Des valeurs, dites-vous?

Communication; Respect; Intégrité; Excellence.

Voila un ensemble de 4 valeurs qui semble plutôt bon, non? Elles sont fortes,concises, et ressemblent sans doute aux valeurs de votre entreprise. Ah oui, au fait, ce sont les valeurs d’Enron, telles qu’on pouvait les lire dans le rapport annuel 2000.

Intéressant, non? On continue ce petit jeu? Saurez-vous deviner à qui appartient cette mission: « Être la bienvenue parmi nos communautés en tant qu’entreprise-voisine »?

Halliburton, entreprise considérée comme co-responsable de la guerre en Irak.

Avoir de belles valeurs, c’est bien. Les mettre en pratique chaque jour, dans chaque décision, c’est encore mieux.

Qui sont vos clients?

On trouve à la fin de Strategies for Green Economies, Joel Makower, une étude menée aux Etats-Unis, « The Ecological Roadmap ». Sans entrer dans les détails, je voulais simplement présenter les 10 profils ou segments que cette étude a mis en avant, parmi le public américain.

On trouve tout d’abord 3 groupes les plus « environmentally friendly ».

  1. Greenest Americans: ils veulent la protection de la biodiversité et des endroits encore sauvages; ils sont les plus actifs politiquement.
  2. Postmodern Idealists: pour eux, la protection environnementale consiste à vivre de manière « verte » et créer des villes sans voitures et consommant peu d’énergies.
  3. Compassionate Caretakers: le plus grand groupe en terme de %; ils se concentrent principalement sur des questions liées à la communauté locale, car ils veulent des espaces propres et sains pour la famille et la communauté.

Les 3 groupes intermédiaires ne passent pas beaucoup de temps à se préoccuper de l’environnement, mais ils ne sont pas nécessairement opposés à sa protection.

  1. Proud Tradionalists: ils croient en la responsabilité et aux devoirs, mais leur vision selon laquelle les humains dominent la nature les met souvent en porte-à-faux avec les notions impliquant que toutes les espèces sont importants et méritent protection.
  2. Driven Independents: principalement soucieux d’eux-mêmes, et ne s’intéressent à l’environnement que si cela contribue à leur prospérité.
  3. Murky Middles: n’ont pas de valeurs fortes et se contentent de suivre.

Enfin, les 4 derniers groupes sont plutôt préoccupés par des problématiques « au jour le jour », ce qui ne favorise pas l’intérêt pour les questions environnementales.

  1. Ungreens: ils voient les environnementalistes comme des extrémistes, et la dégradation environnementale comme inévitable si l’on garder notre style de vie (« American lifestyle » dans le texte).
  2. Antiauthoritarian Materialists: le groupe le plus jeune, selon lesquels la vie a peu de sens et vivent pour eux-mêmes.
  3. Borderline Fatalists: groupe jeune également, qui peuvent se soucier de l’environnement, mais ne savent pas comment faire la différence.
  4. Cruel Worlders: ils sont les oubliés de la société (« left out of the American dream ») et sont amers à ce propos, ils ne se préoccupent simplement pas de l’environnement.

Intéressant, non? Il faut encore savoir que les 3 premiers groupes représentent 36% de l’échantillon, les 3 suivants 44% et les 4 derniers représentent 21%.

Ces informations peuvent être utiles au moment de lancer un nouveau produit. Vos clients vont-ils l’adopter? Seront-ils sensibles à ses arguments éthiques, responsables, « verts »? Est-il nécessaire de les « éduquer » auparavant? Autant de questions auxquelles on peut trouver des réponses si vous connaissez vos clients.

Travail, loisirs, famille

Dans son livre Let my people go surfing, Yvon Chouinard – fondateur de Patagonia – explique comment sa compagnie a grandi. Mais il explique aussi tout ce qu’il ne voulait pas changer, tout ce qui devait rester pareil, quelle que soit la taille de son entreprise. Voici – traduits librement – les 5 éléments qu’il estime primordiaux.

  1. Le travail doit être agréable chaque jour.
  2. Nous devons venir au travail en étant motivé.
  3. Nous avons besoin d’être entourés d’amis qui peuvent s’habiller comme ils le souhaitent, et même être pieds nus.
  4. Nous avons besoin d’avoir un emploi du temps flexible, pour pouvoir aller surfer lorsque les vagues sont bonnes, skier après une tempête de neige, ou rester à la maison pour s’occuper d’un enfant malade.
  5. Nous avons besoin de brouiller la distinction entre travail, loisir et famille.

Ces principes seraient à la base de bonnes conditions de travail. J’avoue être d’accord avec chacun d’entre eux, même si je suis peut-être plus nuancé sur le 5e. En effet, ne pas faire la distinction entre travail, loisir et famille peut être une bonne chose dans le sens où il est important de faire en sorte que les employés se sentent chez eux au travail, mais je crois qu’il est important de permettre à ces mêmes employés d’avoir des moments où ils ne pensent plus au travail. Ce 5e principe doit donc être appliqué avec discernement.

