RSE: 4 étapes de maturité d’un problème

Il y a quelques mois, je parlais des 5 étapes de la responsabilité sociale, telles que présentées par Simon Zadek. Dans ce même article, l’auteur présente également 4 étapes de maturité d’un problème. Il s’agit de l’adaptation d’une échelle créée par Novo Nordisk, la compagnie pharmaceutique, visant à mesurer la maturité d’un problème sociétal et les attentes du public par rapport à celui-ci.

Voici ces 4 étapes, qui devraient permettre à votre compagnie de situer le niveau d’un problème auquel elle pourrait faire face.

  1. Latent. Les activistes et ONG sont conscients du problème. Il y a peu ou pas de preuves scientifiques autour de ce problème. Il est largement ignoré par la communauté des affaires.
  2. Émergent. Il y a une conscience du problème de la part des médias et de la politique. On commence à trouver des données scientifiques y relatives. Les entreprises leaders expérimentent des approches pour traiter le problème.
  3. Consolidé. On commence à trouver des pratiques de business autour de la question. Des initiatives volontaires sont établies à travers les secteurs concernés. Le besoin de légiférer est de plus en plus fort. Des standards volontaires sont développés et des actions collectives sont mises en place.
  4. Institutionnalisé. Des normes – législatives ou relatives au business – sont établies. Les pratiques intégrées font désormais partie du business-model courant.

En fonction de l’étape à laquelle se situe un problème, votre entreprise devra/pourra prendre différentes mesures. Nous verrons dans un prochain article comment l’on peut coupler ces étapes avec celles de la RSE afin d’obtenir un outil de diagnostic intéressant.

 

 

Dicter les règles du jeu: étiquetage environnemental

Il y a quelques temps, j’ai assisté à une conférence sur l’étiquetage et les possibilité offertes en termes de suivi, de transparence, d’éthique ou encore d’empreinte carbone. « Etiquetage environnemental » était le terme exact. C’était bien sûr passionnant! Mon attention a été retenue par une affirmation en particulier. On nous a en effet expliqué que la Migros et la Coop n’étaient pas représentées à cette conférence notamment parce que les deux enseignes ne veulent pas faire un tel étiquetage environnemental. Contrairement à Walmart et son fameux Sustainability Index.

« On ne veut pas faire d’étiquetage environnemental. » Si vraiment c’est ce que disent Migros et Coop, c’est que leurs dirigeants n’ont rien compris.

Il ne s’agit pas de savoir si vous voulez faire ou non de l’étiquetage environnemental.

Il s’agit de savoir si vous voulez dicter les règles du jeu. It’s about business, stupid.

Si vous êtes les premiers en Suisse à faire ça, c’est vous qui allez décider de comment cela doit se faire. Vous allez décider des contraintes. Ces mêmes contraintes qui seront imposées aux autres enseignes qui, sous la pression que vous aurez instaurée, se devront de faire comme vous. Ces autres enseignes à qui l’on demandera « Ils le font, eux, pourquoi pas vous? Qu’avez-vous à vous reprocher? ».

La question n’est pas de savoir si l’étiquetage environnemental vous intéresse. La questions est de savoir si vous êtes un leader. Ou un suiveur.

 

Responsabilité sociale: test de Rorschach ou éléphant?

Quand je dis que je travaille dans la responsabilité sociale, j’ai habituellement droit à deux types de réaction: 1) un « Aahh… » dubitatif ou 2) un « Qu’entendez-vous exactement par là? ».

Dans les deux cas, il est évident que la définition de la RSE est peu claire (dans le meilleur des cas) pour mon interlocuteur. Après quelques explications, certains rapprochent la notion de celle de développement durable, et en tirent la conclusion qu’il s’agit de s’occuper de l’environnement. D’autres s’accrochent au mot « social » et se concentrent donc sur cet aspect. Et je dois avouer qu’il est probable que je n’aie jamais donné exactement la même explication deux fois de suite…

Il faut dire que la notion de responsabilité est un peu comme un test de Rorschach: son interprétation en dit autant sur la personne utilisant le terme – dis-moi ce que tu vois, je te dirai qui tu es – que sur l’idée en elle-même – elle est très floue et donc sujette à interprétation.

