Le manager RSE est mort, vive le directeur RSE!

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J’ai récemment travaillé sur les profils des managers RSE. Qui sont-ils, d’où viennent-ils, quelle est leur véritable influence…de nombreuses questions se posent!

Un premier constat est que j’ai le sentiment que l’on peut identifier trois types de manager RSE:

  1. Le responsable philanthropie. Il s’occupe d’identifier les causes soutenues par l’entreprise et de coordonner le travail avec les associations, ONG, fondations, etc. Il met aussi en place tout ce qui a trait au volontariat des employés.
  2. Le manager opérationnel. Il est en charge de la mise en œuvre de la responsabilité sociale de l’entreprise. Il s’occupe également de mettre en place les actions concrètes dans l’entreprise (tri des déchêts, mobilité, etc.). D’une certaine manière, il s’occupe de rendre le « business as usual » plus durable, plus responsable.
  3. Le manager stratégique. il est en lien direct avec le CEO et/ou le board. Son travail implique qu’il influe la stratégie de l’entreprise. Il est aussi en mesure de créer de nouveaux business models, de pousser au lancement de nouveaux produits.

En me basant sur ce constat, la question que je me pose est de savoir si un manager RSE a encore une raison d’être. On voit que dans les deux premiers cas, le manager n’a pas une grande influence. Politiques de philanthropie, ou « faire ce qu’on a toujours fait » mais de manière plus responsable, est-ce vraiment cela qui va faire avancer les choses? Il faut, selon moi, aller plus loin. Il faut un directeur RSE, ou une personne responsable de cela au niveau du conseil d’administration.

Alors oui, le manager RSE doit toujours exister: il faut des gens pour implémenter des actions concrètes, ou pour soutenir des causes au sein de l’entreprise. Mais peut-on encore se permettre que de telles personnes soient les plus hauts représentants de la RSE dans la hiérarchie d’une entreprise?

Les sciences citoyennes pourraient être l’avenir de la RSE

Nous l’avons encore vu récemment avec l’initiative pour des multinationales responsables, l’audit et la vérification par tierce partie sont au centre des débats sur la responsabilité sociale.
L’une de ces problématiques est le conflit d’intérêts pouvant exister entre la compagnie demandant l’audit, et la firme le réalisant. Quelle est vraiment l’indépendance de l’auditeur si celui-ci est payé par l’entreprise qu’il contrôle?

Et si une entreprise demandait à des citoyens « ordinaires » d’effectuer cette validation externe? On pourrait pour cela s’appuyer sur le modèle des sciences citoyennes, qui prend de plus en plus d’importance, notamment avec le « big data ». Des citoyens qui collectent des données sur les entreprises pour déterminer si elles sont responsables ou non, c’est alléchant. Si jusqu’à présent, en matière de responsabilité sociale, les individus ont surtout la possibilité de « voter avec leur porte-monnaie », il serait peut-être temps de passer à une étape suivante. smartphone-590105_640

J’ai eu récemment une discussion très intéressante avec Jean-Paul de Vooght, qui a écrit un article tout aussi intéressant sur le sujet. Les possibilités semblent prometteuses, mais les questions sont nombreuses!

Comment mettre cela en place concrètement? On imagine volontiers une application smartphone sur laquelle tout individu pourrait rentrer des données. Mais quelles données? Et d’où viendraient-elles? Chaque citoyen pourrait faire un petit rapport, photos à l’appui, d’une éventuelle faute commise par l’entreprise, dans les droits humains ou dans l’environnement. Mais d’un rapporteur à un délateur, il n’y a qu’un pas…Et s’il peut y avoir conflit d’intérêts entre une entreprise et son auditeur, rien n’empêche que ce soit le cas avec des individus « lambda ».

J’aime cette idée de « whistleblower externe », mais je ne suis pas sûr de la façon dont cela pourrait être mis en place. On pourrait aussi imaginer de prendre le côté positif des choses: un citoyen pourrait signaler un comportement exemplaire, une campagne de sensibilisation à laquelle il a été sensible, etc.