Philanthropie d’entreprise vs. RSE

Quelques précisions se doivent d’être faites concernant la distinction qu’il convient de faire entre RSE et philanthropie. En effet, les deux notions, si elles paraissent pourtant bien distinctes, sont souvent confondues. On distinguera ici philanthropie et RSE sur deux points principaux.

Le premier de ces points est que la responsabilité sociale de l’entreprise est « avant le profit ». Cette notion, développée par Kang et Wood, signifie que la responsabilité sociale de l’entreprise est détachée du fait que l’entreprise fasse ou non du profit. On sait par exemple que le pour-cent culturel Migros est calcul sur la base du chiffre d’affaire, et non du profit, de façon à ce qu’il soit versé « même en cas de résultats moins réjouissants du commerce de détail. »  Il est important de faire cette précision, tant il est vrai que trop souvent on pense que la RSE est « après le profit », c’est-à-dire qu’une entreprise n’aurait à se comporter de manière responsable que dans le cas où elle génère du bénéfice. Si l’on prend cette réflexion au pied de la lettre, on serait amené à tolérer qu’une entreprise, si elle a des problèmes financiers, pourrait avoir recours au travail des enfants ou polluer son environnement ! Il est bien évident que ça n’est pas le cas, et que c’est en cela que la RSE doit être considérée comme « avant le profit », ce qui n’est pas nécessairement vrai pour la philanthropie d’entreprise qui est souvent liée aux résultats de l’entreprise.

Le deuxième point sur lequel philanthropie d’entreprise et RSE diffèrent est le fait que cette dernière est durable et non la philanthropie. La philanthropie est en effet le plus souvent liée au bon vouloir du ou des dirigeants d’une entreprise. De plus, et on rejoint là la remarque précédente, si l’entreprise connaît des problèmes financiers, il y a fort à parier qu’elle cessera ses activités philanthropiques. Et cela peut avoir des conséquences catastrophiques sur les projets supportés jusqu’alors. En revanche, la RSE, dans la mesure où elle est intégrée à la façon dont une compagnie fait des affaires et qu’elle contribue au résultat de la compagnie, peut être considérée comme durable. Dans ce sens, on peut citer à nouveau le pour-cent culturel Migros à propos duquel il est affirmé : « Outre la réussite commerciale, il s’agit là d’un objectif d’entreprise équivalent aux autres buts de Migros. » , ce qui rejoint les remarques faites plus haut, selon lesquelles la RSE doit être considérée comme un investissement et non un coût.

4 hypothèses erronées en RSE

Si votre entreprise se veut socialement responsable, vous pourriez – malgré tout – recevoir un certain nombre de critiques de la part de vos stakeholders. Et ces critiques pourraient vous paraître injustes ou se basant sur des informations incomplètes. Vous pourriez en arriver à vous dire:

  1. « Je ne peux pas croire qu’ils nous attaquent encore pour ces dommages environnementaux. Ce problème est de la responsabilité de l’ancien management, et nous avons travaillé dur pour réparer ce problème. » Hypothèse erronée: que vous avez le bénéfice du doute sous prétexte que vous êtes une nouvelle équipe de management. En réalité, vos stakeholders n’en ont rien à faire; vous êtes toujours la compagnie qui pollue.
  2. « Laissez-nous tranquille! Qu’est-ce que le SIDA a à voir avec nous? C’est une tragédie, certes, mais manifestement pas de notre faute. Nous faisons de généreuses donations à des associations de lutte contre cette maladie, et avons mis sur place des programmes de prévention pour nos employés. Qu’est-ce qu’ils attendent de plus?! » Hypothèse erronée: que les intérêts de votre business commencent et finissent avec vos employés, et ne s’étend pas à leurs familles, vos clients, et la communauté dans laquelle vous opérez.
  3. « Bien sûr, nos résultats en matière de santé et sécurité ne sont pas incroyables. Mais ils sont mieux que l’année passée, et que l’année précédente. Est-ce que l’on n’a pas un peu de crédit pour l’amélioration? » Hypothèse erronée: que vous devriez obtenir un 10/10 parce que vous vous êtes améliorés. Dans la RSE, seule l’excellence permet d’obtenir un 10/10. Et si d’autres compagnies, spécialement vos concurrents, performent mieux, pourquoi pas vous?
  4. « Ok, l’un de nos fournisseurs a recours au travail des enfants. Nous avons un code de conduite que nos fournisseurs sont supposés appliquer; on ne peut pas les contrôler. » Hypothèse erronée: que vos fournisseurs sont une entité séparée de vous et qu’ils opèrent selon des standards différents. En fait, vos fournisseurs travaillent pour vous; leur gagne-pain dépend de leur capacité à répondre à des conditions que vous leur imposez. Par exemple la qualité des biens, le respect des délais, le prix, etc. Vous pouvez aussi renforcer des conditions strictes sur le travail des enfants.
Source, p.178