Meilleurs voeux!

Green christmas

Chères lectrices, chers lecteurs,

Cet article est le dernier à être publié en 2013. Cette année a été pleine d’enseignements pour moi, avec des expériences professionnelles nouvelles, de nouvelles rencontres « thought-provoking » et de beaux projets initialisés.

2014 s’annonce tout autant passionnante! Un nouveau projet professionnel se dessine, et je me ferai un plaisir de vous en dire plus ici, car il est toujours lié à la responsabilité sociale. Le blog ne sera pas en reste. J’ai toujours autant de plaisir à écrire ici et je me réjouis de lancer une 4 année d’articles, d’interviews et surtout d’échanges avec vous!

Je profite de ce messages pour vous souhaiter à toutes et à tous de belles fêtes de fin d’année et vous remercier pour votre fidélité!

Pourquoi écrire un rapport développement durable?

De mon expérience dans le domaine du reporting développement durable, j’ai pu remarquer que les motivations derrière un processus de reporting pouvaient être diverses, aussi bien du point de vue du client qui cherche à publier un tel rapport, que de celui du consultant qui va l’aider à le faire. Il m’a en effet semblé que ces motivations pouvaient être:

  • Technique et compliance. La motivation est ici d’être en ordre avec les exigences légales et/ou de ses stakeholders, mais aussi d’obtenir une certification (GRI, par exemple). On cherchera alors à renseigner des indicateurs et fournir les informations demandées par les lignes directrices choisies.
  • Stratégie. On cherche ici à utiliser le rapport à des fins stratégiques: sur la base de celui-ci, vous allez pouvoir définir des objectifs à court, moyen, et long terme, ainsi qu’identifier des faiblesses et opportunités. On va plutôt viser à établir des domaines clés et se concentrer sur ceux-ci.
  • Être lu. C’est tout de même le but d’un rapport… Cela vous permettra de donner de la visibilité au bon travail que vous réalisez.

La question que j’aimerais poser ici est la suivante: ces motivations doivent-elles être perçues comme des finalités ou comme des portes d’entrée?Multiple roads

Ce que je veux dire par là, c’est que si votre motivation est la compliance en vue d’obtenir une certification GRI et que vous la prenez comme une finalité, votre focus sera sur la compliance et rien d’autre. D’un autre côté, si vous utilisez la compliance comme l’initiatrice de votre démarche, vous laisserez la porte ouverte aux autres motivations qui pourront venir se greffer sur la première.

Ainsi, si votre objectif premier était de faire un reporting en accord avec les lignes directrices de la GRI, vous pourriez réaliser que les indicateurs que vous avez renseignés constituent une bonne base pour établir une stratégie de RSE. De même, vous pourriez être rapidement tenté de donner un aspect plus « sexy » à votre rapport afin qu’il soit lu par le plus grand nombre de vos stakeholders.

Pourquoi travailler dans la RSE?

WhyDans un précédent article, nous avions eu une discussion passionnante sur l’éthique des professionnels de la RSE. Nombreux sont ceux – sur le blog ou ailleurs – qui m’ont parlé du syndrome du cordonnier (qui est le plus mal chaussé) pour illustrer son point de vue sur la question.

J’aimerais poursuivre cette réflexion en posant une question qu’il aurait peut-être fallu poser avant celle de l’éthique, ou qui est plutôt parallèle à celle-ci, celle de savoir pourquoi nous travaillons dans la RSE. Nos motivations peuvent différer. Ou plutôt les motivations des autres, car les nôtres sont forcément nobles et justifiées!

  • Parce que l’on veut faire une différence. C’est the right thing to do pour changer et sauver le monde. Et l’on veut être de ceux qui œuvrent dans le bon sens.
  • Par opportunisme. La RSE, c’est à la mode et relativement nouveau; il y a donc moyen de percer dans ce domaine.
  • Par défaut. Ca ou autre chose, c’est une façon de gagner sa vie. Ce n’est pas vraiment un choix, et ce n’est peut-être qu’une phase dans une carrière.

Je sais que je le fais parce que j’y crois, et que je crois qu’il faut faire quelque chose pour repenser notre rapport non seulement au business, mais aussi à notre environnement dans sa globalité. Mais il y a aussi un peu de « je ne sais rien faire d’autre » qui entre en jeu, consciemment ou inconsciemment!

Et vous, quelle sont les motivations qui vous ont poussé ou qui vous poussent à travailler dans ce domaine?

Pourquoi sommes-nous malhonnêtes?

Comme évoqué dans un article précédent, je m’intéresse actuellement à ce qui fait que nous trichons, mentons, fraudons sur notre lieu de travail. J’ai suivi diverses pistes, dont principalement le livre The (Honest) Truth About Dishonesty; un ouvrage écrit par Dan Ariely.

