Civil-Learning Tool: votre entreprise est-elle suffisamment responsable?

Dans mon dernier article, je présentais les 4 étapes de maturité d’un problème. Article à lire accompagné de celui sur les 5 étapes de la responsabilité sociale. Ces deux outils sont tirés de The Path to Corporate Responsibility, de Simon Zadek.

Les présentations étant faites, nous pouvons nous pencher sur le « Civil-Learning Tool ». Cet outil se base sur les deux précédemment cités, et est toujours tiré du même article. On peut le voir ci-dessus sous la forme d’un graphique. Sur l’axe vertical (c’est l’ordonnée ou l’abscisse, je ne suis plus très sûr…), on peut voir les 5 étapes de la responsabilité sociale. Sur l’axe horizontal (c’est l’abscisse ou l’ordonnée, je ne suis plus très sûr…), on lit les 4 étapes de maturité du problème. On peut voir également que l’aire du graphique se partage en deux zones: une zone claire d’opportunité et une zone plus foncée dites « risquée ».

En quoi consiste cet outil? C’est relativement simple. Imaginons une entreprise confrontée à un problème, comme par exemple l’importante empreinte carbone de ses fournisseurs. On peut estimer que la maturité de ce problème conduit à le situer au niveau « consolidé ». Il existe des pratiques et initiatives volontaires autour de cette question.

L’entreprise, de son côté, considère que cette empreinte carbone ne la concerne pas: c’est celle de ses fournisseurs pas la sienne. C’est la réponse officielle lorsque des journalistes ou les ONG viennent lui parler de cette question. On peut donc dire que l’entreprise se trouve à l’étape « défensive » en matière de RSE.

Partant de ces constats, il ne reste plus qu’à marquer d’une croix l’intersection de ces deux étapes sur le Civil-Learning Tool. En fonction de la position de cette croix, l’entreprise risque plus ou moins de problèmes; ou peut profiter de certaines opportunités. En l’occurence, notre entreprise se trouverait en pleine « Risky Red Zone », donc avec passablement d’ennuis en perspective! En d’autre termes, on peut dire que le développement organisationnel de notre entreprise est très en retard par rapport au niveau de conscience existant autour du problème de l’empreinte carbone des fournisseurs.

Le Civil-Learning Tool est donc un outil de diagnostic très simple, mais que je trouve particulièrement efficace. Il est d’autant plus efficace si l’on ne s’en sert pas que pour diagnostiquer. Qu’est-ce qui vous empêche de l’utiliser pour anticiper les problèmes à venir? Rien de tel pour prendre un peu d’avance sur ses concurrents que d’anticiper le développement d’un problème et de prendre les mesures nécessaires afin de profiter de nouvelles opportunités.

RSE: 4 étapes de maturité d’un problème

Il y a quelques mois, je parlais des 5 étapes de la responsabilité sociale, telles que présentées par Simon Zadek. Dans ce même article, l’auteur présente également 4 étapes de maturité d’un problème. Il s’agit de l’adaptation d’une échelle créée par Novo Nordisk, la compagnie pharmaceutique, visant à mesurer la maturité d’un problème sociétal et les attentes du public par rapport à celui-ci.

Voici ces 4 étapes, qui devraient permettre à votre compagnie de situer le niveau d’un problème auquel elle pourrait faire face.

  1. Latent. Les activistes et ONG sont conscients du problème. Il y a peu ou pas de preuves scientifiques autour de ce problème. Il est largement ignoré par la communauté des affaires.
  2. Émergent. Il y a une conscience du problème de la part des médias et de la politique. On commence à trouver des données scientifiques y relatives. Les entreprises leaders expérimentent des approches pour traiter le problème.
  3. Consolidé. On commence à trouver des pratiques de business autour de la question. Des initiatives volontaires sont établies à travers les secteurs concernés. Le besoin de légiférer est de plus en plus fort. Des standards volontaires sont développés et des actions collectives sont mises en place.
  4. Institutionnalisé. Des normes – législatives ou relatives au business – sont établies. Les pratiques intégrées font désormais partie du business-model courant.

