Responsabilité individuelle vs. responsabilité collective

L’action de l’homme moderne se place souvent dans le contexte de collectifs – entreprises, administrations, etc. – qui en absorbant l’action des individus la portent à des conséquences que l’on peut difficilement rattacher à l’intention de départ.

Je ne sais pas si l’avocat de Jérôme Kerviel a lu mon Dictionnaire d’éthique et de philosophie morale, mais cela aurait pu être une piste à suivre...

Je fais en ce moment des recherches sur la question de la responsabilité individuelle et la façon dont on peut l’intégrer à la responsabilité collective. Comment peut-on utiliser la responsabilité individuelle, les valeurs individuelles, de chaque employé/dirigeant d’une entreprise pour créer de la valeur et donner un sens à la responsabilité collective? La responsabilité collective est forcément différente de la somme des responsabilités individuelles. Et en même temps, la responsabilité de l’entreprise est composée de la responsabilité de chacun de ses constituants. Le Sustainable Finance Geneva a récemment publié des principes pour les investisseurs responsables, résolument orientés sur l’individu.

En d’autres termes, on peut se demander si une entreprise où ne travaillent que des gens bien intentionnés est forcément une entreprise responsable. Est-ce que de telles personnes peuvent plus facilement rendre une entreprise responsable? Ou alors est-ce qu’une entreprise responsable peut « améliorer » les personnes qui viennent y travailler?

Les responsabilités individuelles se trouvent également modifiées du moment où celles-ci sont exercées dans le cadre d’une communauté, d’une entreprise: les conséquences d’une action individuelle peuvent – comme le dit mon Dictionnaire ci-dessus – avoir une portée bien plus considérables que si elles étaient complètement isolées. Ces responsabilités, toutes individuelles qu’elles soient, doivent donc être comprises dans le contexte au sein duquel elles s’exercent.

Un vaste sujet, qui amène à de nombreuses interrogations! Si vous avez des pistes de réflexion, je suis preneur!

Taxe au sac: la responsabilité individuelle rencontre la responsabilité collective

En ce début d’année, un changement important se fait ressentir dans certaines communes – notamment la mienne – en ce qui concerne la gestion des déchets. Jusqu’à présent, chaque ménage payait une taxe fixe annuelle pour ses poubelles. Depuis le 1er janvier, en plus de cette taxe (qui a pu être revue à la baisse selon les communes), nous devons payer une « taxe au sac ». Par exemple, un sac de 35 litres coûte désormais CHF 2.- (environ 1.6 euro). Il s’agit de mettre en œuvre le principe de « pollueur-payeur »: plus je produis de déchets, plus je paie.taxe au sac

Je suis très intéressé à voir comment vont réagir les individus face à cette problématique typique de responsabilité sociale! Quelle va être la réaction des « vous et moi », eux qui sont d’ordinaires si prompts à critiquer – à juste titre – les entreprises qui cherchent à contourner l’application du principe de pollueur-payeur? Les ménages auront à leur disposition des stratégies similaires à celles utilisées par le entreprises:

  • Valorisation des déchets: tri, recyclage, compost…
  • Réorganisation de la supply chain: les ménages vont-ils opter pour des fournisseurs proposant des produits avec moins d’emballage ou un packaging 100% recyclable?
  • Transfert de déchets: à la manière de certaines compagnies exportant leurs déchets vers des pays où il est moins cher de les traiter (et où l’on est moins regardant en matière de normes environnementales et de sécurité), on peut imaginer que les individus amènent leurs déchets vers des communes ne pratiquant pas ces mesures.

J’insiste, les individus sont confrontés à des questionnement typiques de RSE; nous sommes là dans l’espace commun entre responsabilité individuelle et responsabilité collective. Je ne sais pas si les pratiques des entreprises vont influencer celles des individus, ou vice-versa, mais je suis persuadé qu’il sera intéressant de se repencher sur la question d’ici quelques mois!