Collecte des mobiles: exemple d’économie circulaire

Cet article est le deuxième d’une série de trois, que j’écris suite à l’invitation par Orange à un dîner à Paris au cours duquel nous avons échangé sur plusieurs thématiques autour de la responsabilité sociale. Pour être clair, Orange m’a payé le TGV entre Genève et Paris, ainsi que le dîner. Le reste des frais était à ma charge.

C’est avec Alain Liberge, Directeur RSE Orange France, et Bernard Arru, Directeur des Ateliers du Bocage, qu’a eu lieu ce deuxième échange, cette fois-ci autour de l’économie circulaire. On le sait, la consommation des téléphones mobiles est un sujet particulièrement sensible: de l’obsolescence programmée aux terres rares en passant par le recyclage et la surconsommation de téléphones.

J’ai été très intéressé par le projet mené conjointement par Orange et les Ateliers du Bocage. Il s’agit de collecter d’anciens téléphones portables – 35’000 par an en France, ce qui est très peu proportionnellement à ceux qui sont vendus – et d’ensuite les réutiliser. Rien de très nouveau ici, mais j’ai été intéressé par un service proposé par les Ateliers du Bocage, à savoir la « remise à zéro » du téléphone. Nombreux sont les opérateurs qui bloquent leurs téléphones, c’est-à-dire que l’on ne peut pas les utiliser avec la carte SIM d’un autre opérateur. Non seulement les Ateliers débloquent les téléphones, mais il effacent tout ce qui s’y trouve. Je veux dire qu’ils effacent vraiment tout ce qui s’y trouve, puisque comme pour un ordinateur, il y a effacer et effacer, et que n’importe qui d’un peu calé en informatique peu retrouver des photos ou des messages que l’on croyait avoir supprimés de son téléphone.

L’autre aspect de la coopération entre les Ateliers et Orange consiste à redistribuer des téléphones de seconde main dans des pays d’Afrique. Un aspect de cette collaboration qui fait figure de défi est l’apparent trade-off qu’il existe entre recycler des téléphones en Europe et ne pas en faire profiter des populations qui pourraient en avoir besoin, ou envoyer ces téléphones en Afrique en sachant qu’une fois en fin de vie, ils finiront dans une décharge (dans le meilleur des cas). La solution apportée a été de mettre sur pied des ateliers dans certains des pays concernés – au Burkina Faso par exemple – où l’on démonte les téléphones, trie les matériaux, et renvoie des cartons remplis de composantes par bateau en Europe où ceux-ci sont traités de manière adéquate. En plus de créer de l’emploi dans des pays qui en ont besoin – 30 emplois dans 5 ateliers à l’heure actuelle – je trouve qu’une telle initiative est louable en ce qu’elle refuse de céder à ce trade-off. Dans le développement durable, nous sommes souvent mis face à des dilemmes. Peut-être faut-il simplement se convaincre qu’il n’existe pas de dilemme pour trouver des solutions efficaces…

GooglePlus_Orange_Logo_BlackJ’ai bien sûr abordé le sujet de l’économie de la fonctionnalité. Ne pourrait-on pas imaginer un tel modèle pour Orange? Au lieu de vendre des téléphones, ceux-ci resteraient la propriété d’Orange qui vendrait le service permettant de téléphoner, dans lequel seraient inclus l’abonnement, les réparations, etc. A la fin du contrat, disons deux ans, la personne ayant payé le service ramènerait le téléphone, pour ensuite éventuellement en reprendre un autre avec un nouveau contrat. Orange pourrait dès lors soit réutiliser le téléphone d’occasion, à des prix plus bas et y compris à l’étranger, soit le recycler: récupérer dans le téléphone les matières réutilisables, en transformer d’autres, etc. Bien sûr, Orange n’étant pas un fabricant à part entière, il faudrait voir dans quelle mesure l’entreprise pourrait revendre par exemple les terres rares à Samsung, Apple, ou à d’autres entreprises utilisant ou commerçant ces matériaux.

S’il est vrai que cela nécessite une réflexion bien plus poussée que ces quelques lignes, c’est une piste qui semble mériter d’être explorée!

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