Job dans la RSE: peut-on tout accepter?

En pleine recherche d’un job, j’avoue me trouver parfois confronté à de vrais dilemmes. Des dilemmes liés au secteur d’activité de l’entreprise dans laquelle je pense postuler.

Par exemple, il y a plusieurs mois, on m’avait parlé d’un poste dans la RSE se libérant chez British American Tobacco. Je n’ai pas envisagé une seule seconde de postuler. Je ne me voyais pas dire à mes proches « Je m’occupe de la responsabilité sociale d’une entreprise dont le produit tue ses clients (et les personnes exposées à ce produit). ».

Si je ne fume pas, je ne bois pas non plus d’alcool. Mais j’aurais nettement moins de problème à travailler pour une entreprise liée à l’alcool. Socialement plus acceptable, pour l’instant du moins.

Il y a quelques jours, j’ai envoyé mon dossier à un groupe gérant des casinos. Est-ce plus défendable que le tabac? J’ai l’impression, oui. Mais j’ai conscience que c’est une question de valeurs personnelles.

Le dilemme est d’autant plus fort que c’est en général chez ces entreprises sensibles que le département RSE est le plus développé, et que donc les opportunités d’emploi sont les plus nombreuses.

Et les challenges les plus intéressants…

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9 réflexions sur “Job dans la RSE: peut-on tout accepter?

  1. Je trouve ton post très intéressant et le dilemme reste entier. Effectivement, ce sont des choix délicats qui concernent les valeurs personnelles de tout un chacun. J’ai refusé de postuler pour un poste de gestion avec des défis intéressants en matière de management car l’entreprise gèrent… des casinos au Québec ainsi que l’ensemble des machines à sous que l’on retrouve dans certains bars avec les conséquences sociales que ce type d’addiction peut provoquer. Le défi professionnel était très intéressant en tant que tel mais personnellement, je ne me sentais pas capable de défendre la mission de cette organisation.
    C’est une connaissance de mon réseau de contacts qui a eu le job et c’est très bien ainsi : ça prend des personnes qui mèneront des « combats » en interne pour faire évoluer les pratiques.
    Par ailleurs, cette organisation fait beaucoup dans la philanthropie. Je la considère d’ailleurs assez avancée dans ce domaine puisqu’elle a intégrée une grille de critères RSE bien élaborée dans le choix qu’elle opère au niveau des événements et/ou organisations qu’elle appuie financièrement dans le cadre de ses dons et commandites.
    Toutefois, mes convictions personnelles dans la vision que j’ai de la RSE fait que je ne peux pas non plus oeuvrer pour une organisation qui ne fait quasiment que de la « RSE philanthopique »… mais là, est un autre sujet.
    Merci pour le post Julien. À bientôt… Patrice

  2. Merci Patrice pour ton commentaire; c’est toujours un plaisir de te lire ici!

    On voit que là encore, il s’agit vraiment de valeurs personnelles. Nos « seuils de tolérance » se trouvent à des niveaux différents. Cela me renvoie à un mandat que nous avions réalisé pour une banque: créer un fonds d’investissement socialement responsable (j’en parle dans un article précédent), et donc la méthodologie pour sélectionner les entreprises faisant partie de ce fonds. Je n’ai pas de problèmes avec l’avortement, mais peut-être que les investisseurs en ont. Quels sont ces secteurs problématiques et qu’en faisons-nous?
    Que faire par exemple d’une entreprise offrant d’excellentes conditions de travail à ses employés mais qui est active dans l’énergie nucléaire? Et d’une société active dans la pornographie présentant un bilan carbone neutre?
    Encore plus « tricky »: une société qui tire 5% de ses revenus de la fabrication d’armes peut-être être prise en compte? Quel est le pourcentage « acceptable »?!

    Par ailleurs, je te rejoins complètement sur la « RSE philanthropique »! RSE et philanthropie sont deux choses totalement différentes. Et j’ai moi aussi refusé de postuler pour une entreprise ne faisant que ça.

