Investissement socialement responsable, travail décent et fonds de pension

ISR travail décentIl y a quelques semaines, est paru le document de travail Socially responsible investment, decent work and pension funds. Concepts and international experiences.

Ce document de 30 pages a été réalisé par mes soins – avec mon superviseur – l’année passée, dans le cadre de mon travail avec le Bureau International du Travail. Ce devait être au départ un ensemble de concepts permettant de soutenir des discussions autour de la question. Le papier ayant été apprécié, il a été décidé qu’il serait publié.

Vous pouvez trouver la version anglaise ici. Si vous désirez une version papier, vous pouvez sans autres contacter le BIT, ou alors passer par moi. Je m’apprête à travailler sur la version française, dont je ne manquerai pas de parler lorsqu’elle sera disponible.

Si vous le lisez – ne serait-ce que l’introduction et la conclusion – je serais heureux d’avoir vos commentaires!

Publicités

Quelques lectures

Je me permets une petite digression en ce vendredi après-midi pour vous présenter quelques livres que j’ai lu/que je suis en train de lire/que je m’apprête à lire:

Si j’en parle ici, c’est que le point commun de tous ces livres est de présenter les choses sous un angle différent de dont on a l’habitude. « Out of the box » pourrait-on dire.

Et je suis persuadé que lorsque l’on travaille dans le domaine de la RSE, il faut avoir cette capacité à voir les choses différemment: repenser les business models, trouver des solutions innovantes à des problèmes toujours plus complexes, ou encore savoir stimuler ses collègues et/ou ses clients.

Au fait, en utilisant le matériel représenté sur l’image (bougie, allumettes, boîte de punaises), comment feriez-vous pour faire tenir la bougie – allumée – contre le mur de façon à ce que la cire ne coule pas sur la table?

Consommation durable: créer la demande

Il y a quelques semaines, Forum for the Future a publié un rapport intitulé « Consumer Futures 2020 ». On l’aura compris, ce rapport porte sur la consommation de produit dits « durables », et sur la consommation durable en elle-même. Parmi les divers arguments de ce rapport, les auteurs avancent notamment qu’il ne faut pas seulement se concentrer sur la réponse à la demande de produits durables, mais plutôt sur la création d’une telle demande:

Retail businesses are used to responding to consumer demand, or ‘pull’ – it is their principal business driver – but this will not deliver the radical changes we need to create a prosperous, resource-efficient world. Most consumers don’t have enough information, opportunity or motivation to make sustainable choices about how they buy and use products, so ‘green’ or ‘sustainable’ consumption is still niche and companies make only incremental improvements. Leading brands need to take the initiative and work together to stimulate consumer pull on sustainability and make ‘sustainable consumption’ mainstream.

Il est intéressant de noter les 3 points soulevés pour justifier le fait que les consommateurs ne (se) soient pas encore orientés dans cette direction:

  1. Manque d’information. Les consommateurs ne savent pas vraiment ce qui est durable.
  2. Manque d’opportunité. Les consommateurs n’ont pas la possibilité de « consommer durable ».
  3. Manque de motivation. Les consommateurs ne sont pas suffisamment incités.

Autant de questions que devrait se poser toute entreprise au moment de lancer un produit durable sur le marché: mes clients connaissent-ils mon produit? ont-ils la possibilité de le trouver facilement? ont-ils intérêt à acheter mon produit plutôt qu’un autre, non-durable?

Si la réponse est « oui » aux trois questions, alors il y a fort à parier que le produit rencontrera un vrai succès.

Excellence durable

Les leaders doivent découvrir la formule pour l’excellence durable. Il n’est pas suffisant de mesurer le succès en termes purement financiers. Les compagnies doivent être excellente afin de relever le challenge de la concurrence, et parce que la durabilité est le challenge du futur, elles doivent se concentrer sur cette durabilité afin d’être excellentes. Celles qui orientent leurs stratégies pour remplir ces conditions vont créer de la valeur pour les investisseurs aussi bien que des solutions aux plus grands défis environnementaux et sociaux du XXIe siècle. C’est là l’essence de l’excellence durable.

