Interview RSE – Nicole Voillat, Bata

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Source: Bata website

Aujourd’hui, nous rencontrons Nicole Voillat, directrice du développement durable chez Bata. Elle est également en charge de projets communautaires, tels que le Bata Children’s Program. Elle a accepté de répondre à quelques questions, et nous donne des éléments de réflexion sur son travail et la façon dont elle perçoit le domaine de la RSE.

1. Quelles sont les raisons qui vous ont motivée à travailler dans la responsabilité sociale ?
La conviction que les entreprises peuvent être un catalyseur de changement systémique en ces temps troublés .

2. Quel est le plus grand défi auquel vous ayez eu à faire face au cours de votre carrière dans la responsabilité sociale , et comment l’avez-vous relevé ?
Mon plus grand défi est d’avoir affaire à des gens au sein de l’ entreprise dont la vision est uniquement dirigée vers la ligne de résultat et le court terme.
La quasi-totalité d’entre nous se sent en contradiction avec les organisations pour lesquelles nous travaillons, à un moment ou un autre. Je crois que pour réussir, vivre nos valeurs et principes au travail, et faire avancer autant que possible l’agenda du développement durable dans le monde de l’entreprise, vous devez être ce que l’on appelle un « radical modéré ». C’est-à-dire une personne qui marche avec succès sur la corde raide entre la conformité au sein de l’entreprise et l’activisme, conduisant ses programmes vers des fins transformationnelles, avec des moyens croissants. Passion, conviction, patience et courage composent probablement le mélange magique.

3. Quelles sont les principales activités liées à la responsabilité sociale de votre entreprise ?
Nous assurer que nous produisons, nous procurons et éliminons les chaussures en prenant en compte les aspects sociaux et environnementaux. Nous avons donc un programme de développement durable qui vérifie les conditions sociales et environnementales dans nos propres usines ainsi que dans celles de nos fournisseurs, nous dialoguons sur une base régulière avec nos parties prenantes, car nous sommes membres d’un certain nombre d’initiatives multilatérales, et, last but not least, nous nous engageons dans les communautés dans lesquelles nous exerçons nos activités par l’entremise de notre programme Bata Children’s Program en donnant aux enfants vulnérables une longueur d’avance.

4. À votre avis , quel est le plus grand défi en termes de responsabilité sociale pour votre secteur?
Considérant qu’en 2020, nous devrions être autour de 9 milliards de personnes et de plus en plus de gens porteront des chaussures, je crois que le plus grand défi pour l’industrie de fabrication de chaussures sera la production de chaussures avec des matériaux durables qui une fois jetées ne causent aucun préjudice pour l’environnement.

5. Comment la durabilité va se développer au cours des 5 prochaines années?
Il s’agira d’ancrer le développement durable dans tous les domaines des entreprises, et d’évoluer avec nos fournisseurs de la conformité vers un renforcement des capacités.

Merci, Nicole!

Equilibre vie privée-vie professionnelle: 3 axes

BalanceLorsque l’on parle d’équilibrer la vie privée et la vie professionnelle, on a souvent en tête l’idée selon laquelle notre vie professionnelle ne doit pas prendre le pas sur notre vie personnelle. On évoquera alors la possibilité de travailler depuis la maison, celle de ne pas avoir (trop) d’heures supplémentaires, etc. Et il est bien normal que sur un site consacré à la responsabilité sociale des entreprises, l’on parle de ce qu’une entreprise peut faire pour ses employés.

Toutefois, je crois qu’il est important d’établir clairement les choses et de voir cette problématique de « work-life balance » dans son ensemble. Il existe en fait 3 axes selon lesquels il convient de se pencher sur la question.

  1. Le travail interfère avec la vie privée (TIVP). C’est la situation la plus couramment mentionnée: le travail influe négativement la vie privée. Si l’on considère très schématiquement que nous avons à disposition deux ressources – temps et énergie – à allouer à ces deux sphères de notre vie, il s’agit là d’une situation où le travail consomme plus d’énergie et de temps que ce que nous voulons bien mettre à sa disposition. Il en résulte du stress ou de l’insatisfaction vis-à-vis de notre vie privée.
  2. La vie privée interfère avec le travail (VPIT). Même situation que dans le cas TIVP, mais les « rôles » sont inversés. Des problèmes d’ordre personnels influent négativement notre productivité ou notre moral au travail.
  3. Amélioration personnelle/professionnelle (AP). Un axe que l’on a tendance à occulter. L’expérience vécue ou gagnée dans une sphère améliore l’expérience dans l’autre sphère. Il peut s’agir de compétence concrète – une formation professionnelle en gestion de conflits peut être utile pour des conflits familiaux – ou de simples sentiments – une vie privée satisfaisante influera sur votre moral au travail.

De ces axes, nous pouvons « déduire » les grandes lignes d’une stratégie pour toute entreprise désireuse de s’attaquer au problème du work-life balance. Il s’agira tout d’abord de supprimer les situations de type TIVP, pour ensuite établir comme objectif une situation de type AP où ce qui est vécu au travail a une influence positive et utile sur la vie privée et où les compétences acquises dans le cadre privé peuvent être mises en valeur au travail.