    Quoi qu’il en soit, je pense que la question des valeurs personnelles – que l’on travaille dans la RSE ou non – est de plus en plus au centre des recherches d’emploi. Et en matière d’attraction et de rétention de talents, les entreprises doivent vraiment se questionner sur les valeurs qu’elles véhiculent.

  3. Hello,

    Pour moi qui n’y connais rien en RSE, éclairez-moi: la RSE n’est-elle pas avant tout un concept marketing et, parfois, un outil RH pour attirer et motiver des employés ? Comment est-elle née ?
    La RSE, c’est le Bio Migros ou le label Bourgeon ? Qui régule la dénomination RSE ?

    Moi aussi, j’ai une petite anecdote où une agence de placement pensait me faire plaisir en me proposant un poste à « Ethical Coffee » – déjà que l’entreprise donne l’image d’un combat de chefs (bases malsaines), mais en plus – pas de chance, leur concept marketing ne me convainc pas, vu que je suis adepte de café à l’indonésienne, orientale ou italienne.

    La RSE, l’ethique, les considérations environnementales, tout ça, c’est très bien. Oui, il faut continuer, persévérer, continuer les messages, continuer les débats, continuer à poser des questions,….
    C’est un travail difficile, finalement assez solitaire – prenez Franz Weber – qui demande solidité et endurance. Les changements de pratiques, de mentalité, prennent plusieurs générations, c’est normal, logique et finalement plutôt sain.

    N’est-ce pas culturel de prendre sur nous ? Que mettre au centre ? La Terre, les plantes, le monde animal ou les hommes, voire soi-même ?
    Quand on parle d’éthique, n’est-ce pas pour se donner bonne conscience ? Ce qui compte, n’est-ce pas d’être bien avec soi-même ? N’est-on pas au centre de nous-même ?

    Personnellement, j’aime ce diction chinois: « Mieux vaut connaître son ennemi pour le combattre ». Et j’aime beaucoup le jeu de Go.

    Donc, pour moi, un spécialiste RSE a sa place dans un BAT ou au siège de Monsanto à Morges…

  4. Hello Anouk, merci pour ton commentaire très intéressant!

    Je suis entièrement d’accord avec toi: un spécialiste RSE a sa place chez BAT ou Monsanto. Je dis simplement que ça ne sera pas moi, car je ne crois pas en ce qu’ils font. C’est une question de valeur.
    Peut-être aussi parce que je ne me sens pas les épaules assez larges. Je me verrais bien, dans quelques années, intégrer une grande multinationale avec l’objectif de véritablement faire bouger les choses. Mais pas maintenant.

    Aussi, quand tu poses la question de savoir ce qu’est la RSE et que tu sous-tends que c’est plutôt un outil marketing, je pense qu’il y a là qqch de central. Comme le dis également Patrice dans son commentaire, il y a différentes façons de faire de la RSE. Et on peut être plus ou moins d’accord avec celles-ci. Patrice et moi ne sommes pas vraiment convaincus par la « RSE-philanthropie ». Et je ne suis pas sûr d’être très intéressé par la RSE telle qu’elle se pratique chez BAT ou Monsanto, sous cette forme RSE-marketing/greenwashing que tu sembles connaître. Mais comme il n’y a personne qui régule officiellement la RSE, chacun fait comme il veut. Y compris si ça peut l’aider à se donner bonne conscience, et une image plus acceptable.

  5. Bonjour et merci pour ce post très intéressant! Les commentaires sont également très riches et créent à mon sens un réel débat.