On l’aura compris, j’ai commencé la lecture d’un nouveau livre: Sustainable Excellence, d’Aron Cramer et Zachary Karabell. Si cette lecture s’avère intéressante, je ne manquerai pas de la recommander et d’en utiliser les meilleurs passages ici.

 

Comment Sir Alex Ferguson implémenterait votre stratégie RSE

En cette journée de finale de Ligue des Champions, je ne peux m’empêcher de reprendre et traduire ici un article que j’ai particulièrement apprécié lorsque je l’ai lu il y a quelques mois. Il a été écrit par Ben Kellard, et on trouve la version originale ici. La traduction implique la perte de nombreuses subtilités et jeux de mots entre le monde du football et celui du business, malheureusement!

Aux prises avec la mise en œuvre d’un projet ou une stratégie de durabilité? Ces quatre étapes sont celles que Sir Alex Ferguson pourrait suggérer, basées sur son expérience de la compétition impitoyable qui est celle du football.

Certes, vous ne pouvez pas surveiller vos concurrents pendant 90 minutes chaque semaine comme Manchester United. Mais vos adversaires seront tout aussi déterminé à vous surpasser, et l’amélioration de la durabilité est un moyen essentiel de se différencier.

Comment aller plus vite et plus loin que vos adversaires?

1. Identifier les joueurs clés

En supposant que vous ayez une stratégie ou projet approuvé, qui sont vos Rooney et Ferdinand? Qui va faire ou défaire la performance et vers qui se tournent les autres lorsqu’ils recherchent du leadership? Dans les organisations, ce sont souvent les cadres moyens influents et les cadres supérieurs qui déterminent le succès d’une stratégie. Il est donc essentiel que vous sachiez qui ils sont.

2. Mettez-vous d’accord sur la tactique

Jouez-vous un 4-4-2 basé sur les longs ballons ou un 3-5-2 basé sur la possession? Faites participer vos joueurs clés pour décider de la tactique que vous allez utiliser afin de réaliser la stratégie. En faisant cela, vous bénéficiez de leur expérience et de leur perspicacité, et vous vous assurez qu’ils sont déterminés à appliquer la tactique.

De nombreuses organisations tombent dans le piège de passer des objectifs stratégiques directement à la mise en œuvre de projets spécifiques ou d’initiatives sans se prononcer sur la meilleure approche tactique. Par exemple, vous pouvez avoir pour objectif stratégique de devenir neutre en carbone, mais comment allez-vous faire? Est-ce que vous vous concentrez sur l’efficacité énergétique, les énergies renouvelables, de compensation ou une combinaison des trois? Chacune d’elles est un choix tactique. Vous devez choisir vos tactiques avant de pouvoir passer à la mise en œuvre – sinon vous risquez de créer de la confusion et la frustration.

3. Gardez la gestion à vos côtés

Donc, vous avez convenu avec vos joueurs clés de ce que vous allez faire. Vous avez maintenant besoin de garder la gestion – ou l’équipe de direction à vos côtés. Souvent, cela signifie tout simplement les mettre à jour sur votre plan et de leur donner l’occasion de contribuer avant de le mettre en action. Cela permettra d’assurer que les cadres peuvent voir comment votre plan appuiera les objectifs de l’organisation.

Si vos cadres savent que vous avez consulté leurs managers influents, ils seront beaucoup plus confiant quant à la réussite de votre projet. Leur autorisation donnera également confiance à ceux qui implémentent le plan.

4. Jouez, adaptez, mesurez

Maintenant, vous êtes prêt à jouer le match. Lorsque vous y serez, n’oubliez pas de vous regrouper de temps en temps pour savoir comment ça se passe et apporter les modifications nécessaires.

La durabilité est susceptible de remettre en question votre organisation sous un nouvel angle, alors donnez-vous l’opportunité de vous y attaquer. Choisissez les bonnes statistiques de match pour savoir si vous êtes sur la bonne voie et utilisez-les pour vérifier vos progrès.

