Une voiture, 127 arbres

J’ai récemment aperçu – sur un tram à Genève – une publicité disant ceci:

« Une voiture, un arbre »

Renseignement pris (par exemple ici), il s’agit d’un garage automobile qui s’engage à planter un arbre pour chaque voiture vendue.

Ce n’est bien sûr pas la première fois que j’ai pu voir ce genre de mesure: planter un arbre pour compenser l’achat d’une voiture, d’un billet d’avion, etc. Du coup, je me suis demandé quelle était la quantité de CO2 absorbée par un arbre par an. A en croire nos annonceurs, un arbre devrait absorber autant de CO2 au cours de sa vie que n’en produit une voiture, ou un trajet en avion…

On peut trouver diverses informations sur internet. Il semblerait qu’un arbre ait une durée de vie moyenne de 80 ans (cela dépend beaucoup des essences, mais tenons-nous en à une moyenne). Ensuite, j’ai trouvé des chiffres allant de 2 à 10kgs de CO2 absorbés par an et par arbre (sans pouvoir savoir si cela prend en considération le CO2 rejeté par ce même arbre). On arriverait donc à un résultat allant de 160 à 800kgs de CO2 absorbés par un arbre au cours de sa vie.

Comparé à cela, ma voiture produit 109g de CO2 au kilomètre. Je fais environ 1’000km par an, ce qui – en simplifiant – nous amène à plus ou moins 100kgs de CO2 produit par ma voiture, par an. En admettant que je change de voiture après 8 ans – ce que je ne compte pas faire – il resterait encore 72 ans de « travail » à mon arbre pour absorber ce que j’ai produit. Et encore, je ne prends en compte qu’une partie du cycle de vie de mon véhicule, ainsi que les estimations les plus avantageuses.

Encore une initiative à ranger dans la rubrique « C’est mieux que rien mais il ne faudrait pas exagérer quand même… » Il est regrettable de se dire que les consommateurs ne soient pas mieux renseignés quant à la véritable portée de ce genre de mesure.

RSE et football: SC Corinthians Paulista Sustainability Report

Quelques jours après la fin de l’Euro, j’ai pensé faire un article sur le football. J’ai décidé de m’intéresser au SC Corinthians Paulista, club de football brésilien et premier au monde à publier un rapport développement durable. Leur rapport 2009 est un rapport GRI C+, proposant les indicateurs EC1, EC4; EN3, EN8, EN11, EN28; LA1, HR6, SO5, SO8 et PR9.

J’ai donc parcouru leur « Sustainability Report 2009« , pour essayer de déterminer ce qui est « material », pertinent aux yeux d’un club de football en matière de responsabilité sociale. J’ai retenu 3 points principaux.

  1. Les jeunes. On apprend que le club se considère comme formateur. On aurait été surpris du contraire, mais on aurait surtout aimé en savoir davantage sur l’éducation extra-sportive des jeunes passant par le centre de formation. Que deviennent ceux qui ne percent pas dans le football? Est-ce que ceux qui passent professionnels ont tout de même suivi une formation professionnalisante, leur permettant de « retomber sur leurs pieds » en cas d’arrêt de la compétition? On apprend toutefois que le club se soucie de la question du travail des enfants. Il ne fait pas signer de contrat aux moins de 16 ans, même s’il reste possible de signer des contrats d’apprentissage à partir de 14 ans.
  2. La démocratie. Le club cherche à donner une voix à tous les membres du club. Le Président et les Vice-Présidents sont élus pour un mandat de trois ans, avec des votes ouverts à tous les membres du club.
  3. Les initiatives sociales et environnementales. Dons du sang, actions philanthropiques, il n’y a rien de spécial. Plus intéressant peut-être le partenariat « Playing for the Environment » mené avec la Banco Cruzeiro do Sul, qui vise à promouvoir la responsabilité socio-environnementale dans les deux institutions (même si l’on ne lit rien sur ce qui se passe du côté de la banque). On nous dit notamment que pour chaque but marqué par la 1ere équipe, 100 arbres sont plantés. Pourquoi pas? Vraiment intéressant, on apprend que le club cherche à mettre en place des moyens de rendre chacun de ses matchs « carbon-neutral ». Affaire à suivre!

En définitive, ce rapport n’apporte rien de très particulier. Il est toutefois intéressant à consulter, que l’on soit fan de football ou de responsabilité sociale, ou les deux. Il a également le mérite d’être le seul rapport de ce type publié par un club de football. Il serait intéressant d’en apprendre plus sur cette volonté de rendre les matchs carbon-neutral.