Comme je l’ai dit, j’ai le sentiment qu’il y a quelque chose à faire dans cette articulation entre sciences citoyennes et RSE. J’ai surtout envie de lancer la discussion, peut-être aurez-vous des idées?!

Responsabilité sociale – études de cas et théorie

Dans le cadre de réflexion sur le métier des professionnels de la RSE, je me suis posé plusieurs questions récemment. Par exemple, celle de savoir si le professionnel de la RSE pouvait se permettre d’improviser, ou encore si les mauvaises pratiques pouvaient être utiles.

La question que je voulais poser aujourd’hui est celle de savoir si l’expertise d’un professionnel de la RSE doit se baser sur une bonne connaissance de la théorie ou une maîtrise d’un ensemble d’études de cas. Je m’explique: il existe de très nombreux outils théoriques autour de la RSE, tels que des processus pour le dialogue avec les stakholders par exemple. D’un autre côté, il existe également une base toujours grandissante d’étude de cas lié à la RSE, montrant aussi bien des bonnes pratiques que des mauvaises.Tableau blanch Sur quoi un professionnel devrait-il s’appuyer?

La réponse à ma question serait bien sûr de dire qu’il faut un peu des deux…Je devrais donc la formuler plutôt de la façon suivante: est-il plus important de maîtriser les études de cas ou les outils et la théorie? J’ai le sentiment que cela dépend – oui, on n’avance pas… – de la situation. Si l’on veut vendre une initiative ou une démarche – que ce soit comme consultant à un client ou comme manager RSE à sa direction – j’ai l’impression (et aussi un peu d’expérience) que les études de cas fonctionnent mieux. On peut ainsi aisément montrer les menaces et opportunités auxquelles ont pu faire face d’autres entreprises dans des situations similaires.

Aussi, j’ai l’impression que chaque situation étant unique en son genre, il faut être capable d’adapter les outils à celle-ci. Un cas a le mérite de donner les grandes lignes d’une réponse adaptée à une situation donnée.

Mais peut-être avez-vous une opinion différente. Qu’en pensez-vous?

Analyse de cycle de vie sociale: un outil pour la RSE?

L’analyse de cycle de vie (ACV) est un outil, une façon de procéder, qui se répand de plus en plus dans la responsabilité sociale. Nous en avions déjà parlé ici! Il faut dire qu’il est particulièrement utile de pouvoir déterminer l’impact environnemental d’un produit aux différents moments de sa vie. Je dis « environnemental » car c’est en général dans cette perspective que l’on emploie l’ACV. Mais on sait bien qu’un produit n’a pas qu’un impact environnemental, il a également un impact économique et social. Dès lors, pourquoi ne pas faire d’analyse de cycle de vie sociale?

Si l’on en croit ce que l’on peut lire dans cet article intéressant, l’ACV sociale (selon les recommandations de la Life Cycle Initiative) permet d’évaluer les impacts sociaux et socio-économiques, qu’ils soient réels ou potentiels, positifs ou négatifs, et cela en suivant la méthodologie précédente mais sous l’angle des parties prenantes affectées par les activités des différentes entreprises impliquées dans ce cycle de vie (travailleurs, communautés locales, consommateurs, société, etc.). Zoom_14mai09_athl

Je vois trois avantages potentiels pour une entreprise menant une telle analyse sur ses produits (ou ses services):

  1. Meilleure prise en compte des externalités. Encore une fois, les impacts d’une entreprise ne sont pas qu’environnementaux, il convient de prendre en compte également les impacts sociaux ou socio-économiques, qui peuvent aussi prendre la forme d’externalités.
  2. Meilleure identification des stakeholders impliqués et impactés. Quelles sont les parties prenantes « pertinentes » pour une entreprise à tel ou tel moment de la vie du produit de celle-ci? Utiliser cette approche de cycle de vie peut être un moyen très efficace d’identifier les stakeholders les plus importants.
  3. Amélioration de la stratégie globale. Ce point résume en quelque sorte les deux précédents: en prenant en compte les externalités socio-économiques et en identifiant au mieux les parties prenantes concernées, une entreprise pourra aisément établir une stratégie de réduction des impacts négatifs et de maximisation des impacts positifs. Elle aura une meilleure vue d’ensemble sur ses activités et sur le rôle qu’elle peut jouer dans la société.

