Le professionnel de la RSE peut-il se permettre d’improviser?

En consulting, il faut toujours commencer par dire que l’on peut le faire; puis ensuite, il faut trouver comment le faire. – Inconnu

J’aime beaucoup cette citation, même si je ne sais pas de qui elle vient exactement. Pour tout dire, elle m’amuse car j’ai l’impression qu’elle reflète bien ce qu’il se passe dans le domaine du conseil.

Cela étant, elle me fait m’interroger lorsqu’il s’agit de RSE, ou de développement durable. Je suis en effet partagé entre deux points de vue.

Le premier est que dans le domaine de la responsabilité sociale, nous devons vraiment faire preuve de créativité, pour trouver des solutions innovantes à des problèmes relativement nouveaux. Ce qui m’amène à penser que l’on ne peut jamais vraiment savoir comment régler un problème avant de s’y être pleinement plongé. Il paraîtrait donc normal de la part d’un consultant de dire qu’il peut trouver une solution à un problème, même s’il n’a qu’une vague idée de la façon dont il faudra s’y prendre.

Mon autre point de vue – opposé, vous l’aurez compris – est que les problématiques que nous traitons sont trop sérieuses pour qu’elles soient prises avec légèreté et avec une bonne part d’improvisation. Changement climatique, travail des enfants, travail forcé, etc., peut-on vraiment se permettre de prétendre savoir régler ces problèmes si ce n’est pas le cas? Le problème du changement climatique n’est-il pas trop urgent pour que l’on perde son temps avec des gens ne sachant pas comment réduire efficacement les émissions de CO2 d’une entreprise, mais qui prétendent le contraire?

Ces deux considérations me semblent en opposition – mais je me trompe peut-être… – et j’avoue ne pas savoir où me situer exactement par rapport à elles. Je n’ai pas envie d’adopter une position, somme toute bien suisse, en disant qu’il faut se situer au milieu, mais peut-être est-ce la solution? Je m’étais déjà posé la question de l’éthique du professionnel de la RSE et la discussion avait été passionnante, mais aussi utile pour moi, pour répondre à mes questions.

Et vous, qu’en pensez-vous?

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5 réflexions sur “Le professionnel de la RSE peut-il se permettre d’improviser?

  1. Bonjour Julien, pour compléter votre analyse, que je partage, et comme vous ouvrez le débat, je compléterais par ma vision après 10 années de pratiques RSE dans un groupe international, suivi de 5 années de conseil indépendant. Le consulting RSE que j’ai rebaptisé Conseil Sociétal présente de plus en plus, dans son obligation de moyens renforcés, des similitudes avec une profession « réglementée » (qui fait débat en France). Je m’explique, la judiciarisation de la RSE est en marche, les charges de la preuve s’inversent, les souhaits et désirs des parties prenantes deviennent autant d’obligation dans un nouveau droit à opérer pour les organisations. Professionnalisation et Ethique du conseil sociétal s’impose donc et deviennent un enjeu stratégique pour notre métier,j’ai donc ainsi porté cette idée par la création d’un Code éthique du conseil sociétal (modèle déposé).

  2. Merci pour ce complément, Marc! Votre code éthique attisera assurément la curiosité des lecteurs!
    Il est certain que la profession se doit de se…professionnaliser! Se réglementer? Pourquoi pas, mais sera-ce garant de bonnes pratiques pour autant? Je pense qu’un code éthique comme vous l’évoquez aura peut-être plus de poids.
    On en arrive à une problématique proche de celle de la RSE en elle-même: s’il est bon de réglementer la profession, il n’en reste pas moins qu’elle doit être attrayante et ne pas donner l’impression à des consultants bien intentionnés qu’ils crouleraient sous les obligations. Au point de faire fuir de potentiels talents.

  3. Bonjour Julien,
    Selon moi, improviser ne serait pas le bon mot. Innover serait un meilleur choix. Il m’arrive assez souvent d’être confronté a des problématiques émargeantes dans mon métier de consultant, comme la mesure de la valeur socio-économique et environnementale des entreprises, la mesure des services des écosystèmes, l’utilisation du concept de limites de la planète traduite dans un contexte d’une entreprise privée, etc. On découvre assez vite qu’on bute sur les limites des connaissances et qu’il faut trouver de nouvelles idées pour avancer. Dans ce cas-ci, on ne peut que partiellement se baser sur des expériences ou méthodes existantes. L’important est dans ce cas-ci de savoir se projeter sur le ou les résultats du projet à réaliser, et de rétro-activement par exemple identifier les étapes pour y arriver. La méthode et la capacité à innover est plus importante que l’expérience en soit sur la problématique en question. Dans ce cas précis il me semble normal d’accepter des projets que l’on « ne sait pas faire ». Ceci en toute transparence avec le client, qui ne vient pas chercher l’expérience en soit mais les idées et l’execution du projet (la méthode).
    Par contre, ce n’est qu’une petite partie des projets RSE qui devraient se passer comme ceci. Il existe énormément de solutions déjà testées et qu’il faut se contenter d’une certaine manière d’appliquer en respectant les facteurs clés de succès.
    Donc plutôt de se choisir l’un ou l’autre point de vue, il faut plutôt faire son choix en fonction de la situation.

  4. Merci pour ce point de vue très intéressant, Samuel! Je pense effectivement qu’innover doit être l’idée à retenir. J’ai malheureusement vu de mes propres yeux certaines personnes clairement improviser, ce qui me pousse à me questionner à ce sujet.

    Je crois aussi que les deux autres points que tu avances sont centraux: être honnête et transparent avec le client, et faire un choix en fonction de la situation. Cela rejoint un chapitre du livre Small Big que je lisais hier. Les auteurs avançaient que selon la situation, il est préférable de mettre en avant son potentiel plutôt que ses expériences passées. Pour être plus précis, ils avancent que l’ordre du message que l’on fait passer est important: d’abord présenter les potentielles innovations, puis, ensuite, se baser sur l’expérience précédemment acquise.

  5. Pingback: Responsabilité sociale – études de cas et théorie | Responsabilité sociale

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