Enfin, j’aimerais préciser deux choses. La première est que la volonté de publier un rapport de ce type vient de la nécessité identifiée par l’administration d’avoir un moyen responsable et transparent de présenter la performance managériale et économique. C’est donc une motivation économique qui est à la base de cette démarche, ce qui n’est pas nécessairement une mauvaise chose.

L’autre précision que j’aimerais apporter est que ce n’est à mon avis pas un hasard que ce soient les Corinthians qui soient les premiers à publier un tel rapport. Il s’agit d’un club très particulier dans l’histoire du football mondial. L’avènement de ce que l’on appelle la « démocratie corinthiane » – un phénomène qui a largement dépassé le football – dans les années 1980 a sans doute laissé des traces encore aujourd’hui. Le SC Corinthians Paulista est un club avec de fortes valeurs démocratiques, et je crois qu’il est peu surprenant qu’il prenne cette position de pionnier dans ce domaine également.

Greenwashing à La Poste Suisse

La lettre suisseAttendant mon train, j’ai pu admirer la nouvelle publicité de La Poste Suisse. Celle-ci vante les mérites de la lettre suisse. Elle serait à 100% sans impact sur le climat. On peut lire dans la description que « le traitement et le transport des lettres adressées en Suisse sont désormais garantis sans impact sur le climat. Elle y parvient en réduisant et en compensant les émissions de CO2. ». D’autres infos ici.

« Sans impact sur le climat », vraiment? La Poste a donc réduit et/ou compensé la totalité de l’impact sur le climat du processus de traitement et de transport?

Mais cela inclut-il la fabrication de la lettre elle-même? A priori non, puisque l’on nous parle de traitement et de transport. Il en va sans doute de même pour la fin de vie de cette même lettre. Et je suppose que l’on n’a pas demandé aux employés de La Poste de respirer moins souvent afin de réduire leur production de CO2…

J’exagère forcément le trait, mais c’est pour souligner le fait que « sans impact sur le climat » est une information inexacte, pour ne pas dire pire…et ça, c’est du greenwashing.

Cela pose aussi la question de la compensation carbone. Peut-on vraiment dire qu’une activité X ou Y, toute compensée soit-elle, est vraiment sans impact sur le climat? Non, il y a un impact; compensé ailleurs, certes, mais cet impact existe bel et bien.

Les intentions de La Poste sont louables, et on ne peut que les féliciter d’avoir entrepris la démarche de réduire son impact sur l’environnement. Mais c’est bien de cela qu’il aurait fallu parler: réduire son impact, et non pas le supprimer.

Responsabilité sociale: pas de plan B

En 2007, Marks & Spencer, la fameuse chaîne de magasins britannique, a lancé son programme Plan A . Il s’agit pour M&S d’atteindre 180 engagements d’ici 2015.

J’aime beaucoup le nom de ce programme, Plan A. Pourquoi Plan A? Parce qu’il n’y a pas de plan B.

Il n’y a pas d’autres alternatives que de faire du business de manière responsable.

Projet Office Hours

Chères lectrices, chers lecteurs,

Vous êtes de plus en plus nombreux à consulter ce blog, et j’en suis ravi! Vous êtes également très nombreux à vous y être inscrits, ce qui signifie que vous recevez par mail les nouveaux articles. Une petite communauté de professionnels de la RSE et du développement durable s’est donc créée autour de ce site.

J’ai donc pensé qu’il serait bon de tirer profit de l’expertise de cette communauté. Ceci en donnant la possibilité à tout lecteur, occasionnel ou régulier, de poser une question à l’ensemble des lecteurs de ce blog. Cette question peut porter sur un challenge auquel la personne est confrontée à son travail: comment mettre en place un programme de volontariat d’entreprise? comment convaincre mes supérieurs de l’utilité d’un rapport développement durable? devrions-nous utiliser ISO 26000? etc.

Pour ce faire, il suffira à la personne ayant une question poser de se rendre sur la page Office Hours de ce blog et d’y laisser sa question sous forme de commentaire. Elle pourra également m’adresser un mail. Je créerai un article, lisible par tous, dans lequel j’exposerai le problème. Les autres lecteurs pourront proposer leurs solutions en laissant un commentaire. La personne dont la question aura été posée pourra également donner un feedback, via commentaire ou via un autre article.

Je ne sais pas si cette démarche fonctionnera! Peut-être n’y aura-t-il pas de questions; peut-être n’y aura-t-il pas de réponses. Ou peut-être que cela fonctionnera, car chacun aura envie de contribuer!

Je pense que cela vaut la peine d’essayer, car il serait dommage de ne pas mettre à contribution les nombreux professionnels de la responsabilité sociale et du développement durable qui passent par ici chaque jour!