Des chiffres, donnez des chiffres!

En formation cette semaine, j’ai eu l’occasion de manger à la cafétéria. J’ai pu constater que l’entreprise exploitant cette cafétéria avait laissé un message à l’attention de ses clients.

La photo est floue, mais si l’on regarde bien on peut lire sur le dernier paragraphe:

Ces dernières années, la mise en place de cette mesure nous a permis de réduire massivement le nombre d’heures de fonctionnement quotidien de nos équipements!

Je trouve cette initiative tout à fait louable, et d’autant plus louable qu’elle est communiquée aux clients.

Mais.

Qu’entend-on exactement par « réduire massivement »? S’agit-il d’une réduction de 20%? 50%? Plus? Est-ce une manière de pratiquer le greenwashing, pour masquer une réduction minime?

Pourquoi ne nous donne-t-on pas les chiffres? Il suffirait de donner un pourcentage de réduction pour crédibiliser cette information. On pourrait même imaginer un objectif. Et là, on serait loin des suspicions de greenwashing.

Ces dernières années, la mise en place de cette mesure nous a permis de réduire de 35% le nombre d’heures de fonctionnement quotidien de nos équipements. Notre entreprise s’est fixée comme objectif de porter cette réduction à 55% d’ici à 2015.

Pour des jeux responsables

Avec un peu de retard, je tenais à vous signaler l’article sur les labels écologiques pour les jeux de société, écrit par mon ami Gus sur son excellent blog ludique.

Intéressant de voir comment le monde du jeu de société commence lui aussi à surveiller son empreinte. Et ce avant d’être sous le feu des critiques, ce qui est une stratégie des plus intelligentes.

Responsabilité sociale: peut-on tout communiquer?

Comme tout bon citoyen helvétique mâle, je reçois le biannuel armée.ch. Mon regard a été attiré par l’annonce d’un article sur la couverture, « Armée et protection de l’environnement ». J’ai lu cet article, car il faut dire que l’armée n’est pas réputée pour sa petite empreinte carbone, loin s’en faut…Et je dois bien avouer que l’article fait la part belle aux oxymorons. Morceau choisi:

Sur la place d’arme de Thoune, des chars effectuent des tirs. A quelques centaines de mètres de là seulement, les participants au cours sont initiés aux caractéristiques d’une prairie maigre.

Si je ne suis spécialiste ni en prairies maigres ni en chars, mon intuition me dit qu’un cours de sensibilisation ne peut que difficilement contrebalancer ne serait-ce qu’un seul exercice de tirs de ce genre.

Je ne vais pas m’attarder sur cette fière institution, qui nous protège encore et toujours de l’invasion des Wisigoths, mais tout de même…Ce petit article m’amène à deux questions, plus générales, quant à la RSE.

  1. Quelle est la valeur de toutes ces petites mesures que l’on prend pour aller dans le sens d’une responsabilité sociale au sein de l’entreprise? Que vaut un mémo envoyé à tous les collaborateurs pour leur expliquer comment configurer leurs impressions afin de faire systématiquement du recto-verso, alors que ces mêmes collaborateurs prennent en moyenne cinq fois par an l’avion pour des meetings à l’autre bout de la planète? Je crois que ce type de mesure a malgré tout de la valeur. Valeur monétaire, puisqu’il permet d’économiser de l’argent; mais aussi valeur de par la sensibilisation des employés. Ou encore valeur dans le sens où il s’agit là d’un pas allant dans la bonne direction. Timide certes, mais « pas » tout de même.
  2. Peut-on tout communiquer? Votre entreprise ne risque-t-elle pas de subir des accusations de greenwashing si elle met en avant des mesures qui paraissent insignifiantes? A mon sens, on peut tout communiquer, oui. Mais à condition de montrer que l’on a bien compris de quoi on parle. Si vous êtes en mesure de montrer que vous avez conscience que telle ou telle mesure ne rachète pas une image « responsable » à votre entreprise, mais qu’il s’agit plutôt d’un premier pas et que vous avez planifié la suite et mesuré vos impacts, etc., parlez-en.

En définitive, je pense qu’il vaut mieux des petites mesures que pas de mesures du tout. Il vaut mieux un rapport CSR non certifié GRI que pas de rapport CSR. Si vous avez conscience du chemin à parcourir, faites-le. Et montrez-le.

Repos.

Responsabilité sociale liée à la sous-traitance

Inditex said that it could not be held responsible for « unauthorised outsourcing »

Yes, you can.

Sur le site du Guardian, on a pu lire aujourd’hui que Zara a des ennuis liés à l’un de ses fournisseurs. Plus précisément, Inditex – le groupe possédant Zara – est poursuivi au Brésil. En effet, on a trouvé chez l’un des fournisseurs d’AHA, une compagnie responsable de 90% de la production de Zara au Brésil, des conditions de travail scandaleuse. A la limite de l’esclavage, voire plus (lire l’article pour plus de détails).

Inditex a « dédommagé » ces employés, mais a tout de même nié avoir une responsabilité. Comme vous avez pu le lire plus haut, Inditex considère qu’il ne peut pas être tenu responsable d’une sous-traitance non autorisée.

Le problème est que oui, on peut et on doit l’être. Le procureur chargé de l’affaire l’a d’ailleurs très bien compris. Il nous dit qu’AHA est une extension de son client principal, Zara Brésil. Il ajoute que Zara est responsable de ses employés; sa raison d’être est de fabriquer des vêtements, et il en découle que la compagnie se doit de savoir qui produit ses vêtements.

En termes de RSE, en être à l’étape défensive lorsque l’on est dans l’industrie du textile et que l’on a un problème avec l’un de ses sous-traitant, c’est avoir 20 de retard.

Distribution des bonus: le cas de Linden Lab

La question de la rémunération, et celle des bonus, est abordée de manière récurrente dans les divers médias. On s’offusque bien sûr de la rémunération démesurée des dirigeants, mais aussi de l’écart entre leurs salaires et ceux des employés « normaux ».  La part du lion revient en général à ceux qui ont les plus gros titres, qui sont le plus haut dans la hiérarchie. Mais sont-ils toujours ceux qui le méritent le plus?

Linden Lab (Second Life) a proposé que ce soit la communauté qui en décide, et non pas un groupe restreint ou les « big boss » de la compagnie.

Chaque trimestre, tous les collaborateurs reçoivent une part égale du bénéfice de Linden. L’argent arrive avec un seul mot d’ordre: vous ne pouvez pas le garder pour vous. Vous devez utiliser le « Rewarder » (un logiciel créé spécialement à cet effet) pour redistribuer cet argent à ceux qui – selon vous – ont le plus contribué à la réussite de l’entreprise.

Bien sûr, certains ont sans doute utilisé cet outil pour récompenser leurs amis, indépendamment de leur performance. Mais la plupart des gens ont tendance à faire le bon choix car cet outil leur donne le pouvoir d’orienter l’entreprise dans la bonne direction.

Ce « Rewarder » permet de décentraliser le problème du choix de l’allocation des bonus. Ici, pas de managers qui se réunissent pour essayer de récompenser leur employé favori. Au contraire, ce sont tous les employés qui participent à cette décision; qui non seulement leur paraîtra plus équitable, mais qui aussi leur donnera le sentiment de vraiment avoir des responsabilité dans la conduite de l’entreprise.

Les informations utilisées pour cet article ont été trouvée dans l’excellent The Responsibility Revolution, J. Hollender.