Les 5 étapes de la responsabilité sociale

S’il est un élément théorique lié à la RSE que je me dois de présenter ici, c’est bien les 5 étapes de la responsabilité sociale de Simon Zadek. Selon lui, lorsque les entreprises développent leur « rapport » à la responsabilité sociale, elles traversent 5 étapes.

  1. Étape défensive. L’entreprise nie les liens entre ses pratiques et les dégâts subis par l’environnement ou la société, voire l’existence même de ces dégâts.
  2. Étape de la conformité. La compagnie met en place des politiques qui la rendent conforme à la loi. A ce niveau, c’est la réputation de l’entreprise que l’on tente de préserver.
  3. Étape managériale. On donne des responsabilités aux managers pour gérer tout ce qui a trait à la RSE. On commence également à mesurer les impacts de l’entreprise sur l’environnement et ses stakeholders, et vice-versa.
  4. Étape stratégique. La RSE est intégrée à la stratégie de l’entreprise. Celle-ci aligne son business model avec les attentes sociales, et intègre les aspects sociaux et environnementaux à son core business et à sa prise de décision.
  5. Étape civile. La compagnie encourage ses concurrents et les stakeholders de son secteur à élever leurs standards en matière de RSE.

Il est à noter bien sûr qu’une entreprise peut se trouver à différents niveaux au même moment: au niveau de ses relations avec les fournisseurs, elle se trouve peut-être à l’étape de la conformité, alors qu’en ce qui concerne le marketing, elle est à l’étape managériale, par exemple.

Je trouve particulièrement intéressant le passage de la 4e à la 5e étape. En effet, si une entreprise est pionnière en matière de RSE, elle peut bénéficier de nombreux avantages (réputation, réduction de certains coûts, etc.), mais elle est aussi exposée à des coûts supplémentaires: si elle s’assure de traiter avec des fournisseurs ayant de hauts standards en matière de respect des Droits de l’Homme, il est probable qu’elle ait à les payer plus. Le passage à l’étape civile fait que l’entreprise va devenir militante afin d’élever les standards en matière de RSE dans son secteur, mais aussi afin de ne plus être la seule à supporter ces coûts supplémentaires.

Penser sur 7 générations

Chez les Iroquois, une loi dit que lorsque les hommes se réunissent pour prendre des décisions importantes, l’un d’entre eux doit prendre le rôle de la 7e génération future. « Dans chaque délibération, nous devons prendre en compte l’impact sur la 7e génération. »

Si l’on considère qu’une génération s’étend sur 25 ans, cela revient à dire qu’il faut se projeter 175 ans dans le futur, pour mesurer pleinement les conséquences des décisions prises aujourd’hui. Nous qui avons déjà tant de mal à penser à ce qui peut se passer dans 3-4 ans…

Sans nécessairement prendre ce concept à la lettre, ne serait-il pas judicieux de – lors des réunions stratégiques de l’entreprise – nommer une personne devant être le représentant des générations à venir?

Travail, loisirs, famille

Dans son livre Let my people go surfing, Yvon Chouinard – fondateur de Patagonia – explique comment sa compagnie a grandi. Mais il explique aussi tout ce qu’il ne voulait pas changer, tout ce qui devait rester pareil, quelle que soit la taille de son entreprise. Voici – traduits librement – les 5 éléments qu’il estime primordiaux.

  1. Le travail doit être agréable chaque jour.
  2. Nous devons venir au travail en étant motivé.
  3. Nous avons besoin d’être entourés d’amis qui peuvent s’habiller comme ils le souhaitent, et même être pieds nus.
  4. Nous avons besoin d’avoir un emploi du temps flexible, pour pouvoir aller surfer lorsque les vagues sont bonnes, skier après une tempête de neige, ou rester à la maison pour s’occuper d’un enfant malade.
  5. Nous avons besoin de brouiller la distinction entre travail, loisir et famille.

Ces principes seraient à la base de bonnes conditions de travail. J’avoue être d’accord avec chacun d’entre eux, même si je suis peut-être plus nuancé sur le 5e. En effet, ne pas faire la distinction entre travail, loisir et famille peut être une bonne chose dans le sens où il est important de faire en sorte que les employés se sentent chez eux au travail, mais je crois qu’il est important de permettre à ces mêmes employés d’avoir des moments où ils ne pensent plus au travail. Ce 5e principe doit donc être appliqué avec discernement.

Philanthropie d’entreprise vs. RSE

Quelques précisions se doivent d’être faites concernant la distinction qu’il convient de faire entre RSE et philanthropie. En effet, les deux notions, si elles paraissent pourtant bien distinctes, sont souvent confondues. On distinguera ici philanthropie et RSE sur deux points principaux.