En fonction de l’étape à laquelle se situe un problème, votre entreprise devra/pourra prendre différentes mesures. Nous verrons dans un prochain article comment l’on peut coupler ces étapes avec celles de la RSE afin d’obtenir un outil de diagnostic intéressant.

 

 

Parlez de vos fournisseurs!

Je suis récemment allé manger des Burgers au Holy Cow, à Lausanne. Outre le fait qu’ils étaient excellents, j’ai été frappé par les photos que l’on trouve un peu partout dans leurs locaux, telles que celle que j’affiche ici.

Cette simple photo nous enseigne 3 leçons en matière de transparence sur les fournisseurs:

  1. Donnez un nom et un visage à vos fournisseurs. Rendez-les humains, vous travaillez avec eux et leur accordez votre confiance. Si vous faites du business avec eux, c’est parce que vous le voulez, et parce qu’ils le veulent. Ils vous fournissent des produits de qualité, vous pouvez donc parler d’eux à vos stakeholders!
  2. Soyez fiers de vos fournisseurs. Vous n’avez pas à avoir honte d’eux, n’est-ce pas? Si vous hésitez à en parler, c’est qu’il y a quelque chose qui cloche. Il faut alors sérieusement envisager d’en changer!
  3. Parlez de vos fournisseurs là où vous serez entendu. La photo ci-dessus se trouve sur un des murs de leur restaurant. Les clients ont donc tout à loisir de la contempler. Vos déclarations concernant vos fournisseurs sont faites pour être lues, vues, entendues. Pas pour être insérées entre deux paragraphes d’une newsletter que personne ne lit.

Comment Sir Alex Ferguson implémenterait votre stratégie RSE

En cette journée de finale de Ligue des Champions, je ne peux m’empêcher de reprendre et traduire ici un article que j’ai particulièrement apprécié lorsque je l’ai lu il y a quelques mois. Il a été écrit par Ben Kellard, et on trouve la version originale ici. La traduction implique la perte de nombreuses subtilités et jeux de mots entre le monde du football et celui du business, malheureusement!

Aux prises avec la mise en œuvre d’un projet ou une stratégie de durabilité? Ces quatre étapes sont celles que Sir Alex Ferguson pourrait suggérer, basées sur son expérience de la compétition impitoyable qui est celle du football.

Certes, vous ne pouvez pas surveiller vos concurrents pendant 90 minutes chaque semaine comme Manchester United. Mais vos adversaires seront tout aussi déterminé à vous surpasser, et l’amélioration de la durabilité est un moyen essentiel de se différencier.

Comment aller plus vite et plus loin que vos adversaires?

1. Identifier les joueurs clés

En supposant que vous ayez une stratégie ou projet approuvé, qui sont vos Rooney et Ferdinand? Qui va faire ou défaire la performance et vers qui se tournent les autres lorsqu’ils recherchent du leadership? Dans les organisations, ce sont souvent les cadres moyens influents et les cadres supérieurs qui déterminent le succès d’une stratégie. Il est donc essentiel que vous sachiez qui ils sont.

2. Mettez-vous d’accord sur la tactique

Jouez-vous un 4-4-2 basé sur les longs ballons ou un 3-5-2 basé sur la possession? Faites participer vos joueurs clés pour décider de la tactique que vous allez utiliser afin de réaliser la stratégie. En faisant cela, vous bénéficiez de leur expérience et de leur perspicacité, et vous vous assurez qu’ils sont déterminés à appliquer la tactique.

