RSE, contrainte ou levier d’innovation dans les grandes entreprises?

Cet article est le dernier d’une série de trois, que j’écris suite à l’invitation par Orange à un dîner à Paris au cours duquel nous avons échangé sur plusieurs thématiques autour de la responsabilité sociale. Pour être clair, Orange m’a payé le TGV entre Genève et Paris, ainsi que le dîner. Le reste des frais était à ma charge.

Le dernier échange a été autour de la stratégie d’Orange. Il a notamment été question de la responsabilité sociale que l’on peut qualifier de « citoyenne » ou « civique » du groupe: dans quelle mesure Orange cherche à influencer les autres entreprises de son secteur pour que celles-ci adoptent également des pratiques responsables.

GooglePlus_Orange_Logo_BlackUne initiative qui vaut la peine d’être mentionnée est la Joint Audit Cooperation. Celle-ci réunit 10 opérateurs de télécommunications. L’un de ses focus principaux est celui des achats. J’ai été aussi particulièrement intéressé par le fait que du moment où les opérateurs ont adoptés cette initiative, leurs fournisseurs n’ont qu’un seul format d’audit auquel se conformer. D’un côté, c’est très pratique pour eux, car cela permet d’unifier les pratiques. Je crois que l’on oublie trop souvent à quel point ces « questionnaires » ou ces audits peuvent être gourmands en ressources et en temps. C’est, je crois, un vrai plus pour les fournisseurs. D’un autre côté, je me pose tout de même la question de savoir si cela ne pose pas un problème: si les fournisseurs sont habitués à un même type d’audit, ne risquent-ils pas de négliger certains aspects qui ne seraient pas traités par cet audit? Ou pire, de connaître les « astuces » permettant de bypasser certaines difficultés? Il faudrait donc s’assurer que l’audit en question soit exhaustif, si tant est que cela est possible.

En définitive, j’ai beaucoup apprécié ces discussions dans le cadre de ce dîner organisé par Orange. S’il est certain qu’Orange trouve son compte à échanger librement avec des personnes ayant une certaine expertise dans le domaine de la RSE, il n’en reste pas moins que cette démarche est louable, bien sûr en termes de dialogue avec les parties prenantes. J’ai aussi apprécié le fait de rencontrer ces directrices ou directeurs; cela permet de voir les gens qui sont derrière les initiatives et les stratégies RSE. Souvent des gens passionnés par ce qu’ils font, on sent qu’ils croient en ce qu’ils font, même s’ils ont parfois du mal à prendre leur distance avec le discours « corporate ». Je crois que c’est le genre d’initiative qui profite à tout un chacun et qui devrait être répétée plus souvent, et par plus d’entreprises.

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Collecte des mobiles: exemple d’économie circulaire

Cet article est le deuxième d’une série de trois, que j’écris suite à l’invitation par Orange à un dîner à Paris au cours duquel nous avons échangé sur plusieurs thématiques autour de la responsabilité sociale. Pour être clair, Orange m’a payé le TGV entre Genève et Paris, ainsi que le dîner. Le reste des frais était à ma charge.

C’est avec Alain Liberge, Directeur RSE Orange France, et Bernard Arru, Directeur des Ateliers du Bocage, qu’a eu lieu ce deuxième échange, cette fois-ci autour de l’économie circulaire. On le sait, la consommation des téléphones mobiles est un sujet particulièrement sensible: de l’obsolescence programmée aux terres rares en passant par le recyclage et la surconsommation de téléphones.

J’ai été très intéressé par le projet mené conjointement par Orange et les Ateliers du Bocage. Il s’agit de collecter d’anciens téléphones portables – 35’000 par an en France, ce qui est très peu proportionnellement à ceux qui sont vendus – et d’ensuite les réutiliser. Rien de très nouveau ici, mais j’ai été intéressé par un service proposé par les Ateliers du Bocage, à savoir la « remise à zéro » du téléphone. Nombreux sont les opérateurs qui bloquent leurs téléphones, c’est-à-dire que l’on ne peut pas les utiliser avec la carte SIM d’un autre opérateur. Non seulement les Ateliers débloquent les téléphones, mais il effacent tout ce qui s’y trouve. Je veux dire qu’ils effacent vraiment tout ce qui s’y trouve, puisque comme pour un ordinateur, il y a effacer et effacer, et que n’importe qui d’un peu calé en informatique peu retrouver des photos ou des messages que l’on croyait avoir supprimés de son téléphone.