Ou peut-être peut-on rapprocher le flou autour de la définition de la RSE de l’histoire des aveugles et de l’éléphant. Vous la connaissez sans doute. Un roi fait réunir tous les aveugles de sa ville et fait venir un éléphant. Il demande alors aux aveugles de décrire l’éléphant. Chacun d’entre eux touchant une partie différente de l’animal, les descriptions varient: « Un éléphant est comme un grand panier d’osier » dit celui qui a touché l’oreille; « Non, on dirait plutôt un balai » répond celui qui a touché le bout de la queue; « Vous vous trompez, c’est une sorte de colonne » rétorque celui qui a touché la patte. Les aveugles n’arrivent pas à se mettre d’accord sur ce qu’est un éléphant, car chacun a un point de vue différent.

Quoi qu’il en soit, la notion de responsabilité sociale de l’entreprise est encore très – trop – large, voire floue. Il y a un vrai besoin de clarifier les choses et d’établir un langage commun.

Excellence durable

Les leaders doivent découvrir la formule pour l’excellence durable. Il n’est pas suffisant de mesurer le succès en termes purement financiers. Les compagnies doivent être excellente afin de relever le challenge de la concurrence, et parce que la durabilité est le challenge du futur, elles doivent se concentrer sur cette durabilité afin d’être excellentes. Celles qui orientent leurs stratégies pour remplir ces conditions vont créer de la valeur pour les investisseurs aussi bien que des solutions aux plus grands défis environnementaux et sociaux du XXIe siècle. C’est là l’essence de l’excellence durable.

On l’aura compris, j’ai commencé la lecture d’un nouveau livre: Sustainable Excellence, d’Aron Cramer et Zachary Karabell. Si cette lecture s’avère intéressante, je ne manquerai pas de la recommander et d’en utiliser les meilleurs passages ici.

 

Distribution des bonus: le cas de Linden Lab

La question de la rémunération, et celle des bonus, est abordée de manière récurrente dans les divers médias. On s’offusque bien sûr de la rémunération démesurée des dirigeants, mais aussi de l’écart entre leurs salaires et ceux des employés « normaux ».  La part du lion revient en général à ceux qui ont les plus gros titres, qui sont le plus haut dans la hiérarchie. Mais sont-ils toujours ceux qui le méritent le plus?

Linden Lab (Second Life) a proposé que ce soit la communauté qui en décide, et non pas un groupe restreint ou les « big boss » de la compagnie.

Chaque trimestre, tous les collaborateurs reçoivent une part égale du bénéfice de Linden. L’argent arrive avec un seul mot d’ordre: vous ne pouvez pas le garder pour vous. Vous devez utiliser le « Rewarder » (un logiciel créé spécialement à cet effet) pour redistribuer cet argent à ceux qui – selon vous – ont le plus contribué à la réussite de l’entreprise.

Bien sûr, certains ont sans doute utilisé cet outil pour récompenser leurs amis, indépendamment de leur performance. Mais la plupart des gens ont tendance à faire le bon choix car cet outil leur donne le pouvoir d’orienter l’entreprise dans la bonne direction.

Ce « Rewarder » permet de décentraliser le problème du choix de l’allocation des bonus. Ici, pas de managers qui se réunissent pour essayer de récompenser leur employé favori. Au contraire, ce sont tous les employés qui participent à cette décision; qui non seulement leur paraîtra plus équitable, mais qui aussi leur donnera le sentiment de vraiment avoir des responsabilité dans la conduite de l’entreprise.

Les informations utilisées pour cet article ont été trouvée dans l’excellent The Responsibility Revolution, J. Hollender.