    Je suis assez d’accord avec l’idée que la RSE peut-être totalement en désaccord avec le coeur de métier de l’entreprise, et du coup être totalement contre-productive.
    J’ai un exemple inverse qui montre que cette réticence peut arriver dans les deux sens : il faut faire attention et du coup, tenter d’être plus nuancé dans les choix des entreprises (travailler dans une entreprise de tabac, non bien sûr, mais… et ainsi de suite).
    Je m’explique. J’ai signé il y a un an pour un stage dans une start up de conseil en télétravail. Tout avait l’air génial, les créateurs très jeunes et dynamiques, qui prônaient des valeurs de responsabilité et d’éthique très fortes. J’étais très enthousiaste évidemment.
    Mais en arrivant, je me suis rendue compte qu’il s’agissait d’une boite à stagiaires, qu’on m’imposait 50h/semaine minimum (donc en étant payé moins de 2euros de l’heure), que nous étions dans un local à moitié en sous-sol, illégal, les conditions de travail étaient atroces et irrespectueuses. On me demandait même d’acheter un ordinateur pour venir bosser : le monde à l’envers!! Du coup, au bout de 2 jours, après avoir appris que plus de la moitié des stagiaires n’étaient pas payés du tout et que souvent, on leur demandait de rester très tard sans aucune contrepartie, j’ai commencé à poser des questions, à demander des comptes.
    On m’a évidemment dit que je n’avais aucune expérience, qu’un cabinet de conseil ça marchait comme ça un point c’est tout et que je devais m’estimer heureuse d’être là parce que j’allais même pouvoir, par la suite, manager des stagiaires (donc devenir une super stagiaire avec des gens sous ses ordres…) Bref, rien ne tournait rond, j’ai refusé d’accepter une telle dichotomie entre discours et pratique et je suis partie au bout de 5 jours…

    Donc une entreprise dont le coeur de métier peut être soit-disant RSE peut être bien pire qu’une entreprise de tabac…

  6. Merci Blanche pour ce témoignage aussi triste qu’intéressant!
    Les cordonniers sont souvent les plus mal chaussés, c’est un fait et votre exemple est frappant. Ce qui montre aussi que la RSE a encore un côté très marketing, comme l’évoque Anouk. Et que beaucoup de gens qui se lancent dans se domaine le font par opportunisme avant de le faire par conviction.

    Mais je suis aussi persuadé qu’une fois l’effet de mode passé – et que quelques gros scandales auront éclatés – tout cela va se décanter, et ceux qui se prévaudront d’être responsables le seront véritablement. Je suis peut-être idéaliste, mais c’est ma conviction!

    En tous cas, votre commentaire nous rappelle qu’il faut mettre de l’eau dans son vin. Et que même si l’on a des a priori sur telle ou telle entreprise, il convient de bien se renseigner sur celle-ci et ses pratiques, responsables ou non.

  7. Merci pour ce blog très intéressant.
    J’ai vu passer il y a quelques mois, un poste de stagiaire chez BAT et je me suis posée quelques questions. Car si le challenge restait quand même important ( et c’est pour ma part la ou reside mon plus grand intérêt en intégrant une entreprise dans des fonctions liées a la RSE), ici, a la difference d’autres secteurs…c’est presque le coeur du business qu’il faudrait modifier…il faut avoir les reins solides et faire un choix en cohérence avec ses propres valeurs.
    Le choix éthique n’est pas évident. Pour des raisons plus ou moins longues a expliquer, je vous rejoins sur le fait que postuler dans un groupe gérant de casinos me poserait sans doute moins de questions d’ordre éthique, les enjeux n’étant pas les mêmes sur la société.

  8. Merci Marion pour cette contribution! Je ne peux que vous rejoindre concernant les fabricants de cigarettes: l’acte le plus responsable serait d’arrêter d’en fabriquer!
    Les casinos sont effectivement différents: on peut jouer sans que cela aie nécessairement des incidences sur notre santé physique ou morale. Aller dans un casino n’entraîne pas automatiquement l’addiction au jeu. Alors qu’il suffit de fumer quelques cigarettes…

    La question est vraiment de savoir « Mes valeurs sont-elles compatibles avec le core business de telle ou telle entreprise? ». Si oui, on peut toujours chercher à améliorer les pratiques. Si non, je crois qu’il vaut mieux passer son chemin!

  9. Pingback: Jobs dans la RSE: et le niveau intermédiaire? « Responsabilité sociale

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