Dossier sur la responsabilité sociale d’entreprise

HelmDans le cadre de mon travail à l’Université de Genève, j’ai réalisé un petit dossier sur la responsabilité sociale d’entreprise. Les idées qui y sont présentées sont assez basiques, il s’agit vraiment d’introduire cette notion.

Vous trouverez également des liens vers d’autres articles ayant trait à la RSE. Eux aussi visent à rendre accessible à un large public des considérations de responsabilité sociale.

Ne travaillant pas seul sur cette plateforme d’information, je me permets de la recommander vivement car elle constitue un recueil d’infos sur le développement durable qui n’a que peu d’égal dans le monde francophone!

Sur quoi êtes-vous vraiment en concurrence?

CoopCoopération, collaboration, des mots qui sont sur toutes les lèvres dans le milieu des entreprises. Mais quand il s’agit de le faire vraiment…Les entreprises disent toutes vouloir collaborer entre elles, surtout sur les questions de développement durable, mais elles ne le mettent pas nécessairement en pratique.

Le frein est souvent le même: la confidentialité, la peur d’aider un concurrent, la peur de perdre un avantage concurrentiel, etc.

Comment expliquer alors que Pepsico et Coca-Cola collaborent pour créer des systèmes de réfrigération plus performants?! Pepsi contre Coca, c’est une des rivalités les plus connues dans le monde des affaires. Alors les voir collaborer, c’est plus qu’étonnant, non? Si je suis Pepsi, et que je trouve un moyen plus efficace de réfrigérer mes boissons, pourquoi voudrais-je partager cette découverte avec mon plus grand concurrent?

Dans son excellent Big Pivot, Andrew Winston pose une question plus que pertinente: sur quoi êtes-vous vraiment en concurrence? Pepsico et Coca-Cola ne sont pas en concurrence sur les systèmes de réfrigération. Ils le sont sur la marque, sur le goût. Certes, il se trouvera peut-être 1 ou 2 personnes qui choisiraient un Coca plutôt qu’un Pepsi pour des questions de réfrigérations, encore que…

Dès lors, pourquoi ne pas collaborer sur la réfrigération?! Non seulement, ce n’est pas nouveau, collaborer ainsi permet de réduire les coûts. Mais aussi et surtout, je crois que, de plus en plus, vos parties prenantes vont attendre de vous que vous passiez le mot si vous avez élaboré une technologie plus propre. S’il existe une façon de réfrigérer des boissons qui pollue moins, le but n’est pas de la garder pour soi, mais d’essayer de sauver la planète en la diffusant.

La prochaine fois que vous aurez des doutes sur le bien-fondé d’une collaboration, posez-vous cette questions: sommes-nous vraiment en concurrence sur cet aspect? La réponse peut être oui, auquel cas il faudra sans doute abandonner ou tout au moins revoir les termes de la collaboration. Mais si la réponse est non, foncez, vous aurez tout à y gagner!

A lire également sur le sujet, Cooperation in Sustainable Business: 4 Key Success Factors.

Qui sont les stakeholders de vos stakeholders?

La gestion des stakeholders d’une entreprise est un aspect central de la responsabilité sociale. Qui sont-ils? Quelles sont leurs attentes? Comment les prioriser et dialoguer avec eux? Autant de questions que doit se poser toute entreprise désireuse d’entretenir de bonnes relations avec la communauté – au sens large – dans laquelle elle évolue. Et c’est véritablement une tâche peu aisée.Réseau

Je me suis tout de même posé la question récemment de savoir s’il ne fallait pas aller (encore) plus loin. Certes, il faut comprendre les attentes de nos stakeholders. Mais par quoi sont formées ces attentes? Qu’est-ce qui dicte l’agenda de telle ou telle partie prenante? Chacun des stakeholders d’une entreprise a lui-même des stakeholders qui ont une influence plus ou moins marquée. On pourrait parler de stakeholder de 1er degré, qui sont ceux que l’entreprise identifie comme ses parties prenantes; et de stakeholders de 2e degré, qui sont les parties prenantes des parties prenantes.

Ce que j’entends par là, c’est que chacun de ces stakeholder de 2e degré a des enjeux, qui se traduisent en pressions et influences sur les stakholders de l’entreprise; qui se traduisent elles-mêmes en pressions et influences sur l’entreprise elle-même.

Ne serait-il dès lors pas judicieux pour une entreprise de dresser une carte non seulement de ses parties prenantes, mais aussi des parties prenantes de ses parties prenantes? Bien sûr, il faut savoir s’arrêter à un moment donné et il serait inutile – et surtout fastidieux – de remonter trop loin. Mais cela permettrait néanmoins d’anticiper d’éventuels problèmes ou demandes nouvelles.

Surtout, certains de ces stakeholders de 2e degré pourraient être communs à plusieurs des stakeholders de l’entreprise. Réussir à régler certains problèmes relatifs à ces stakeholders communs pourrait avoir un effet « boule de neige », une sorte d’économie d’échelle dans la gestion des parties prenantes.

Qu’en pensez-vous? Est-ce trop ambitieux de vouloir gérer ce 2e degré, voire inutile? Ou au contraire un effort nécessaire? Est-ce que ces stakeholders de 2e degré ne deviendraient pas automatiquement des stakeholders de l’entreprise, une fois identifiés?

Worst practices: les meilleurs avocats de la RSE?

