Comment Sir Alex Ferguson implémenterait votre stratégie RSE

En cette journée de finale de Ligue des Champions, je ne peux m’empêcher de reprendre et traduire ici un article que j’ai particulièrement apprécié lorsque je l’ai lu il y a quelques mois. Il a été écrit par Ben Kellard, et on trouve la version originale ici. La traduction implique la perte de nombreuses subtilités et jeux de mots entre le monde du football et celui du business, malheureusement!

Aux prises avec la mise en œuvre d’un projet ou une stratégie de durabilité? Ces quatre étapes sont celles que Sir Alex Ferguson pourrait suggérer, basées sur son expérience de la compétition impitoyable qui est celle du football.

Certes, vous ne pouvez pas surveiller vos concurrents pendant 90 minutes chaque semaine comme Manchester United. Mais vos adversaires seront tout aussi déterminé à vous surpasser, et l’amélioration de la durabilité est un moyen essentiel de se différencier.

Comment aller plus vite et plus loin que vos adversaires?

1. Identifier les joueurs clés

En supposant que vous ayez une stratégie ou projet approuvé, qui sont vos Rooney et Ferdinand? Qui va faire ou défaire la performance et vers qui se tournent les autres lorsqu’ils recherchent du leadership? Dans les organisations, ce sont souvent les cadres moyens influents et les cadres supérieurs qui déterminent le succès d’une stratégie. Il est donc essentiel que vous sachiez qui ils sont.

2. Mettez-vous d’accord sur la tactique

Jouez-vous un 4-4-2 basé sur les longs ballons ou un 3-5-2 basé sur la possession? Faites participer vos joueurs clés pour décider de la tactique que vous allez utiliser afin de réaliser la stratégie. En faisant cela, vous bénéficiez de leur expérience et de leur perspicacité, et vous vous assurez qu’ils sont déterminés à appliquer la tactique.

De nombreuses organisations tombent dans le piège de passer des objectifs stratégiques directement à la mise en œuvre de projets spécifiques ou d’initiatives sans se prononcer sur la meilleure approche tactique. Par exemple, vous pouvez avoir pour objectif stratégique de devenir neutre en carbone, mais comment allez-vous faire? Est-ce que vous vous concentrez sur l’efficacité énergétique, les énergies renouvelables, de compensation ou une combinaison des trois? Chacune d’elles est un choix tactique. Vous devez choisir vos tactiques avant de pouvoir passer à la mise en œuvre – sinon vous risquez de créer de la confusion et la frustration.

3. Gardez la gestion à vos côtés

Donc, vous avez convenu avec vos joueurs clés de ce que vous allez faire. Vous avez maintenant besoin de garder la gestion – ou l’équipe de direction à vos côtés. Souvent, cela signifie tout simplement les mettre à jour sur votre plan et de leur donner l’occasion de contribuer avant de le mettre en action. Cela permettra d’assurer que les cadres peuvent voir comment votre plan appuiera les objectifs de l’organisation.

Si vos cadres savent que vous avez consulté leurs managers influents, ils seront beaucoup plus confiant quant à la réussite de votre projet. Leur autorisation donnera également confiance à ceux qui implémentent le plan.

4. Jouez, adaptez, mesurez

Maintenant, vous êtes prêt à jouer le match. Lorsque vous y serez, n’oubliez pas de vous regrouper de temps en temps pour savoir comment ça se passe et apporter les modifications nécessaires.

La durabilité est susceptible de remettre en question votre organisation sous un nouvel angle, alors donnez-vous l’opportunité de vous y attaquer. Choisissez les bonnes statistiques de match pour savoir si vous êtes sur la bonne voie et utilisez-les pour vérifier vos progrès.

C’est aussi l’occasion de faire participer l’ensemble de l’équipe en leur donnant des rôles et la liberté pour contribuer. Vous pourrez engager encore plus d’employés en célébrant le succès lorsque finalement vous ferez trembler les filets!

Responsabilité sociale en Suisse: une dichotomie

Il y a quelques mois, j’avais été interviewé par Chris Milton, pour lui donner mon avis sur le développement de la responsabilité sociale en Suisse. L’article a été publié ici.

Je n’avais rien révélé d’incroyable, il faut bien le dire. Mais j’avais tout de même soulevé un point: celui de l’ambivalente attitude de la Suisse par rapport à ces questions de RSE. En effet, selon moi, la Suisse est à la fois très concernée et sensible aux problématiques environnementales. Il est vrai que la nature a une grande place dans notre patrimoine! Et dans notre économie également: le tourisme est un secteur fondamental dans notre pays.

D’un autre côté, il me semble qu’il existe une tradition du secret – qu’il soit bancaire ou autre – qui empêche notre pays d’atteindre le niveau de transparence que l’on est en droit d’attendre lorsque l’on parle de responsabilité sociale. Le reporting RSE est par exemple méconnu et mal perçu.

Je voulais en parler ici, et connaître l’avis des lecteurs. Percevez-vous aussi cette dualité? Ou me serais-je trompé dans cette courte analyse?

Qui sont vos clients?