Si vous êtes intéressé par ce sujet, pourquoi ne pas commencer vos recherches sur la Social Hotspots Database?

Salesforce et Germanwings: quelles limites à la responsabilité d’entreprise?

LimiteCette semaine, deux événements ont particulièrement attiré mon attention: le tragique accident de l’Airbus appartenant à Germanwings, et la prise de position du CEO de Salesforce, Marc Bienoff, par rapport à la loi de liberté religieuse en Indiana. Deux événements ayant à-priori peu de liens, mais qu’il est à mon avis intéressant de mettre en parallèle.

En ce qui concerne l’Airbus, je ne veux pas m’avancer sans être certain des faits, mais il semblerait que le copilote souffrait psychiquement et aurait volontairement fait s’écraser l’avion. S’il s’agit encore pour l’instant de suppositions, il semblerait que le copilote n’aurait pas dû travailler ce jour-là car il avait été mis en arrêt maladie.

Du côté de l’Indiana, une loi est passée et pourrait bien justifier – sur des motifs religieux – des mesures de discriminations à l’égard de certaines personnes et notamment les homosexuels. N’étant pas compétent en la matière, je ne puis m’étendre sur les détails de cette loi. Ce qui est sûr, c’est que le CEO de Salesforce a décidé d’annuler tout programme impliquant que ses clients ou employés aient à se rendre en Indiana et faire face à une potentielle discrimination. D’autre organisations se sont également montrées pour le moins circonspectes par rapport à cette loi, comme la Gen Con, le plus grand rassemblement lié aux jeux aux Etats-Unis.

Ces deux événements peuvent être rapprochés selon moi sous l’angle de la responsabilité sociale d’entreprise. Dans les deux cas, on se trouve à la limite de ce qui est la responsabilité d’une entreprise. Dans le cas de l’Airbus, la compagnie aérienne va payer de lourds dommages aux familles des victimes, ce qui est très bien. Elle est donc tenue pour responsable. D’un autre côté, y avait-il vraiment un moyen d’empêcher une personne déterminée à commettre un tel acte? Alors oui, le copilote avait tenu son état de santé secret. La compagnie aurait peut-être pu faire en sorte de connaître cet état de santé, mais ne lui aurait-on pas reproché d’être trop intrusive dans la vie de ses employés? Une intrusion qui pourrait se justifier par des raisons de sécurité des passagers, mais où fixer la limite?

Pour ce qui est de l’Indiana, Salesforce prend une décision sans doute louable. De mon point de vue athée, du moins! Mais si on dit souvent que la RSE consiste à aller au-delà de la loi, une entreprise doit-elle aller jusqu’à refuser cette loi? La décision de Salesforce de ne pas aller en Indiana parce que l’entreprise n’est pas d’accord avec une loi qui y est appliquée est-elle dans le fond différente de l’éventuelle décision d’une entreprise de ne pas s’établir dans telle ou telle région du monde car elle y juge la politique fiscale ou le droit du travail trop contraignant?

Quelles limites alors à la responsabilité sociale d’une entreprise? Une entreprise peut-elle outrepasser ses responsabilités? Si c’est le cas, qui décide de l’endroit où l’on trace la ligne? La loi fixe un plancher en dessous duquel une entreprise ne peut descendre, mais on est en droit de se poser la question de savoir s’il ne faut pas envisager de poser des murs et un plafond. C’est peut-être là qu’il serait intéressant de faire une distinction entre responsabilité sociale et citoyenneté d’entreprise, deux concepts habituellement jugés synonymes.