Dans cet intéressant ouvrage qu’est The Small Big, les auteurs nous proposent une série de petits changements qui peuvent avoir un grand impact. Leur chapitre 47 pose la question suivante: « Comment avancer à pas de géants grâce aux petits faux pas des autres? ». On pourrait croire qu’il s’agit de comploter contre ses semblables, mais ce n’est heureusement pas le cas.

OLYMPUS DIGITAL CAMERABien plutôt, les auteurs nous expliquent que de nombreuses études scientifiques sont arrivées au constat que les gens sont beaucoup plus sensibles et utilisent plus les informations négatives que les informations positives. De plus, les infos négatives s’ancrent mieux dans la mémoire et sont davantage utilisées dans la prise de décision.

On nous y parle encore de Charlie Munger, conseiller en investissement chez Berkshire Hathaway qui, lorsqu’on lui a demandé quelles étaient les étapes qu’il suivait pour faire en sorte que ses décisions soient les bonnes, a tout simplement répondu: « Je révise ma liste d’idioties ».

Que déduit-on de tout cela? Si l’information négative a plus de poids et d’impact, ne devrait-on pas la mettre en avant? Attention, je suis moi-même quelqu’un de plutôt positif; mais ce que je veux dire, et je rejoins les auteurs de Small Big sur ce point, c’est que compte tenu de ces éléments, nous devrions peut-être mettre davantage en avant les retombées négatives que positives lorsqu’il s’agit de convaincre quelqu’un du bien-fondé de notre argument.

Intéressant, non? Surtout lorsque l’on travaille dans la responsabilité sociale. Nous avons plutôt l’habitude de mettre en avant tous les bienfaits d’une démarche de responsabilité sociale au sein d’une entreprise: retour sur investissement, rétention et attraction des talents, etc. Mais peut-être devrions-nous aussi mettre l’accent sur toutes les choses négatives qui peuvent se produire si l’on NE met PAS en place une démarche de RSE: fuite des talents, perte de valeur sur le long terme, risque réputationnel, etc.

Je vais pour ma part me préparer ma propre liste d’idioties, des « worst practices » éloquentes. Peut-être en publierai-je ici quelques unes. Et tant pis pour les mauvaises ondes!

Quels enjeux autour de l’initiative populaire pour des multinationales responsables?

OLYMPUS DIGITAL CAMERAEn ce mois de janvier 2015, nous avons appris qu’une association s’était créée – « Initiative pour des multinationales responsables » – avec pour but de lancer une initiative populaire à ce propos. Pour les non-helvètes d’entre vous, et pour faire très très court, cela signifie que des citoyens se donnent la possibilité de soumettre une proposition à la votation populaire afin qu’elle devienne une loi.

L’objectif de cette proposition est donc que les entreprises suisses respectent les droits humains et les standards environnementaux, aussi dans leurs activités à l’étranger. Cet objectif repose sur la Stratégie Ruggie, les Principes directeurs relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme, promulgués par le Haut-Commissariat aux droits de l’homme des Nations Unies.

Je voulais soulever ici quelques questions. La première: quid des PME? On nous dit que l’initiative vaut pour toutes les entreprises suisses, mais qu’elle tiendra compte compte des risques spécifiques présentés par les entreprises, ce qui signifie que la grande partie des PME ne sera pas concernée. Certes, mais en même temps, n’importe quelle PME se fournissant, ne serait-ce qu’en partie, à l’étranger peut être mise face à des problèmes relatifs aux droits humains. Les PME dans cette situation ne sont pas si peu nombreuses que ça. Il est central de clairement situer où se trouve la limite. On pourrait imaginer un cas extrême où l’on pourrait reprocher à une entreprise de fournir à ses employés des smartphones dont on sait que nombre des composants sont extraits dans des conditions tout sauf humaines. Si cet exemple est absurde (encore que…), il n’en convient pas moins de se poser la question de savoir où s’arrête la responsabilité des entreprises. Une question redondante pour les habitués de la RSE, mais qui là va se retrouver confrontée au grand public.

Un autre enjeu est bien sûr celui de savoir si la responsabilité sociale des entreprise doit être soumise à la loi. On parle de loi sur la responsabilité sociale en Inde, mais n’est-ce pas simplement de la compliance? Et surtout, si cette initiative devient une loi, comment la faire appliquer concrètement? Le travail de vérification et d’audit risque d’être énorme. Et ces audits devront être menés à l’étranger – par qui? – cela ne posera-t-il pas des problèmes de souveraineté, ou du moins cela pourra paraître intrusif. Et même si l’on s’en tient strictement à la loi en Suisse, nombreux seront les économistes qui présenteront cette initiative comme présentant un risque de faire fuir les multinationales concernées. Je ne suis pas certain que cela arrivera – je vois mal une entreprise fuir ses responsabilités sans faire subir de sérieux dégâts à son image – mais cet aspect ressortira dans les débats.

Débats qui s’annoncent passionnants! Je ne cache pas mon enthousiasme pour cette initiative, et je dois dire que je suis fier de vivre dans un pays donnant la possibilité à son peuple de voter sur de tels sujets, comme nous avions déjà pu le faire en 2013 avec l’initiative Minder. La communication autour de cette proposition pour des multinationales responsables devra toutefois être très affutée! L’ironie veut que cette initiative ait vu le jour pratiquement en même temps que la commission des lois de l’Assemblée nationale française rejetait une proposition de loi s’y apparentant…

Sur Twitter, je recommande les comptes de la Déclaration de Berne, de Géraldine Viret, et d’Yvan Maillard, pour suivre au plus près les avancements de cette affaire.