L’autre aspect de la coopération entre les Ateliers et Orange consiste à redistribuer des téléphones de seconde main dans des pays d’Afrique. Un aspect de cette collaboration qui fait figure de défi est l’apparent trade-off qu’il existe entre recycler des téléphones en Europe et ne pas en faire profiter des populations qui pourraient en avoir besoin, ou envoyer ces téléphones en Afrique en sachant qu’une fois en fin de vie, ils finiront dans une décharge (dans le meilleur des cas). La solution apportée a été de mettre sur pied des ateliers dans certains des pays concernés – au Burkina Faso par exemple – où l’on démonte les téléphones, trie les matériaux, et renvoie des cartons remplis de composantes par bateau en Europe où ceux-ci sont traités de manière adéquate. En plus de créer de l’emploi dans des pays qui en ont besoin – 30 emplois dans 5 ateliers à l’heure actuelle – je trouve qu’une telle initiative est louable en ce qu’elle refuse de céder à ce trade-off. Dans le développement durable, nous sommes souvent mis face à des dilemmes. Peut-être faut-il simplement se convaincre qu’il n’existe pas de dilemme pour trouver des solutions efficaces…

GooglePlus_Orange_Logo_BlackJ’ai bien sûr abordé le sujet de l’économie de la fonctionnalité. Ne pourrait-on pas imaginer un tel modèle pour Orange? Au lieu de vendre des téléphones, ceux-ci resteraient la propriété d’Orange qui vendrait le service permettant de téléphoner, dans lequel seraient inclus l’abonnement, les réparations, etc. A la fin du contrat, disons deux ans, la personne ayant payé le service ramènerait le téléphone, pour ensuite éventuellement en reprendre un autre avec un nouveau contrat. Orange pourrait dès lors soit réutiliser le téléphone d’occasion, à des prix plus bas et y compris à l’étranger, soit le recycler: récupérer dans le téléphone les matières réutilisables, en transformer d’autres, etc. Bien sûr, Orange n’étant pas un fabricant à part entière, il faudrait voir dans quelle mesure l’entreprise pourrait revendre par exemple les terres rares à Samsung, Apple, ou à d’autres entreprises utilisant ou commerçant ces matériaux.

S’il est vrai que cela nécessite une réflexion bien plus poussée que ces quelques lignes, c’est une piste qui semble mériter d’être explorée!

Numérique et environnement: entre impacts et solutions

Cet article est le premier d’une série de trois, que j’écris suite à l’invitation par Orange à un dîner à Paris au cours duquel nous avons échangé sur plusieurs thématiques autour de la responsabilité sociale. Pour être clair, Orange m’a payé le TGV entre Genève et Paris, ainsi que le dîner. Le reste des frais était à ma charge.

La discussion – organisée avec Denis Guibard, Directeur du développement durable chez Orange, et Eric Rondeau, Professeur à l’Université de Lorraine – s’est rapidement orientée vers le sujet de la domotique. Comment ces services novateurs pourraient nous aider à réduire notre impact environnemental, mais aussi comment cela fait 20 ans que nous les attendons! Un aspect de la discussion qui m’a tout particulièrement interpellé portait sur le rôle fondamental des…ouvriers! GooglePlus_Orange_Logo_Black

On l’oublie trop souvent, mais avant de se demander combien de ci ou de ça on économise, il faut que quelqu’un mette tout cela en place! Et si un ouvrier – par exemple, celui qui va poser les fils électriques – n’est pas formé spécifiquement, tout cela ne servira à rien. Cela m’a fait penser à un article écrit ici dans lequel je m’efforçais de démontrer à quel point une stratégie – qu’elle soit environnementale, sociale, responsable, etc. – se doit d’être implémentée à tous les niveaux. Si Orange veut proposer des produits « éco-intelligents », l’entreprise doit s’assurer que non seulement le CEO adhère à l’idée et que le marketing a bien compris les enjeux, mais aussi que les personnes qui vont les mettre en place savent le faire. Est-ce pour autant qu’Orange devrait proposer des formations spécifiques aux installateurs, monteurs ou réparateurs?

J’ai posé une question relative à la Citizen Science: est-ce qu’Orange envisage d’avoir recours aux citoyens, aux utilisateurs pour récolter des données, que ceux-ci collecteraient volontairement. Ces données pourraient porter sur la consommation d’énergie, sur la santé (exposition aux ondes) ou sur d’autres thématiques. Concernant la santé, on m’a répondu – à juste titre – que s’il serait pertinent d’avoir accès à de telles données, cela posait malgré tout deux problèmes majeurs. Le premier lié au fait que c’est un sujet très sensible, très personnel. Le deuxième problème serait la validité des données: comment s’assurer que celles-ci ont été collectées de manière scientifique et peuvent donc être utilisées? Dès lors, si Orange ou une autre institution devait rejeter certaines données, cela deviendrait très vite suspect et nombreux sont ceux qui les accuseraient de choisir uniquement les données qui les arrangent.

Sur la question de la consommation de l’énergie, les choses semblent plus nuancées. Cela pourrait être envisageable, à condition là aussi de s’assurer de la validité scientifique des données. Si Orange pouvait obtenir des informations collectées de manière précise par des personnes le faisant de manière volontaire, cela pourrait non seulement lui permettre d’améliorer ses produits, mais aussi faire avancer le domaine de la consommation d’énergie domestique de manière générale. Reste à savoir si c’est le rôle d’une entreprise de télécommunication que de mener de telles recherches scientifiques…