mention de cet événement, il n’y a aucune explication. C’est un vrai problème.VW

J’en parlais il n’y a pas si longtemps, la RSE a besoin d’un scandale. Sans doute faudra-t-il quelque chose de plus fort, de plus scandaleux, mais cette affaire nous met déjà sur la voie. En tout cas, le cours de l’action VW doit se dire que cette affaire est déjà bien suffisamment scandaleuse…

Quels enjeux autour des Superstakeholders?

Dans un article qui a récemment fait parler de lui sur Twitter, David Connor nous parle du concept de Superstakeholders. Pour en savoir plus, le plus simple est de lire l’article directement. Je voulais tout de même reproduire ici quelques unes de ses idées, et ajouter quelques commentaires.business-superman-1-1237958

On le comprend en lisant cet article, un Superstakeholder est une partie prenante très puissante. Ce pouvoir lui vient souvent du fait qu’il s’agit en fait d’un ensemble de divers stakeholders, s’étant regroupé autour d’une cause. L’auteur de l’article insiste de ce fait sur la force du réseau. Grâce à cette société en réseau qui est la notre, les Superstakeholders peuvent:

  • Mobiliser en un instant et à travers les frontières et établir des partenariats mondiaux;
  • Être auto-suffisants à travers le crowdfunding et atteindre rapidement une taille critique ainsi que de larges ressources;
  • Tirez parti de la puissance collective de leurs partisans pour impacter la réputation de l’entreprise.

Je trouve ce concept intéressant, et la mise en lumière des leviers permettant l’existence de ces Superstakeholders tout à fait pertinente. A partir de là, je me pose un certain nombre de questions:

  1. Les Superstakeholders doivent-ils être priorisés, par rapport aux autres parties prenantes? J’ai envie de dire que oui, forcément. Si un stakeholder a une forte capacité à impacter une entreprise, celui-ci doit bien sûr faire l’objet d’un suivi rapproché. Par contre, il existe un risque: être obnubilé par ce Superstakeholder. Un Superstakeholder ne doit pas faire oublier l’existence – et l’importance – d’autres parties prenantes.
  2. Y a-t-il une limite à ce qu’un Superstakeholder peut exiger? Je dis bien exiger, et non pas souhaiter. Même s’ils ont en général le rôle des « gentils », il ne faut pas oublier que les stakeholders d’une entreprise ont leur propres agendas, leurs propres intérêts – qui sont parfois très proches des intérêts personnels de leurs représentants. J’avoue être quelque peu inquiet de la tournure que pourrait prendre le dialogue entre une entreprise et certaines de ses parties prenantes qui, sûres de leur bon droit, pourraient en demander trop. N’oublions pas que les parties prenantes ont aussi des responsabilités sociales.
  3. L’existence de ces Superstakeholders implique-t-elle une révision de ce qu’est la responsabilité sociale d’une entreprise? Ou est-ce juste du « sustainable business as usual »? C’est une question qui est posée dans l’article. Je crois que ces Superstakeholders ne doivent pas tout remettre en cause, mais plutôt qu’ils nécessitent une attention accrue sur les deux points précédents.

Un concept utile, donc, qui selon moi permet de mettre en exergue des tendances qu’il convient de surveiller attentivement.

Faire le bien: plus facile à dire qu’à faire, et encore…

Dans le cadre de mes activités de consulting, je m’efforce d’aider une entreprise à définir sa mission. En l’état actuel des choses, celle-ci implique la notion de « bon choix ». Notion qui pose forcément problème, puisqu’il s’agit de définir ce qu’est le bon choix; et donc ce qui est « bien ».yin-and-yang-829613_1280
Qu’est-ce qui est bien? Si l’on se réfère à Descartes, « en recherchant la richesse, on fuit nécessairement la pauvreté »; c’est-à-dire qu’il n’y a aucun bien dont la privation ne soit un mal, et vice-versa. Mais est-ce vraiment vrai? Si je ressens une douleur localisée, c’est un mal. Mais l’absence de cette douleur ne veut pas nécessairement dire que je me sens bien.
Dans le cadre d’une entreprise, la question se pose. Est-ce qu’une entreprise qui ne fait pas de mal fait-elle nécessairement le bien? On pourrait dire qu’une telle entreprise se conforme à la loi. Elle serait donc dans un état de conformité, ce qui est en général considéré comme insuffisant du point de vue de la responsabilité sociale.
Patagonia dit qu’elle essaie de ne pas faire de mal « non-nécessaire », admettant donc qu’elle fait du mal. Celui-ci est inévitable, en l’état actuel des connaissances, des technologies. Il est pourtant difficile de penser qu’éviter de faire un mal non-nécessaire revient à faire le bien.
Pour compliquer encore les choses, on peut se mettre du point de vue du développement durable: si une entreprise lance un projet bon pour l’environnement, mais que celui-ci a des conséquences sociales négatives, ce projet est-il bien ou mal?
La phrase d’accroche bien connue désormais, « Doing well by doing good », semble simple, mais elle est en fait très compliquée. Difficile à faire, mais tout aussi difficile à dire! Comment une organisation peut-elle établir que ce qu’elle fait est bien, c’est peut-être la vraie question de la responsabilité sociale.