C’est aussi l’occasion de faire participer l’ensemble de l’équipe en leur donnant des rôles et la liberté pour contribuer. Vous pourrez engager encore plus d’employés en célébrant le succès lorsque finalement vous ferez trembler les filets!

Responsabilité sociale en Suisse: une dichotomie

Il y a quelques mois, j’avais été interviewé par Chris Milton, pour lui donner mon avis sur le développement de la responsabilité sociale en Suisse. L’article a été publié ici.

Je n’avais rien révélé d’incroyable, il faut bien le dire. Mais j’avais tout de même soulevé un point: celui de l’ambivalente attitude de la Suisse par rapport à ces questions de RSE. En effet, selon moi, la Suisse est à la fois très concernée et sensible aux problématiques environnementales. Il est vrai que la nature a une grande place dans notre patrimoine! Et dans notre économie également: le tourisme est un secteur fondamental dans notre pays.

D’un autre côté, il me semble qu’il existe une tradition du secret – qu’il soit bancaire ou autre – qui empêche notre pays d’atteindre le niveau de transparence que l’on est en droit d’attendre lorsque l’on parle de responsabilité sociale. Le reporting RSE est par exemple méconnu et mal perçu.

Je voulais en parler ici, et connaître l’avis des lecteurs. Percevez-vous aussi cette dualité? Ou me serais-je trompé dans cette courte analyse?

Qui sont vos clients?

On trouve à la fin de Strategies for Green Economies, Joel Makower, une étude menée aux Etats-Unis, « The Ecological Roadmap ». Sans entrer dans les détails, je voulais simplement présenter les 10 profils ou segments que cette étude a mis en avant, parmi le public américain.

On trouve tout d’abord 3 groupes les plus « environmentally friendly ».

  1. Greenest Americans: ils veulent la protection de la biodiversité et des endroits encore sauvages; ils sont les plus actifs politiquement.
  2. Postmodern Idealists: pour eux, la protection environnementale consiste à vivre de manière « verte » et créer des villes sans voitures et consommant peu d’énergies.
  3. Compassionate Caretakers: le plus grand groupe en terme de %; ils se concentrent principalement sur des questions liées à la communauté locale, car ils veulent des espaces propres et sains pour la famille et la communauté.

Les 3 groupes intermédiaires ne passent pas beaucoup de temps à se préoccuper de l’environnement, mais ils ne sont pas nécessairement opposés à sa protection.

  1. Proud Tradionalists: ils croient en la responsabilité et aux devoirs, mais leur vision selon laquelle les humains dominent la nature les met souvent en porte-à-faux avec les notions impliquant que toutes les espèces sont importants et méritent protection.
  2. Driven Independents: principalement soucieux d’eux-mêmes, et ne s’intéressent à l’environnement que si cela contribue à leur prospérité.
  3. Murky Middles: n’ont pas de valeurs fortes et se contentent de suivre.

Enfin, les 4 derniers groupes sont plutôt préoccupés par des problématiques « au jour le jour », ce qui ne favorise pas l’intérêt pour les questions environnementales.

  1. Ungreens: ils voient les environnementalistes comme des extrémistes, et la dégradation environnementale comme inévitable si l’on garder notre style de vie (« American lifestyle » dans le texte).
  2. Antiauthoritarian Materialists: le groupe le plus jeune, selon lesquels la vie a peu de sens et vivent pour eux-mêmes.
  3. Borderline Fatalists: groupe jeune également, qui peuvent se soucier de l’environnement, mais ne savent pas comment faire la différence.
  4. Cruel Worlders: ils sont les oubliés de la société (« left out of the American dream ») et sont amers à ce propos, ils ne se préoccupent simplement pas de l’environnement.

Intéressant, non? Il faut encore savoir que les 3 premiers groupes représentent 36% de l’échantillon, les 3 suivants 44% et les 4 derniers représentent 21%.

Ces informations peuvent être utiles au moment de lancer un nouveau produit. Vos clients vont-ils l’adopter? Seront-ils sensibles à ses arguments éthiques, responsables, « verts »? Est-il nécessaire de les « éduquer » auparavant? Autant de questions auxquelles on peut trouver des réponses si vous connaissez vos clients.