Aurais-je oublié un axe? Auriez-vous connu l’une ou l’autre de ces situations, et si oui, comment l’avez-vous gérée?

Les 3 piliers de l’achat responsable

Achats responsablesL’une des façons très concrètes de mettre en œuvre sa responsabilité sociale est de l’intégrer à sa politique d’achats. Ou, si l’on préfère, à ses relations avec ses fournisseurs. On parle alors d’achats responsables (ethical trade, ethical sourcing, etc.). On touche alors souvent aux aspects du travail dont s’occupe l’Organisation International du Travail, tels que: la liberté syndicale, l’abolition du travail forcé et du travail des enfants ou encore l’élimination de la discrimination.

Si la liste des sujets à aborder lorsque l’on parle d’achats responsables peut être très longue – je n’ai pas ici parlé de l’environnement, du packaging, du transport, etc. – on peut se mettre d’accord sur un ensemble de premiers pas à entreprendre pour toute compagnie souhaitant s’engager dans ce domaine. Me basant sur le travail de l’Ethical Trade Initiative, j’ai identifié 3 piliers.

  1. Engagement. Il s’agit vraiment de montrer que l’on considère sérieusement la chose. Combien d’argent dépense-t-on? Existe-t-il un département spécialement dédié aux achats responsables ou tout du moins une vraie collaboration entre le département des achats et celui du développement durable? Quelle est la taille du staff impliqué sur ces questions? Aussi, il s’agit d’intégrer les questions d’achat responsable dans le core business de l’entreprise. Le prix que vous payez aux fournisseurs ou les délais qu’on leur donne sont autant de facteurs qui influeront le recours ou non aux heures supplémentaires effectuées par les travailleurs, ainsi que la probabilité qu’ils touchent un salaire décent.
  2. Actions. Il ne sert à rien d’établir de beaux principes depuis son bureau, si l’on ne va pas vérifier sur place la bonne mise en œuvre de ces principes! Votre entreprise doit mettre sur pied un système d’évaluation des conditions de travail chez vos fournisseurs. Lorsque les problèmes auront été identifiés, vous devrez y remédier, et trouver un accord avec vos fournisseurs sur la meilleure façon de le faire. Vous devrez entre autres envisager de former aussi bien votre propre staff que vos fournisseurs sur ces questions d’achat responsable.
  3. Stakeholders. La communication et la collaboration sont primordiales. La communication doit se faire à l’interne – pour persuader votre staff et vos dirigeants du bien-fondé de la démarche – aussi bien qu’à l’externe – parler de ce que vous faites, et soyez honnêtes à propos des problèmes rencontrés. Enfin, pour que votre impact soit maximum, n’hésitez pas à travailler avec d’autres compagnies, mais aussi avec des ONG ou organisations internationales qui ont le « know-how », l’expérience pratique de ces questions.

En suivant ces quelques recommandations, vous pourrez mettre en place une politique d’achats responsables efficaces, ou améliorer celle qui existe déjà au sein de votre entreprise.

Une responsabilité sociale obligatoire?

Dans le cadre de mon travail de consultant auprès du BIT, je mène actuellement des recherches sur les politiques nationales de RSE dans les pays en développement. Au fil de ces recherches, je peux constater qu’un certain nombre de ces pays (Inde, Indonésie, Île Maurice, etc.) ont promulgué des lois pour rendre la responsabilité sociale – ou les dépenses liées à la RSE – obligatoire. Tout du moins pour certaines catégories d’entreprises.

La question qui se pose est bien sûr: peut-on vraiment rendre la responsabilité sociale obligatoire? Ou plutôt – parce que oui, on peut rendre la RSE obligatoire, il suffit de le faire – peut-on encore parler de RSE si elle devient obligatoire?

L’aspect volontaire de la RSE m’a toujours semblé être un des éléments de définition de la RSE. Mais force est de constater que l’on évolue de plus en plus vers une régulation de celle-ci (en lire plus ici). Ce qui n’est pas une mauvaise chose en soi. Mais je reste dubitatif quant au fait de rendre la RSE obligatoire.

Des suggestions?

Interviews & Job

DIGITAL CAMERAChères lectrices, chers lecteurs,

En cette période estivale, les activités sur ce blog fonctionnent au ralenti, il faut bien le dire! Il n’en reste pas moins que j’ai quelques projets concernant ce blog, et que j’y travaille dans l’ombre (ce qui tombe assez bien…).

C’est donc avec plaisir que je vous annonce d’ores et déjà que je compte lancer une série de petits interviews, qui seront publiés sur ce blog. Le but pour moi est de m’entretenir avec des professionnels de la RSE, pour en savoir plus sur leur travail et leur perception de la responsabilité sociale.

Ma liste d’interviewéEs potentiels est déjà longue, mais toute suggestion est la bienvenue! Les premiers interviews seront publiés début septembre.

A la même période, je serai à la recherche d’un nouveau job, mon contrat avec le BIT arrivant à sa fin. Là aussi, je suis preneur pour toute information!

Très bon été à toutes et à tous!