Indices TTC: blanc ou noir, vraiment?

L’excellente émission de la Télévision Suisse Romande « TTC » propose de suivre cette année deux indices, un blanc et un noir. Sur la base d’avis d’experts (Fondation Ethos, Covalence, Inrate), un panier d’entreprises vertueuses a été créé, ainsi qu’un panier d’entreprises « beaucoup moins » vertueuses. En consultant la liste des entreprises, on se rend compte que les entreprises « blanches » peuvent effectivement être considérées comme plus ou moins bonnes – encore que l’on puisse reprocher beaucoup de choses à Microsoft, par exemple. Et on voit que du côté des noires, on est clairement du côté des méchants – notamment lorsque l’on regarde les secteurs d’activités. Le but est de comparer la performance de ces deux paniers.

Malheureusement, c’est pour l’instant la liste noire qui performe le mieux sur le marché! Investir dans les méchants serait donc plus rentable?!

La démarche de TTC, aussi intéressante qu’elle soit, pose toutefois deux problèmes. Le premier, inhérent à toutes les démarches liées à l’investissement socialement responsable, est qu’il est très difficile de décider qui est vertueux et qui l’est moins. Où tracer la ligne? Le site de TTC nous explique que les critères tels que « la gouvernance, l’éthique dans la conduite des affaires, le secteur d’activité,  l’impact environnemental, l’exemplarité dans la gestion des collaborateurs,  clients et fournisseurs » sont pris en compte. Mais on ne sait pas vraiment comment il sont pris en compte, ni ce qu’ils recouvrent vraiment. Qu’y a-t-il par exemple sous « impact environnemental »: CO2, eau, etc.?

Le deuxième problème, plus important à mes yeux, est que l’on cherche à lier quelque chose qui s’inscrit dans le long terme – la responsabilité d’une entreprise – avec un outil de mesure fondamentalement axé sur le court terme – la performance sur les marchés financiers. Il y a fort à parier que sur une année, l’indice noir performe mieux que l’indice blanc. Ou que tout du moins il n’y ait pas de différence significative. En décembre, on conclura qu’investir chez les méchants ou les gentils ne change pas grand chose. Ce qui serait dommage, c’est le moins que l’on puisse dire. Cela pourrait même porter préjudice aux entreprises qui se veulent responsables.

Pour finir, j’aimerais attirer votre attention sur une étude menée par Eccles, Ioannou et Serafeim, qui me semble plus juste quant à sa méthodologie. En effet, 180 entreprises ont été suivies sur une période de 18 ans. 90 de celles-ci étaient considérées comme High Sustainability Companies, et les 90 autres comme Low Sustainability. Les résultats ont montré qu’investir $1 en 1993 dans les High Sustainability rapportait $22.6 à la fin 2010; alors que le même investissement dans les Low Sustainability ne rapportait que $15.4.

Je vous recommande fortement la lecture de cette étude, si le sujet vous intéresse! Le problème de la définition des High et des Low reste présent, même si je trouve qu’il est traité de manière intéressante, mais les conclusions me semblent assez solides.

Et merci à mon ami Yann pour m’avoir orienté vers ce sujet!

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2 réflexions sur “Indices TTC: blanc ou noir, vraiment?

  1. Je suis tout à fait aligné avec les points soulevés par Julien.

    Je rajoute que l’échantillon d’entreprises est très peu approprié à l’objectif annoncé. D’une part dû à sa taille réduite qui limite toute interprétation statistique. D’autre part parce que les paramètres influençant les performances financières à relativement court terme sont bien loin d’être seulement basé sur leur « vertu »…

    Le fait de choisir des companies avec des secteurs d’activité très différents dans les deux indices accentue encore le manque de corrélation possible avec leur stratégie de développement durable.

    Il serait plus sensé de comparer les companies dans un même secteur d’activité par exemple (e.g. secteur minier, semi-conducteurs, software, F&B, etc).

    Voici un autre lien intéressant sur le même sujet: http://bit.ly/10Ehu87

  2. Merci Samuel pour ces compléments très intéressants! Il est vrai que la question du choix du secteur est sensible. Et je vous rejoins lorsque vous dites qu’il aurait fallu comparer ce qui est comparable! J’avoue être surpris que des experts tels que ceux mentionnés aient proposé un tel modèle d’analyse.

    Affaire à suivre, je suis curieux de voir ce que cela va donner et ce que l’émission va conclure de ces résultats.

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