On trouve à la fin de Strategies for Green Economies, Joel Makower, une étude menée aux Etats-Unis, « The Ecological Roadmap ». Sans entrer dans les détails, je voulais simplement présenter les 10 profils ou segments que cette étude a mis en avant, parmi le public américain.

On trouve tout d’abord 3 groupes les plus « environmentally friendly ».

  1. Greenest Americans: ils veulent la protection de la biodiversité et des endroits encore sauvages; ils sont les plus actifs politiquement.
  2. Postmodern Idealists: pour eux, la protection environnementale consiste à vivre de manière « verte » et créer des villes sans voitures et consommant peu d’énergies.
  3. Compassionate Caretakers: le plus grand groupe en terme de %; ils se concentrent principalement sur des questions liées à la communauté locale, car ils veulent des espaces propres et sains pour la famille et la communauté.

Les 3 groupes intermédiaires ne passent pas beaucoup de temps à se préoccuper de l’environnement, mais ils ne sont pas nécessairement opposés à sa protection.

  1. Proud Tradionalists: ils croient en la responsabilité et aux devoirs, mais leur vision selon laquelle les humains dominent la nature les met souvent en porte-à-faux avec les notions impliquant que toutes les espèces sont importants et méritent protection.
  2. Driven Independents: principalement soucieux d’eux-mêmes, et ne s’intéressent à l’environnement que si cela contribue à leur prospérité.
  3. Murky Middles: n’ont pas de valeurs fortes et se contentent de suivre.

Enfin, les 4 derniers groupes sont plutôt préoccupés par des problématiques « au jour le jour », ce qui ne favorise pas l’intérêt pour les questions environnementales.

  1. Ungreens: ils voient les environnementalistes comme des extrémistes, et la dégradation environnementale comme inévitable si l’on garder notre style de vie (« American lifestyle » dans le texte).
  2. Antiauthoritarian Materialists: le groupe le plus jeune, selon lesquels la vie a peu de sens et vivent pour eux-mêmes.
  3. Borderline Fatalists: groupe jeune également, qui peuvent se soucier de l’environnement, mais ne savent pas comment faire la différence.
  4. Cruel Worlders: ils sont les oubliés de la société (« left out of the American dream ») et sont amers à ce propos, ils ne se préoccupent simplement pas de l’environnement.

Intéressant, non? Il faut encore savoir que les 3 premiers groupes représentent 36% de l’échantillon, les 3 suivants 44% et les 4 derniers représentent 21%.

Ces informations peuvent être utiles au moment de lancer un nouveau produit. Vos clients vont-ils l’adopter? Seront-ils sensibles à ses arguments éthiques, responsables, « verts »? Est-il nécessaire de les « éduquer » auparavant? Autant de questions auxquelles on peut trouver des réponses si vous connaissez vos clients.

Travail, loisirs, famille

Dans son livre Let my people go surfing, Yvon Chouinard – fondateur de Patagonia – explique comment sa compagnie a grandi. Mais il explique aussi tout ce qu’il ne voulait pas changer, tout ce qui devait rester pareil, quelle que soit la taille de son entreprise. Voici – traduits librement – les 5 éléments qu’il estime primordiaux.

  1. Le travail doit être agréable chaque jour.
  2. Nous devons venir au travail en étant motivé.
  3. Nous avons besoin d’être entourés d’amis qui peuvent s’habiller comme ils le souhaitent, et même être pieds nus.
  4. Nous avons besoin d’avoir un emploi du temps flexible, pour pouvoir aller surfer lorsque les vagues sont bonnes, skier après une tempête de neige, ou rester à la maison pour s’occuper d’un enfant malade.
  5. Nous avons besoin de brouiller la distinction entre travail, loisir et famille.

Ces principes seraient à la base de bonnes conditions de travail. J’avoue être d’accord avec chacun d’entre eux, même si je suis peut-être plus nuancé sur le 5e. En effet, ne pas faire la distinction entre travail, loisir et famille peut être une bonne chose dans le sens où il est important de faire en sorte que les employés se sentent chez eux au travail, mais je crois qu’il est important de permettre à ces mêmes employés d’avoir des moments où ils ne pensent plus au travail. Ce 5e principe doit donc être appliqué avec discernement.

Je lis en ce moment…

…2 livres sur la responsabilité sociale. Très intéressants tous les deux, ils sont toutefois très différents!

  • Strategies for the Green Economy, Joel Makower. Je l’ai presque fini! Ce livre fournit une vision très englobante de ce que se fait en matière de responsabilité sociale. Non sans un certain humour – le chapitre « How many green marketers does it take to screw in a light bulb? » est un régal! Un must, à avoir absolument dans sa bibliothèque pour tout professionnel désirant approfondir sa réflexion sur la RSE. Je reprendrai bientôt un article tiré de cet ouvrage que j’avais publié précédemment.
  • Let my people go surfing, Yvon Chouinard. Je viens de le commencer! Ouvrage autobiographique du fondateur de Patagonia, une des compagnies les plus avancées en matière de RSE. Il y raconte sa vie, mais aussi sa vision du business. Je me réjouis d’en poursuivre la lecture, et en reparlerai sans doute plus tard!

En parallèle, je lis aussi Gaia: a New Look at Life on Earth, de James Lovelock.