De nombreuses organisations tombent dans le piège de passer des objectifs stratégiques directement à la mise en œuvre de projets spécifiques ou d’initiatives sans se prononcer sur la meilleure approche tactique. Par exemple, vous pouvez avoir pour objectif stratégique de devenir neutre en carbone, mais comment allez-vous faire? Est-ce que vous vous concentrez sur l’efficacité énergétique, les énergies renouvelables, de compensation ou une combinaison des trois? Chacune d’elles est un choix tactique. Vous devez choisir vos tactiques avant de pouvoir passer à la mise en œuvre – sinon vous risquez de créer de la confusion et la frustration.

3. Gardez la gestion à vos côtés

Donc, vous avez convenu avec vos joueurs clés de ce que vous allez faire. Vous avez maintenant besoin de garder la gestion – ou l’équipe de direction à vos côtés. Souvent, cela signifie tout simplement les mettre à jour sur votre plan et de leur donner l’occasion de contribuer avant de le mettre en action. Cela permettra d’assurer que les cadres peuvent voir comment votre plan appuiera les objectifs de l’organisation.

Si vos cadres savent que vous avez consulté leurs managers influents, ils seront beaucoup plus confiant quant à la réussite de votre projet. Leur autorisation donnera également confiance à ceux qui implémentent le plan.

4. Jouez, adaptez, mesurez

Maintenant, vous êtes prêt à jouer le match. Lorsque vous y serez, n’oubliez pas de vous regrouper de temps en temps pour savoir comment ça se passe et apporter les modifications nécessaires.

La durabilité est susceptible de remettre en question votre organisation sous un nouvel angle, alors donnez-vous l’opportunité de vous y attaquer. Choisissez les bonnes statistiques de match pour savoir si vous êtes sur la bonne voie et utilisez-les pour vérifier vos progrès.

C’est aussi l’occasion de faire participer l’ensemble de l’équipe en leur donnant des rôles et la liberté pour contribuer. Vous pourrez engager encore plus d’employés en célébrant le succès lorsque finalement vous ferez trembler les filets!

Les 5 étapes de la responsabilité sociale

S’il est un élément théorique lié à la RSE que je me dois de présenter ici, c’est bien les 5 étapes de la responsabilité sociale de Simon Zadek. Selon lui, lorsque les entreprises développent leur « rapport » à la responsabilité sociale, elles traversent 5 étapes.

  1. Étape défensive. L’entreprise nie les liens entre ses pratiques et les dégâts subis par l’environnement ou la société, voire l’existence même de ces dégâts.
  2. Étape de la conformité. La compagnie met en place des politiques qui la rendent conforme à la loi. A ce niveau, c’est la réputation de l’entreprise que l’on tente de préserver.
  3. Étape managériale. On donne des responsabilités aux managers pour gérer tout ce qui a trait à la RSE. On commence également à mesurer les impacts de l’entreprise sur l’environnement et ses stakeholders, et vice-versa.
  4. Étape stratégique. La RSE est intégrée à la stratégie de l’entreprise. Celle-ci aligne son business model avec les attentes sociales, et intègre les aspects sociaux et environnementaux à son core business et à sa prise de décision.
  5. Étape civile. La compagnie encourage ses concurrents et les stakeholders de son secteur à élever leurs standards en matière de RSE.

Il est à noter bien sûr qu’une entreprise peut se trouver à différents niveaux au même moment: au niveau de ses relations avec les fournisseurs, elle se trouve peut-être à l’étape de la conformité, alors qu’en ce qui concerne le marketing, elle est à l’étape managériale, par exemple.

Je trouve particulièrement intéressant le passage de la 4e à la 5e étape. En effet, si une entreprise est pionnière en matière de RSE, elle peut bénéficier de nombreux avantages (réputation, réduction de certains coûts, etc.), mais elle est aussi exposée à des coûts supplémentaires: si elle s’assure de traiter avec des fournisseurs ayant de hauts standards en matière de respect des Droits de l’Homme, il est probable qu’elle ait à les payer plus. Le passage à l’étape civile fait que l’entreprise va devenir militante afin d’élever les standards en matière de RSE dans son secteur, mais aussi afin de ne plus être la seule à supporter ces coûts supplémentaires.