L’auteur y présente de nombreux éléments intéressants, mais j’aimerais m’attarder sur un point, qui est le premier abordé dans le livre. Il est question des raisons qui nous poussent à adopter un comportement malhonnête. L’auteur introduit deux théories à ce sujet. La première est en fait un modèle typique de ceux que mettent au point les économistes: le SMORC. Le Simple Model of Rational Crime nous dit qu’à tout moment nous effectuons une analyse bénéfices vs coûts et que cette analyse va nous pousser à commettre ou non un acte répréhensible. Plus en détails, nous mettons en balance d’un côté les bénéfices que nous pouvons retirer d’une action malhonnête et de l’autre la probabilité que nous avons de nous faire attraper ainsi que la lourdeur de la sanction. Si les bénéfices nous paraissent plus importants, nous allons alors commettre cet acte répréhensible.Madoff

Bien sûr, comme beaucoup de modèles du genre, tout cela est réducteur. Voire même faux dans de nombreuses circonstances. Si le SMORC était vraiment valable, il y aurait beaucoup plus de comportements malhonnêtes. Nous sommes aussi gouvernés par un certain nombre de valeurs qui font que nous ne succombons pas à la moindre occasion de tricher, mentir, ou voler.

La seconde théorie présentée par Dan Ariely est à mon sens plus intéressante. Ce qu’il appelle la « Fudge Factor Theory » met l’accent sur le processus de rationalisation de nos actes. C’est-à-dire que si nous arrivons à rationaliser, à justifier notre comportement, il nous paraîtra acceptable de tricher, mentir, voler, jusqu’à un certain point. Cela nous permet de faire avec deux motivations intrinsèques et opposées, à savoir notre désir de profiter de nos actes répréhensibles et celui de pouvoir nous considérer comme de « bonnes » personnes.

Mon sentiment est qu’au sein du monde des entreprises, nous nous appuyons encore trop sur le modèle du SMORC: d’un côté nous mettons en place des systèmes de sanction et de surveillance (le coût augmente), mais de l’autre côté nous avons des systèmes de bonus qui incitent à performer – à n’importe quel prix – pour obtenir des bénéfices toujours plus grand. On est dans un système de carotte et de bâton qui me semble dépassé.

Ne faudrait-il pas se concentrer sur les éléments de la Fudge Factor Theory, afin de réduire la fréquence et la portée des comportements malhonnêtes? Comment faire en sorte que les employés d’une entreprise n’aient pas cette opportunité de rationaliser un éventuel vol, une éventuelle tricherie? Il est sûr qu’un salaire « fair » évitera une justification du type « Je ne suis pas payé à ma juste valeur, je peux donc me permettre de… », mais je suis persuadé qu’il y a d’autres facteurs à prendre en compte.

Des suggestions?

Comment changer les comportements des consommateurs?

Business Case BuilderLorsque BSR et Futerra s’unissent pour mener une recherche et proposer un outil, il est difficile de ne pas en parler sur ce blog. Les deux organisations ont en effet créé le Business Case Builder. Il s’agit d’un outil censé aider à établir le business case (on s’en doutait) dans le domaine du changement de comportement des consommateurs.

Changer le comportement des consommateurs est un terrain miné, rarement exploré par les entreprises. Il faut dire que les impacts sont difficilement mesurables, et qu’ils s’inscrivent sur le long terme. Ou alors, au contraire, les entreprises pensent que cela n’a rien de compliqué, mais elles ne se sont pas véritablement posé la question de savoir si cela était crucial pour leur stratégie. Futerra et BSR ont toutefois décidé de se pencher sur le sujet, et leur enquête a débouché sur la création de cet outil qu’est le Business Case Builder. 6 étapes sont identifiées pour la construction de ce business case.

  1. Identifier le bon comportement. Quel est le domaine du comportement de vos consommateurs qui a le plus d’impact? Pour l’instant, 4 domaines ont été mis en avant: déchets et ressources, énergie et eau, vie saine, produits durable. A vous d’établir quel comportement vous devez viser.
  2. Cibler la création de valeur. Votre business case doit montrer que le changement de comportement que vous visez s’ajuste stratégiquement au type de valeur que votre entreprise crée et priorise.
  3. Choisir la bonne tactique. Comment allez-vous changer ce ou ces comportements? La tactique que vous adopterez peut aller de la création d’un nouveau produit à la campagne comportementale, en passant par le lobbying.
  4. Consulter les études de cas. BSR et Futerra proposent plusieurs études de cas, en fonction de la tactique adoptée.
  5. Créer de la valeur pour les consommateurs. Il faut que les consommateurs aient un « retour sur effort ». Soyez clairs sur les bénéfices que vous allez leur offrir.
  6. Célébrer! Ou plutôt, partagez votre expérience afin de faire avancer la réflexion sur le domaine.

Sans l’avoir testé concrètement, je pense que ce Business Case Builder est un très bon outil, qui oriente les choix là où ils doivent être orientés. Surtout, il ouvre la porte à la réflexion sur la possibilité pour les entreprises d’avoir un véritable impact sur le comportement de ses consommateurs.