Le premier de ces points est que la responsabilité sociale de l’entreprise est « avant le profit ». Cette notion, développée par Kang et Wood, signifie que la responsabilité sociale de l’entreprise est détachée du fait que l’entreprise fasse ou non du profit. On sait par exemple que le pour-cent culturel Migros est calcul sur la base du chiffre d’affaire, et non du profit, de façon à ce qu’il soit versé « même en cas de résultats moins réjouissants du commerce de détail. »  Il est important de faire cette précision, tant il est vrai que trop souvent on pense que la RSE est « après le profit », c’est-à-dire qu’une entreprise n’aurait à se comporter de manière responsable que dans le cas où elle génère du bénéfice. Si l’on prend cette réflexion au pied de la lettre, on serait amené à tolérer qu’une entreprise, si elle a des problèmes financiers, pourrait avoir recours au travail des enfants ou polluer son environnement ! Il est bien évident que ça n’est pas le cas, et que c’est en cela que la RSE doit être considérée comme « avant le profit », ce qui n’est pas nécessairement vrai pour la philanthropie d’entreprise qui est souvent liée aux résultats de l’entreprise.

Le deuxième point sur lequel philanthropie d’entreprise et RSE diffèrent est le fait que cette dernière est durable et non la philanthropie. La philanthropie est en effet le plus souvent liée au bon vouloir du ou des dirigeants d’une entreprise. De plus, et on rejoint là la remarque précédente, si l’entreprise connaît des problèmes financiers, il y a fort à parier qu’elle cessera ses activités philanthropiques. Et cela peut avoir des conséquences catastrophiques sur les projets supportés jusqu’alors. En revanche, la RSE, dans la mesure où elle est intégrée à la façon dont une compagnie fait des affaires et qu’elle contribue au résultat de la compagnie, peut être considérée comme durable. Dans ce sens, on peut citer à nouveau le pour-cent culturel Migros à propos duquel il est affirmé : « Outre la réussite commerciale, il s’agit là d’un objectif d’entreprise équivalent aux autres buts de Migros. » , ce qui rejoint les remarques faites plus haut, selon lesquelles la RSE doit être considérée comme un investissement et non un coût.

4 hypothèses erronées en RSE

Si votre entreprise se veut socialement responsable, vous pourriez – malgré tout – recevoir un certain nombre de critiques de la part de vos stakeholders. Et ces critiques pourraient vous paraître injustes ou se basant sur des informations incomplètes. Vous pourriez en arriver à vous dire:

  1. « Je ne peux pas croire qu’ils nous attaquent encore pour ces dommages environnementaux. Ce problème est de la responsabilité de l’ancien management, et nous avons travaillé dur pour réparer ce problème. » Hypothèse erronée: que vous avez le bénéfice du doute sous prétexte que vous êtes une nouvelle équipe de management. En réalité, vos stakeholders n’en ont rien à faire; vous êtes toujours la compagnie qui pollue.
  2. « Laissez-nous tranquille! Qu’est-ce que le SIDA a à voir avec nous? C’est une tragédie, certes, mais manifestement pas de notre faute. Nous faisons de généreuses donations à des associations de lutte contre cette maladie, et avons mis sur place des programmes de prévention pour nos employés. Qu’est-ce qu’ils attendent de plus?! » Hypothèse erronée: que les intérêts de votre business commencent et finissent avec vos employés, et ne s’étend pas à leurs familles, vos clients, et la communauté dans laquelle vous opérez.
  3. « Bien sûr, nos résultats en matière de santé et sécurité ne sont pas incroyables. Mais ils sont mieux que l’année passée, et que l’année précédente. Est-ce que l’on n’a pas un peu de crédit pour l’amélioration? » Hypothèse erronée: que vous devriez obtenir un 10/10 parce que vous vous êtes améliorés. Dans la RSE, seule l’excellence permet d’obtenir un 10/10. Et si d’autres compagnies, spécialement vos concurrents, performent mieux, pourquoi pas vous?
  4. « Ok, l’un de nos fournisseurs a recours au travail des enfants. Nous avons un code de conduite que nos fournisseurs sont supposés appliquer; on ne peut pas les contrôler. » Hypothèse erronée: que vos fournisseurs sont une entité séparée de vous et qu’ils opèrent selon des standards différents. En fait, vos fournisseurs travaillent pour vous; leur gagne-pain dépend de leur capacité à répondre à des conditions que vous leur imposez. Par exemple la qualité des biens, le respect des délais, le prix, etc. Vous pouvez aussi renforcer des conditions strictes sur le travail des enfants.
Source, p.178