Salesforce et Germanwings: quelles limites à la responsabilité d’entreprise?

LimiteCette semaine, deux événements ont particulièrement attiré mon attention: le tragique accident de l’Airbus appartenant à Germanwings, et la prise de position du CEO de Salesforce, Marc Bienoff, par rapport à la loi de liberté religieuse en Indiana. Deux événements ayant à-priori peu de liens, mais qu’il est à mon avis intéressant de mettre en parallèle.

En ce qui concerne l’Airbus, je ne veux pas m’avancer sans être certain des faits, mais il semblerait que le copilote souffrait psychiquement et aurait volontairement fait s’écraser l’avion. S’il s’agit encore pour l’instant de suppositions, il semblerait que le copilote n’aurait pas dû travailler ce jour-là car il avait été mis en arrêt maladie.

Du côté de l’Indiana, une loi est passée et pourrait bien justifier – sur des motifs religieux – des mesures de discriminations à l’égard de certaines personnes et notamment les homosexuels. N’étant pas compétent en la matière, je ne puis m’étendre sur les détails de cette loi. Ce qui est sûr, c’est que le CEO de Salesforce a décidé d’annuler tout programme impliquant que ses clients ou employés aient à se rendre en Indiana et faire face à une potentielle discrimination. D’autre organisations se sont également montrées pour le moins circonspectes par rapport à cette loi, comme la Gen Con, le plus grand rassemblement lié aux jeux aux Etats-Unis.

Ces deux événements peuvent être rapprochés selon moi sous l’angle de la responsabilité sociale d’entreprise. Dans les deux cas, on se trouve à la limite de ce qui est la responsabilité d’une entreprise. Dans le cas de l’Airbus, la compagnie aérienne va payer de lourds dommages aux familles des victimes, ce qui est très bien. Elle est donc tenue pour responsable. D’un autre côté, y avait-il vraiment un moyen d’empêcher une personne déterminée à commettre un tel acte? Alors oui, le copilote avait tenu son état de santé secret. La compagnie aurait peut-être pu faire en sorte de connaître cet état de santé, mais ne lui aurait-on pas reproché d’être trop intrusive dans la vie de ses employés? Une intrusion qui pourrait se justifier par des raisons de sécurité des passagers, mais où fixer la limite?

Pour ce qui est de l’Indiana, Salesforce prend une décision sans doute louable. De mon point de vue athée, du moins! Mais si on dit souvent que la RSE consiste à aller au-delà de la loi, une entreprise doit-elle aller jusqu’à refuser cette loi? La décision de Salesforce de ne pas aller en Indiana parce que l’entreprise n’est pas d’accord avec une loi qui y est appliquée est-elle dans le fond différente de l’éventuelle décision d’une entreprise de ne pas s’établir dans telle ou telle région du monde car elle y juge la politique fiscale ou le droit du travail trop contraignant?

Quelles limites alors à la responsabilité sociale d’une entreprise? Une entreprise peut-elle outrepasser ses responsabilités? Si c’est le cas, qui décide de l’endroit où l’on trace la ligne? La loi fixe un plancher en dessous duquel une entreprise ne peut descendre, mais on est en droit de se poser la question de savoir s’il ne faut pas envisager de poser des murs et un plafond. C’est peut-être là qu’il serait intéressant de faire une distinction entre responsabilité sociale et citoyenneté d’entreprise, deux concepts habituellement jugés synonymes.

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